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François Sarano : « L’emballement autour du béluga était indécent »

  • Par Emmanuel Clévenot -11 août 2022- un article de Reporterre*

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Des vétérinaires s'occupent du béluga échoué dans la Seine, le 9 août 2022. - © AFP/Jean-François Monier

Le béluga perdu dans la Seine a suscité un émoi « indécent », dénonce l’océanographe François Sarano. Pour lui, la mort de milliers d’autres cétacés et animaux chaque année reste invisibilisée et déresponsabilisée.

Océanographe, François Sarano a navigué treize années à bord de la Calypso, accompagnant le commandant Cousteau dans ses plus folles expéditions. Il est un plongeur hors pair, spécialiste des cétacés.

ReporterreLe béluga égaré depuis plus d’une semaine dans la Seine est mort le 10 août. Quel est votre sentiment face à l’emballement médiatique qu’a suscité cette histoire ?

François SaranoC’est indécent. J’ai le sentiment qu’on amuse les gens. Je ne dis pas que le sort de ce béluga n’était pas important, mais il est complètement disproportionné. Depuis cinquante ans, les associations essaient d’attirer l’attention sur les dégâts considérables que nous provoquons dans les écosystèmes. Chaque jour, nous sommes responsables de la mort de centaines de cétacés et autres animaux marins et terrestres. Si les personnes s’apitoyant sur le sort de ce béluga renonçaient à manger du Nutella, elles épargneraient la vie de dizaines d’orangs-outans à qui l’on détruit les forêts pour cultiver l’huile de palme. Et lorsqu’elles mangent un hamburger, pensent-elles aux centaines d’hectares de déforestation provoqués en Amazonie ? Soyons sérieux une seconde.

Si tout d’un coup, ce béluga avait été un facteur déclenchant nous permettant de réaliser que notre consommation irresponsable tue chaque seconde des animaux... alors formidable ! Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas. S’il avait finalement été remis dans un aquarium ou à la mer, tout le monde aurait applaudi. Nous détruisons la planète au quotidien et, tout d’un coup, on trouve cela dramatique.

Sans parler des moyens qui ont été déployés pour tenter de sauver l’animal. On a mobilisé le ban et l’arrière-ban, pendant qu’à nos portes, en Méditerranée, des centaines de nos frères humains se noient. On refuse de les accueillir, des associations comme SOS Méditerranée peinent à se faire entendre... Toute cette disproportion m’écœure.

Le mystère de son intrusion dans la Seine reste entier. Aux yeux de la présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali, il a pu être désorienté par la pollution sonore du chantier éolien au large de Dieppe. Que pensez-vous de cette hypothèse ?

Elle a raison d’évoquer les pollutions sonores. Seulement, le béluga ne s’était pas perdu à Dieppe. Il était déjà paumé avant d’arriver en Écosse. Cette espèce vit habituellement dans les régions arctiques et subantarctiques. De nombreux clans sont présents dans l’estuaire du Saint-Laurent, au Canada, ou encore au nord du Groenland. Ils s’aventurent très rarement plus au Sud, le long des côtes américaines, et encore moins ici, le long des côtes françaises ou dans la Seine. C’était tout à fait anormal.

Comment expliquer qu’il se soit retrouvé là, à plusieurs milliers de kilomètres des siens ?

Les animaux migrateurs, dont le béluga, se servent beaucoup de leur sens du magnétisme pour s’orienter. Or, depuis une décennie, le pôle Nord magnétique migre de 50 kilomètres vers l’Est chaque année. Un déplacement très rapide, lié au mouvement interne du magma. Il y a quelque temps encore, il se trouvait côté canadien, et le voilà désormais en Sibérie. Les animaux s’orientant grâce à ce pôle peuvent alors être désorientés de quelques degrés. Une petite différence qui, sur des milliers de kilomètres, les conduira irrémédiablement vers une autre région du monde, car les animaux ne reviennent jamais en arrière. S’ils se trompent de route, ils tentent de trouver une solution vers l’avant... au risque de se perdre.

Le magnétisme terrestre peut aussi être modifié localement par les remontées de magma. La récente prééruption d’un volcan en Islande a potentiellement induit en erreur ce béluga qui passait dans les environs. Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle est sérieuse. Les ornithologues en savent quelque chose, cela arrive très fréquemment chez les oiseaux.

