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Posted on 10th Oct, 2019 in Géologie

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Ayant choisi de venir m'installer dans cette belle région qu'est le Haut-Languedoc et m'appuyant sur les ouvrages de Jean-Claude Bousquet, je rédigeais, il y a quelques(!) années parallèlement à mon activité professionnelle , ces itinéraires géologiques tracés sur mes chemins préférés de randonnée.

Plus tard, mes activités au sein de l'association le M.A.S des Terres Rouges, mes rencontres avec Bernard Halleux, Philippe Martin et André Théron et mes contact plus récents avec le Service Patrimoine du Clermontais et le CDRP34 m'ont fait « ressortir » de mon ordi ces itinéraires : Salagou et Mourèze, le Larzac. le Caroux et les gorges d'Héric, et le cirque de Navacelles et le Larzac.

Tous s'inscrivent dans un merveilleux spectacle de nous offre la Nature.

Aujourd'hui, vous les retrouverez sur mon blog GEOLOGICA-rando, ils sont toujours d'actualité !

Les cailloux sont partout !!!! « Si j'ai du goût, ce n'est guère que pour la terre et les pierres » écrivait Arthur Rimbaud

La Terre a son histoire et ses paysages actuels sont la mémoire de son passé inscrit dans les roches

C'est une histoire passionnante qui fait partie de notre mémoire collective, de notre propre histoire.

Les pierres ont fait notre paysage par une lente et longue succession d' événements qui s'accumulent, s' entrechoquent, s'effondrent puis s'érodent ....où nous ne voyons parfois qu'un tas de cailloux !

Les paysages sont façonnés par les pierres, ensuite utilisées par les hommes qui peuplent le territoire. Marcher sur un chemin, c'est découvrir cette longue histoire des pierres , des temps géologiques à aujourd'hui.

INTRODUCTION.

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Cet itinéraire au départ de Valquières parcourt : les Ruffes, ces terres rouges, sauvages, où s’étale le lac du Salagou ; et Mourèze, blanc décor ruiniforme, désertique, sculpté par les eaux et le vent. Deux paysages typiquement méditerranéens fort différents par leur couleur, leur relief, leur origine mais qui rivalisent par leur beauté et leur lumière. Paysages de contrastes, paysages du fond des âges géologiques dont nous essaierons de reconstituer l’histoire que les roches nous délivrent.

Notre premier arrêt se fera au Sud de Valquières, au lieu-dit le Col des Baumes, puis nous rejoindrons la Lieude par le Col de la Merquière et le cœur de Mourèze par la vallée du Salagou, Octon et Salasc. Nous reviendrons par le plateau de Carlencas, après avoir fait une incursion dans la terminaison sud orientale de la Montagne Noire, en gravissant le Pic de Vissous.

ARRET N°1 : LE COL DES BAUMES

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Pourquoi ce premier arrêt ? Rien n’y est spectaculaire ! Nous sommes à un petit col à 384m d’altitude où les Terres Rouges dominent. Ces Terres sont appelées « ruffes » dans le pays, du latin rufus : rouge. Ce sont des pélites ou argilites rouges, ces roches ont –230 millions d’années, nous sommes à la fin de l’Ere Primaire, voici leur histoire.

L’Ere Primaire avait commencé il y a –600 millions d’année, nous étions sous la mer et ceci pendant 210 millions d’ années. Au cœur de la Pangée, mère de nos terres, un océan s’était ouvert séparant deux continents, la Laurasia au Nord et le Gondwana au Sud, puis le mouvement s’inversa provoquant la collision des deux continents, ainsi sortirent des eaux, il y a –300 millions d’années, une chaîne de montagne appelée hercynienne (la Montagne Noire, le Caroux, l’Espinouse en font partis ainsi que nos vieilles montagnes d’Armorique, des Vosges et du Massif Central mais aussi l’Allemagne Centrale (le Harz) et les Appalaches d’Amérique du Nord. Ces sommets culminaient à 5000-6000m, c’étaient des montagnes jeunes – rien à voir avec notre Caroux tabulaire actuel que vous voyez à l’Ouest – ils furent démantelés, érodés, pendant près de 50 millions d’années. Et ainsi se sont accumulés ici, résultat (ou plutôt résultant) de cette érosion, jusqu’à 3000m de sédiments argileux, silteux parfois finement sableux, chargés d’oxyde de fer, de minerais uranifères : les ruffes, sous un climat tropical, ou désertique suivant les variations climatiques. (les vestiges « vivants » de cette époque, nous les découvrirons plus bas dans la série de la Lieude).

Avant d’aller plus loin dans la découverte, je vous parlerai de la clé du raisonnement géologique : pour retrouver des évènements passés, un géologue ne possède que l’observation des phénomènes actuels et il reporte les explications d’aujourd’hui (causes-effets) à jadis : c’est le principe de l’actualisme. Il n’a souvent que peu d’indices à observer et de multiples outils d’investigation, de l’œil au satellite, du simple marteau au bathyscaphe-explorateur des fosses océaniques pour une histoire à découvrir d’une Terre qui garde bien des secrets.

Observer un paysage , c’est aussi se situer.

Il est important de pouvoir se situer en un lieu. Pour cela vous utilisez des cartes – ou par habitude ou connaissance d’un lieu, vous n’en utilisez pas du tout ! Si vous êtes pressés, vous utilisez pour vous déplacer les autoroutes, voire les grands axes routiers et vous avez dans le vide-poches de votre voiture, la carte rouge Michelin au 1/ 1 000 000ème , si vous êtes plus précis, vous aller utiliser la carte jaune au 1/200 000ème, si vous êtes curieux, promeneur ou randonneur, vous vous intéresserez au relief à la topographie et vous vous munirez de cartes bleues IGN au 1/50 000ème ou au 1/25 000ème ex-cartes d’Etat-major de l’Armée !

Je vous propose des cartes plus riches en couleurs, d’une autre lecture, avec d’autres symboles moins familiers, pour une autre approche du paysage, la carte géologique au 1/50 000ème.

Ces cartes utilisent le fond topographique que vous connaissez, chaque carte représente environ un rectangle de 30km d’W en E sur 20km du N au S riche en couleur et en histoire ! Je vous dirai deux mots sur leur réalisation. Chaque carte a demandé l’intervention de nombreux spécialistes qui parcourent la région, chaque point qui permet d’observer le sous-sol est étudié (labour, tranchée de route, fondation de maison, falaise, …). Des échantillons de roches sont prélevés , repérés sur la carte, étudiés. On peut utiliser aussi des travaux de sondage, s’aider de photo-aériennes et maintenant d’images spot-satellite. Enfin lorsque le maximum d’informations est recueilli, la carte géologique est dessinée. Il ne nous reste plus qu’à savoir la lire, la clé en est la légende. ( à expliquer : - les petits caissons colorés dans les mêmes teintes que la carte, les abréviations faites de lettres et de chiffres placés en exposant qui rappellent l’âge et/ou la nature de la roche résumée sur le côté droit ; voir tout au tour : - coupe et profil géologique, carte à petite échelle qui facilitent l’approche globale.

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Situons nous, orientons la carte et replaçons y le paysage.

Nous sommes dans la partie nord-est de la carte où nous pouvons mettre en évidence deux grands ensembles, l’un coloré en gris, c’est le Bassin Permien de Lodève, l’autre à teintes dominantes pourpre et bleue, c’est le Fossé Mésozoïque de Bédarieux. Nous sommes ici, au col des Baumes, au passage de l’ère Primaire à l’ère Secondaire.

Sur le terrain, ceci se remarque : regardons la couleur des roches, aux terres rouges se superposent les teintes claires, blanches et grises ; le relief change aussi, timidement puis fermement, il devient plus agressif, les vallées sont dominées par les falaises et les plateaux. Les sédiments ne sont plus les mêmes, des brèches et conglomérats se déposent sur les argiles continentales, puis viennent des alternances de marnes et de barres gréseuses, puis au-dessus de Valquières se succèdent marnes aux pentes douces et calcaires ou dolomies en falaises.

Retrouvons sur la carte, ces observations.