Par ailleurs, il peut y avoir eu des exercices militaires dont nous ignorons la teneur, dans la région canadienne ou la région arctique. Les sonars des sous-marins, et surtout ceux des chasseurs de sous-marins, sont extrêmement puissants et perturbants pour tous les cétacés. Toutes les 30 secondes, ils sont harcelés par une sorte d’alarme, équivalente à celle d’une maison, juste à côté de leurs oreilles. C’est hallucinant.

La modification des courants marins, liée au réchauffement climatique, peut-elle aussi être à l’origine de la déroute du béluga ?

Oui. Dans les régions polaires, sous la glace, l’eau est extrêmement froide et salée, ce qui la rend lourde. Elle coule donc vers le fond marin, ce qui induit tout un mouvement des eaux de surface vers le Nord pour compenser ce manque. Sauf qu’avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, ce phénomène se fait plus rare et les courants marins sont modifiés. Ajoutez à cela les changements de densité de l’eau, et les cétacés, qui s’appuient sur la saveur et les mouvements de l’eau pour se déplacer, se retrouvent désorientés.

Il y a aujourd’hui toutes sortes de bouleversements, à la fois liés à des causes magnétiques, purement internes à la Terre, et à des perturbations humaines. Et n’oublions pas une autre hypothèse : ce béluga était peut-être simplement à la recherche de nourriture, parce que nos chalutiers géants ont dépeuplé les mers et continuent à ravager des zones, où un certain nombre de ces animaux vont mourir.

Une baleine grise de l’océan Pacifique observée en Méditerranée en mai 2021, une orque aperçue dans la Seine en mai dernier.... Ces anomalies seront-elles plus fréquentes ?

Je ne peux pas répondre. Cela reviendrait à se demander si, au lendemain de deux accidents consécutifs d’avion, un troisième allait se produire. Dans toutes les espèces de cétacés, certains individus plus indépendants que les autres partent parfois en exploration. Chez les dauphins, on appelle ça les ambassadeurs. Ils sont en quelque sorte des Marco Polo de leur espèce.

De tout temps, la colonisation du monde par les animaux est en partie passée par là. Les animaux s’installent dans de nouvelles régions, fondent de nouvelles colonies et deviennent parfois de nouvelles espèces. Il s’agit soit d’individus rejetés par leur famille, soit d’individus s’isolant eux-mêmes, en quête d’indépendance.

Seulement, lors de leurs déplacements retour, il arrive qu’ils soient induits en erreur si les conditions du milieu ont changé. Cela conduit alors à des échecs, au même titre que les explorations humaines desquelles certains ne sont jamais revenus, faute d’avoir accosté dans des contrées hospitalières.

dcc.jpg Béluga dans un aquarium. [Pxhere/CC0->https://pxhere.com/fr/photo/672234]

Éloge de la marche dans un monde qui va trop vite

arton25725-548f5.jpg Le paysagiste et botaniste Gilles Clément chez lui, dans la Creuse. - © Mathieu Génon/Reporterre

Dans cette tribune, le sociologue David Le Breton dresse l’éloge de la marche, qu’il qualifie d’« acte de résistance civique privilégiant la lenteur, la conversation, la gratuité ».

David Le Breton est sociologue, et auteur de Marcher la vie — Un art tranquille du bonheur (2020), de Disparaître de soi. Une tentation contemporaine (2015), de Marcher — Éloge des chemins et de la lenteur (2012) aux éditions Métailié ou encore d’En roue libre — Une anthropologie sentimentale du vélo (aux éditions Terre urbaine, 2020).

Les mondes contemporains confrontent en permanence à une multitude de décisions et de sollicitations, dans une course sans fin. Ils ont remplacé la rareté des biens de consommation par la rareté du temps. L’individu est soumis à l’écrasement du temps sur le seul présent puisque le monde n’est plus donné dans la durée. Pluie des SMS et des mails, sollicitation sans répit des sonneries ou des signaux d’arrivée de messages… la tyrannie de l’immédiat et de l’urgence mobilise un défilement sans repos des activités à accomplir et des réponses à donner. D’où ce sentiment de ne plus avoir de temps à soi et de courir sans cesse après une existence qui échappe.