A ce point de l’observation, un autre principe doit être énoncé, celui de la superposition : une roche sédimentaire est issue du dépôt de fines particules en couches successives ; donc les plus jeunes reposent sur les plus anciennes. Ainsi pour le paysage qui nous intéresse ce succède, du plus ancien au plus récent, de bas en haut, les terrains suivants : r2-3, t1, Té, Té-3 l1, l2. Repérons dans la légende les terrains qui nous intéressent. Nous sommes dans des terrains sédimentaires de formations primaires et secondaires allant de la période permienne à la période jurassique, ou plus précisément de l’étage Saxonien-Thuringien à l’étage Héttangien supérieur. Reportons nous à l’échelle chrono stratigraphique pour avoir une notion de temps et observons devant nous 50 millions d’années d’histoire géologique, ces roches ont de –250 Ma à –200Ma d’existence. Qui sont elles ? Je vous les ai présentées dans une première approche du paysage. Pour plus de détails ou pour une approche personnelle, vous pouvez vous reporter à la légende de la carte et aux explications du livret. Nous nous contenterons d’aller les retrouver sur le terrain et de les observer. *r2-3 , les ruffes très facile à retrouver , vont nous servir de point de repère. Argilites limoneuses rougeâtre, à débit en plaquettes très caractéristiques et petits lits verdâtres très durs. Repérons sous Valquières les terrains du Trias t1, t2, t3-5,t6-9. Recherchons le contact r2-3 / t1. C’est un dépôt grossier t1 de conglomérats et de grès qui vient recouvrir en discordance les ruffes. Lui succède des alternances t2 de marnes et d’argiles bariolées et de gros bancs de grès qui ont servi à la construction des villages et du château de Dio et qui délimitent souvent les terrasses agricoles. Au dessus des grès t2, le reste du Trias forme un talus marneux très souvent occulté par des glissements de terrain. Nous n’observons pas ici , en détail les formations jurassiques, contentons nous de les repérer en falaises.

Revenons à l’histoire.

La terre bouge encore à la fin de l’ère primaire, nous assistons aux derniers soubresauts de la chaîne hercynienne (phase du Palatinat), les paysages se rehausse une dernière fois mais la mer revient. D’abord dans ces grandes plaines coulent des rivières qui étalent leurs alluvions, sables et galets. Puis dans des lagunes, boues calcaires et argileuses se déposent, le paysage reste toujours assez aride, la végétation y est pauvre, des reptiles viennent y chercher de la nourriture. Enfin la mer arrive et engloutit tout et ceci pour des millions d’années.

Nous allons continuer à explorer le Permien en nous rendant à la Lieude et descendre par le col de la Merquière dans la série géologique, au passage nous observerons quelques formations volcaniques déjà présente ici au Montahut et sur lequel se dresse superbe sentinelle les ruines du Castelas.

ARRET N°2 : LA LIEUDE

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Au bord de la petite route départementale, la D8!, un hangar abrite la dalle paléontologique de la Lieude. Le site est remarquable, il est aujourd’hui le seul site européen où des traces diversifiées de pas de reptiles de la fin de l’ère primaire (vers –260Ma , période permienne) c’est à dire avant les premiers dinosaures, qui apparaîtront 40 millions d’année plus tard – peuvent être observées.

Le site de la Lieude est aussi très favorable pour reconstituer un paysage permien. Observons ces ruffes qui nous semblent si monotones et qui se sont déposées ici en 10 millions d’années. Regardons leur surface. Il est facile d’imaginer le paysage Permien.

Ici ce sont des pistes de pas de reptiles,

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là des rides de plages (« ripple-marks ») et turbulences de courants (« flute-marks »),

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parfois des empreintes de gouttes de pluie mais aussi des craquelures de sécheresse et fentes de dessiccation.

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Dans ce paysage semi-désertique de la fin de l’ère Primaire, le climat équatorial des temps carbonifères devenait progressivement tropical, où sous la chaleur, pluies et saisons sèches alternaient et où rivières, mares et marécages qui couvraient le sol s ‘asséchaient. Les grandes forêts houillères avaient disparu et furent remplacées par les Conifères primitifs. Suite au retrait des mers et au changement climatique, en de nombreuses régions, des récifs coralliens bordaient les rivages de terres désertiques, où se trouvaient de vastes lacs salés. Les amphibiens et certains poissons subissent une diminution massive. De nombreux insectes nouveaux apparaissent, coléoptères et libellules.

Mais c’est surtout le temps des reptiles , ces animaux qui parcourent les plaines arides viennent s’abreuver près des rivières et marécages et y laissent leurs pas. Puis, englouties par la mer Ligure et la Thétys, ces terres vont disparaître de nos yeux pour un temps qui marquera l’ère Secondaire. Elles ne resurgirons de leur profondeur, témoins de leur passé, que lorsque de nouveaux séisme secouerons la région à l’ère Tertiaire, lorsque une fois encore, plaque Africaine et Eurasienne se rencontrerons, époque Pyrénéenne et Alpine, où la mer se retirera de notre région pour nous laisser découvrir des paysages calcaires formés au fond des eaux. Les secousses pyrénéennes et alpines modèleront le relief, la terre s’élèvera à nouveau. Par jeu des failles , par l’érosion , par l’intrusion des multiples phénomènes volcaniques se formera pour un temps le paysage que nous avons sous les yeux.

Qui étaient ces reptiles qui ont marqué de leurs empreintes cette dalle paléontologique. Ce sont des Reptiles mammaliens, Thérapsidés et Thériodontes.

Ils ne sont pas très grands. Les plus gros étaient généralement des herbivores et les plus petits de féroces chasseurs carnivores ? Leur tête et leur corps ressemblaient à ceux d’un chien, principalement à cause de la position des pattes. Alors que les autres reptiles ont des membres qui s’écartent du corps , chez les Mammaliens, placées sous le corps elles en soutiennent le poids et leur offre une meilleure aptitude à la locomotion. C’est ce que nous montre l’espacement et la forme des traces de pas sur la dalle fossilifère de la Lieude. L’étude des fossiles et particulier de leur crane montrent d’autres spécificités. Leurs dents sont déjà différenciées et spécialisées, l’avant de la mâchoire présente des incisives pour couper, une paire de canines pour tuer et l’arrière des prémolaires et molaires pour broyer et mastiquer. Plus curieux encore, reptiles à sang chaud, ils possédaient des poils et allaitaient leurs petits. Pourquoi classe-t-on ces animaux parmi les reptiles ? Parce que leur monde de reproduction est encore celui des reptiles et ils pondent des œufs. Comme les reptiles, l’articulation de leur mâchoire –arrangement synapside (fosse unique de chaque côté) est très primitive, mais déjà elle comprend certains os qui, chez les mammifères , ont quitté la mandibule pour donner deux des trois osselets de l’oreille.

A ce stade de l’évolution, de l’adaptation au milieu, il ne restait à franchir qu’un très petit degré vers les vrais mammifères.

Mais avant de quitter ce site, revenons si vous le voulez bien au « Primaire », cette première ère de la « Vie » de ces temps géologiques « anciens », cette ère appelée aussi Paléozoïque, du grec Palaios : ancien et zoon : animal ; l’ère des animaux anciens. Tous les Invertébrés sont déjà là, ainsi que les premiers Poissons, les premiers Amphibiens, les premiers Reptiles et les Plantes inférieures, la vie commençait à sortir de l’eau et conquérir la terre ferme. Les plantes, les premières évoluèrent : la Cellule unique qui assurait toute les fonctions vitales, se multiplia et se différencia, ainsi naquirent les Algues qui savaient se nourrir, s ‘enraciner, se reproduire. Puis, certaines plantes rejetées sur le rivage purent survivre, se tenir debout et puiser leur nourriture dans le sol humide, c’étaient les premières Fougères géantes (30m de haut) que nous retrouverons plus tard sous forme de Charbon. Lorsque les plantes sortirent de l’eau pour s’établir sur la terre, les animaux purent également quitter la mer. Les plantes avaient créé l’Oxygène. En premier viennent les Insectes sans ailes et les Araignées suivis plus tard par les Poissons qui donnèrent naissance aux Amphibiens (=Batraciens) lorsque les lacs se desséchèrent : des poumons et une paire de nageoires musculaires leur permirent d’avancer jusqu’à la prochaine mare. Plus tard arrivèrent les Reptiles qui pondaient des œufs à coquille dure pour protéger leurs petits, nous voilà revenu au Permien.

Si la Vie a fortement évoluée au cours de cette ère Primaire, la Terre n’est pas restée inactive. Nous sommes déjà au 9/10ème de son existence. Car tout commença voici 4,5milliards d’années (Attention , je ne parle pas de la création de l’Univers, du big-bang, qui lui remonte à 10 / 20 milliards d’années…) . Dans notre galaxie une immense nébuleuse de poussières et de gaz occupait l’ Espace et tournait sur elle même ; en son centre , il y avait le Soleil primaire (ou Proto-soleil), au tour, tournait un disque gazeux de près de 30 milliards de km. Ce nuage était composé de 90% de H2 , 9,5% de He et de 0,5% d’autres éléments tels que le Fe, le Ni, l’Al et l’O2, etc … Dans ce grand disque à différentes distances du Soleil primaire des masses de poussières s ‘agglutinèrent, ainsi naquirent les Planètes : Vénus, Mercure, Mars, Pluton, Jupiter, Uranus et notre Terre. Dans ce grand carrousel, elle s’organisa : les éléments radioactifs Uranium, thorium, Radium en se désintégrant libérant une masse de chaleur en son sein pou le faire fondre ; les éléments les plus lourds Ni et Fe restèrent au centre et formèrent le Noyau ; les éléments moins lourds Si, Al, O2, Mg, se concentrèrent tout au tour ; à l’extérieur gravitèrent les éléments les plus légers H2, He, NH2 et CH4 créant la première atmosphère gazeuse. Progressivement par dispersion, l’hydrogène disparut, la surface de la Terre refroidit, durcit et forma l’Ecorce terrestre, d’une épaisseur de 70 à 5/6 km. De très nombreuses fissures laissèrent s’échapper et s’épancher le Magma liquide et incandescent, les premières éruptions volcaniques libérèrent beaucoup d’eau. L’hydrogène et l’oxygène se séparèrent, l’ hydrogène plus léger se perdit dans l’Espace. En même temps , l’eau se condensa sur la surface en voie de refroidissement et les premières « flaques » donnèrent naissance aux Océans d’aujourd’hui, c’ était il y a 4,5 milliards d’années.

J’étais né : je m’appelle la Terre. Je suis un gros bébé très actif, tout rond ou presque de 40 000km de circonférence à l’équateur, ma superficie est de 510 000 000 km2, mon volume est de 1 000 milliards de km3, je pèse 6 000 milliards de milliards de tonnes. J’ai 149 000 000 km2 de continents et 361 000 000 km2 d’océans. Ma température est de 15°C à l’extérieur et peut-être 6 000 à 8 000°C en mon cœur. Je me déplace dans l’Univers à 30km//s soit 100 000 km/h. Signe particulier : habitée. Mais pour cela, il a fallu que je me calme, que les grands cataclysme qui m’ont vu naître s ‘apaisent, il a fallu attendre 1,5 milliards d’années. Le premier Etre vivant apparut certainement avant –3 milliards d’années : âge du premier Fossile connu, une bactérie découverte en Afrique du Sud.

Ainsi commença une passionnante histoire qui continua seconde après seconde , au fil des séismes, éruptions volcaniques, inondations, sécheresse ou pluies diluviennes, tout comme aujourd’hui.

Maintenant nous allons quitter le sol Permien et rejoindre la mer Jurassique à Mourèze.

J’attirerai votre attention à Salasc en passant devant la fontaine pour comprendre, ici, l’importance de l’eau. Les précipitations annuelles y sont relativement faibles, le climat est sec de type méditerranéen. Nous avons surtout en automne et au printemps de violents orages qui gonflent le moindre ruisseau. La ruffe imperméable s’est trouvée, avec le lac du Salagou, un parfait réceptacle utilisé pour l’ irrigation des terres environnantes. à Salasc, l’eau surgit par faille au contact entre roches perméables et imperméables. C’est l’effondrement du bassin Permien, par jeu de failles et subsidence qui à mis en contact deux types de formation ; les ruffes rouges imperméables permiennes et les dolomies blanches perméables jurassiques.

ARRET N°3 : LE CIRQUE DE MOUREZE ET LE MONT LIAUSSON

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Nous voici arrivé à Mourèze, thème principal, carte postale de couleur et de lumière, de cet itinéraire et ici se pose, plus qu’ailleurs, devant tant de beauté et de pureté qu’offre la& nature, les questions formulées en prologue ce matin : pourquoi ? comment ? Nous allons essayer, tout en nous promenant dans l’imaginaire de ce site et en nous rendant au sommet de la montagne de Llausson, d’expliquer les jeux de la nature, de vous raconter la vie de ce relief, comme on raconte celle d’un être humain : sa naissance, son enfance, son âge mur, sa vieillesse. Sa mort ? Non, à la différence d’un pauvre être humain, il peut rajeunir, le cycle est sans cesse recommencé. Nous lui laisserons ses secrets et ses mystères, il nous contera ses combats sans fin contre les forces qui nous entourent, lui seul y survivra jusqu’aux derniers temps de notre planète.

Avant de vous raconter l’ histoire de l’ère Secondaire, il est peut –être bon de faire le point sur les matériaux,les roches qui forment ces paysages, expliquer leur origine et comprendre leur formation. Je ne parlerai que les deux principales qui nous intéressent dans cet itinéraire : les ruffes et la dolomie. Toutes deux, sont des roches sédimentaires, c’est à dire des roches formées à la surface de la terre, par accumulation de sédiments pouvant avoir subi un certain transport. Les matériaux des sédiments peuvent provenir de l’érosion de roches antérieures ou résulter d’une action organique. Le dépôt peut – être continental, lacustre, lagunaire ou marin. Le transport est éolien ou fluviatile.

Que sont les ruffes ? Ce sont des argiles continentales, on peut les appeler aussi pélites. C’est, une roche à grains très fins et très légers, finement litée, constituée essentiellement de minéraux argileux. Elle peut contenir un peu de quartz et de micas. Leur coloration en rouge est du à l’oxydation du fer, contenu dans le sol, au moment de leur formation. L’argile provient de l’altération d’autre minéraux constituants de roches dures. Dans le cas qui nous intéresse son origine est un granite. Un granite bien qu’il soit une roche dure, symbole d’éternité, s’altère. Par action stagnante de l’ eau, sous couvert végétal où se maintient une forte humidité, ses minéraux les plus fragiles –micas et feldspaths- se transforment en minéraux argileux. Chimiquement, ce sont des silicates d’alumines hydratés, disposés minéralogiquement en feuillets. Ces minéraux sont très friables, se transforment en poussière et fines particules facilement transportable par le vent et les eaux, il faut ensuite un milieu calme pour qu’elles puissent se déposer. Nous l’avons vu, ici à la fin de l’ère Primaire, les conditions étaient réunies pour qu’un tel phénomène se déroule : climat tropical,granite de la chaîne hercynienne, plaine réceptacle. Les mouvements des failles, le temps qui a permis ces kilomètres de dépôt, les grands séismes passés, l’érosion actuelle, sans oublier l’action de l’homme ont fait le reste , un paysage.

Qu’est ce que la dolomie ? C’est une roche sédimentaire marine, carbonatée, qui s’est formée à partir de sédiments calcaires dans lesquels le magnésium a remplacé le calcium.. Expliquer la dolomie c’est donc comprendre la sédimentation calcaire. L’ érosion a emmené dans la mer des sels calcaires dissous. La vie est intense dans la mer, les animaux,des plus gros aux plus microscopiques – le planton – fixent le calcaire dans leur carapace ou enveloppe. A leur mort, les chairs se décomposent tandis que coquilles et tests calcaires s’accumulent sur le fond marin. Les algues, quant à elles, utilisent le gaz carbonique pour transformer les sels de calcium –solubles- en carbonates –insolubles- donnant naissance à une fine boue calcaire. Par précipitation, l’ensemble, boue calcaire, tests et coquilles forment un sédiment qui va se déposer ainsi pendant des millions d’années ! Le tassement, la compaction et le départ de l’eau donnent progressivement naissance à une roche. C’est à ce stade que se forme la dolomie : dans une mer chaude, peu profonde, à forte salinité et riche en sels magnésiens où le magnésium va se substituer au calcium. Le réseau cristallin de la roche primaire va être modifié, détruisant fossiles et strates. Comme pour les ruffes, il faudra attendre les grands séismes et les mouvements de surrection pour voir sortir ces roches de l’eau et le jeu des failles pour les mettre en place. Ici, l’érosion ne se contentera pas de créer plateaux, falaises ou gorges mais sapera la roche dans ses parties les plus fragiles. La calcite, encore présente dans la roche sera dissoute. Les rhomboèdres de dolomite qui seront mis à nu se déposeront petit à petit sous forme de sable – ou de grisou –au pied de structures ruiniformes qui font notre décor d’aujourd’hui.

Quelques chiffres et quelques repères :

La poussière qui constitue l’argile est faite de petits cristaux en lamelles visibles seulement s’ils sont grossis 10 000 fois. Sa sédimentation est très lente, elle est de l’ordre de 1cm par millénaire et il faut parfois 10 mètres de sédiments pour faire un mètre de roche. Les argiles forment 70% de nos sédiments, les calcaires ne représentent que 8% de l’ensemble. Une rivière moyenne apporte en mer 10 000 tonnes de matière soluble par an.

Le cirque de Mourèze est né de l’érosion d’une roche sédimentaire, la dolomie, très commune de la période Jurassique. Elle s’est formée, à partir de sédiments calcaires où le magnésium à remplacé le calcium. Cette transformation a détruit les fossiles, les strates, donné un aspect cristallin à la roche mais fragilisé l’édifice. L’action conjuguée de l’eau, du vent et du gel a fait le reste, créant ces formes ruiniformes émergeant peu à peu du sable, caractéristiques des paysages de lapiés. Mais que de temps et d’évènements pour en arriver là ! 175 millions d’années.

Rappelez vous :

Nous avions laissé, après l’érosion de la chaîne hercynienne, un sol rouge, désertique, sur un continent unique : la Pangée. Au début de l’ère Secondaire, celui-ci va se morceler comme une coquille d’œuf, suivant des lignes de faiblesse, les grandes failles, délimitant de grands blocs, ancêtres de nos continents. Ces grandes « plaques » de l’écorce terrestre, flottant sur le magma, vont entrer en mouvement, « dériver », s’ouvrir et mers et océans vont se former. C’est d’abord, l’Atlantique Sud, entre Amérique et Afrique qui s’ouvre : l’Afrique repoussée vers l’ Est se détache à son tour de l’Europe ; la Thétys, notre future Méditerranée,envahit le Languedoc. C’était, il y a 205 millions d’années : d’abord timidement, les eaux sont peu profondes (on peut imaginer de grandes étendues parfois couvertes par la mer et parfois se desséchant au soleil comme en témoignent les craquelures de boue et les empreintes de dinosaures laissées sur les dalles calcaires du Jurassique inférieur, près de Lodève) puis le régime marin devient plus franc et se déposent d’épais sédiments calcaires.

C’est ce paysage en falaise calcaire et dolomitique souvent surmonté de marnes noires ravinées qui fait les « avant-causses », causse de Bédarieux, Escandorgue.

La mer était chaude, notre région vivait une période calme, une barrière de corail allait même finir par s’établir entre la haute mer, située au niveau des villes de Montpellier et Nîmes et un haut-fond établi sur l’emplacement actuel du Massif Central, des Cévennes et des Pyrénées. C’est dans cette clémence, au Jurassique moyen, entre 175 et 160 millions d’années que naissait Mourèze. Couches après couches, se déposaient sur son fond marin, les sédiments calcaires, dans une mer chaude, peu profonde, à salinité élevée, riche en sels magnésiens, favorables à leur transformation en dolomie. Pendant ce temps, la dérive des plaques continuait : l’Atlantique Nord s’ouvre à son tour. Imaginez, l’Espagne se détachant de la Bretagne, son positionnement à la place qui est la sienne aujourd’hui, entraîne la création du Golfe de Gascogne et en même temps chasse l’eau de la Méditerranée ; Nous sommes à la fin du Crétacé inférieur, il y a 100 millions d’années. Un climat tropical humide à saisons alternantes s’installe sur les terres émergées, favorable à la formation des latérites alumineuses, soumises à l’érosion, elles seront piégées dans les cavités dolomitiques et formeront la Bauxite. L’ouverture de l’Atlantique à l’Ouest eu pour effet d’inverser le sens de déplacement de la plaque africaine et de la plaque eurasienne : la collision a eu lieu au début de l’ ère Tertiaire. Ainsi se met en place, une grande chaîne de montagne qui va des Pyrénées à la Provence : C’est le plissement Pyrénéen. Dans notre région, les plis du Pic Saint-Loup en sont un témoin ; Mourèze et le Mont Liausson se sont aussi élevés à ce moment-là. Les contraintes tectoniques ne sont pas terminées pour autant : les phénomènes volcaniques débutent, une partie de cette chaîne pyrénéenne s’effondre. C’est le retour de la mer, nous sommes au Miocène, il y a 23 millions d’années. La Corse et la Sardaigne s’individualisent. Les mouvements tectoniques se poursuivent, les grandes failles se réactivent. Celle qui nous intéresse la faille des Aires va mettre en contact, terres rouges et dolomie, en soulevant les unes et abaissant les autres. Les reliefs actuels prennent forme : la Méditerranée se retire pour gagner ses rivages actuels, le vieux Caroux se relève, les Alpes surgissent, l’Inde se détache de l’Afrique pour aller heurter l’Asie et donnernaissanceà l’ Himalaya qui se soulève encore de nos jours  !

Nous sommes arrivés à fin de l’ère Tertiaire, presque à la fin de notre histoire. Ici, la nature a très bien fait les choses, tout se terminera par un feu d’artifice.

C’ est à un véritable bouquet final que l’ on assiste dès le Pliocène, vers 2,5 millions d’ années. C’ est un véritable chapelet de volcans qui éclosent du sud des Causses jusqu’ à la Méditerranée. L’ Escandorgue déverse ses laves dans les vallées, les dernières manifestations ont lieu au Cap d’Agde, il y a 700 000 ans. Depuis,, l’érosion a fait son œuvre, les cônes volcaniques ont disparu, seuls dans le paysage, subsistent quelques dômes arrondis, dans les ruffes, elle a dégagé les anciennes cheminées (neck), les filons basaltiques (dyke), tandis que les coulées coiffent maintenant les plateaux tout autour du Salagou. Le plateau de Carlencas que nous traverserons en fin d’ itinéraire, en est un exemple.

Avant de rejoindre Carlencas par la route de Bédarieux, nous nous rendrons sur les terrains les plus anciens de notre itinéraire, témoins de la mer de l’ ère Primaire et de l’ extrémité orientale du versant méridional de la Montagne Noire, d’âge Dévonien.

ARRET N°4 : LE PIC DE VISSOUS (480m)

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Si, cet arrêt a surtout un grand intérêt géologique, nous ne manquerons pas, en faisant l’ ascension du Pic de Vissous de profiter d’ un superbe panorama sur les Monts de Cabrières au sud-est et sur Mourèze au nord-ouest.

Le Pic de Vissous est un bel exemple de tectonique renversée d’une arête calcaire témoin des mouvements hercyniens et qui a attiré sur ses pentes des générations de géologues, tant sa structure est remarquable mais aussi complexe. Que c’est il passé ?

*Lorsqu’ elle s’ est mis en place, la chaîne hercynienne a fait disparaître la mer mais aussi soulever, déformer et transformer les terrains précédemment déposés. Ici, sur le versant sud de la Montagne Noire, les mouvements ont été particulièrement spectaculaires. Les roches ont été déplacées sur des dizaines de km vers le sud-est et déposées en grandes nappes de plis couchés. Se retrouvent donc sur les terrains les plus récents Viséen et Tournaisien (Carbonifère inférieur ou Dinantien, dedrniers dépôts avant le plissement Stéphanien), des calcaires plus anciens datés Famennien, Frasnien, Givetien et Eifélien (Dévonien supérieur et moyen).

Faciès classiques du Pic de Vissous (série inverse)

Carbonifère inférieur (Dinantien) h2 : Viséen, formation type flysch schisto-grèseux, faciès de remplissaged’ une avant-fosse instable liée à la naissance de la chaîne hercynienne.; h1 : Tournaisien, faciès caractéristique appelé calcaire à colonnes du Pic de Vissous, calcaires et lydiennes à nodules phosphatés.

Dévonien d7-6 : Famennien, calcaires griottes rouge; d5 : Frasnien, calcaires et marnes noduleuses ( à galettes ), horizons à fer et manganèse, lydiennes vertes; d4-3 : Givetien – Eifélien, plus de 100m de calcaires compacts, appelés calcaires blancs du Pic;

Avant de grimper à Carlencas, vous apercevrez les premières carrières de bauxite de Bédarieux, aujourd’hui épuisées.

ARRET N°5 : LE BELVEDERE DE CARLENCAS

Je vous laisse le soin de découvrir ce superbe belvédère remarquablement aménagé par une association locale et d’ admirer une fois encore un magnifique panorama. Vous y trouverez, sous une forme originale et très didactique, illustrée par des échantillons de roches, un résumé et les témoins de l’histoire que nous venons de parcourir..

CONCLUSION

Ainsi s’achève ce premier itinéraire. Je voudrais en guise de conclusion, parler de la place de l’ Homme dans cette région. Bien que l’environnement soit difficile, il est présent dès le Paléolithique. Au Néolithique, il occupe grottes et abris sous roches, plus tard il dressera les dolmens, laissera ses vestiges Gallo-romains, ses constructions et forteresses médiévales ; il saura aussi tirer le maximum de ce sol difficile et escarpé : terrasses, murettes, moulins et capitelles sont les témoins de ces rudes combats. Le sous-sol sera lui aussi exploité : Plomb, Bauxite, Charbon, Pétrole et Uranium seront extraits et les eaux thermales seront captées. Un pays riche en histoire géologique est obligatoirement riche en ressources naturelles et la vie y est intense. Mais demain que restera-t-il ? Les ressources s’épuisent et la vie s’ éteint dans nos village désertifiés, pour ne renaître que le temps d’un été.

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