L’accélération du changement social implique parallèlement l’obsolescence des expériences et de la mémoire, l’entrée dans une société amnésique. La vitesse ne laisse plus le temps d’enregistrer les événements, elle produit l’oubli. Elle réduit le corps à l’immobilité à travers les prothèses innombrables qui le relaient pour rester dans le flux. Elle procure une intensité provisoire, mais ne laisse aucune trace, à la différence de la lenteur propice à l’appropriation des lieux ou des situations.

La marche est en ce sens une résistance. Les marcheurs ne sont pas pressés. Ils cheminent à quatre ou cinq kilomètres-heure, n’hésitent pas à faire la sieste ou à lanterner quand, en avion, on traverse l’Atlantique en une dizaine d’heures. Une journée de marche revient à quinze-vingt minutes de voiture. Les marcheurs prennent leur temps et refusent que leur temps les prenne. Les heures sont à eux, non aux impératifs sociaux. Leur cheminement paisible restitue l’épaisseur de la présence au monde et aux autres, il est un instrument puissant de retrouvailles avec les proches pour ces moments de plus en plus mesurés où l’on est tout entier dans le souci de l’autre tout en partageant des moments privilégiés. img_0069_01.jpg Les marcheurs prennent leur temps et refusent que leur temps les prenne. © P.O Chaput /Reporterre

Marcher, c’est cesser de perdre pied ou de faire des faux pas, c’est se retrouver de plain-pied dans son existence. Le chemin parcouru rétablit un centre de gravité qui s’était défait au fil du temps, ou bien il le renforce en procurant des moments de plénitude. Dans un autre temps, Thoreau écrivait déjà dans Walden, ou la vie dans les bois (1854) : « Je gagnais les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie […], vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en spartiate pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie. »

La marche remet en ordre le chaos intérieur

Une marche, même de quelques heures, instaure une distance propice avec le monde, une transparence à l’instant, elle plonge dans une forme active de méditation, de contemplation. Elle donne sa pleine mesure à l’intériorité. Détour pour rassembler les fragments épars de soi, elle remet en ordre le chaos intérieur, elle n’élimine pas la source de la tension, mais change le regard sur elle.

L’esprit bat alors la campagne en toute liberté, car la marche est aussi un cheminement entre pensée et mémoire, sans hâte, sans crainte d’être interrompu par un emploi du temps exigeant ou une sonnerie intempestive. Pour mémoire, le Bouddha, le Christ, Mahomet sont d’abord des hommes à pied, livrés à leur seul corps, et leur parole se répand au rythme de leurs déambulations et de leurs rencontres avec les autres.

lisa_2.jpg La marche est un cheminement entre pensée et mémoire, sans crainte d’être interrompu par un emploi du temps exigeant ou une sonnerie intempestive. © E.B / Reporterre

De surcroît, la marche est une activité physique sans compétition, tout entière dans la jouissance de l’instant. Le marcheur redécouvre son corps au jour le jour, et nombre de maux liés au manque d’exercice physique s’effacent sans qu’il s’en aperçoive : déprime, tensions musculaires, lourdeurs digestives…Tissée d’humilité, de patience, de lenteur, de détours, la marche reste dans les limites des ressources physiques sans recherche de vaines prouesses, elle s’ajuste aux aspérités, aux courbes ou aux difficultés du terrain. L’individu retrouve un sentiment d’enracinement à la terre. Longtemps d’ailleurs, la mesure de l’espace sollicitait le corps. Il n’existait pas alors dans nos sociétés une rupture entre l’humain et le monde. On parlait de pouces, de pieds, de brassées, de coudées, de toises. Le corps était encore un écho du cosmos.

Anachronique dans le monde de la vitesse, de l’utilité, du rendement

Aucun combat avec les éléments pour y imprimer son empreinte personnelle, mais une volonté apaisée de se perdre avec élégance dans le paysage sans jamais le considérer en adversaire à vaincre. Une co-naissance avec un monde environnant se révèle au fur et à mesure de l’avancée. La « biodiversité » cesse alors d’être un mot abstrait, et s’associe aux odeurs d’herbe coupée, de fleurs jusqu’alors inconnues, à la contemplation des collines ou des arbres, au souffle du vent, etc. Il s’agit bien d’avoir les pieds sur terre au sens littéral et symbolique, et non plus à côté de ses pompes.

Le succès grandissant de la marche depuis une vingtaine d’années est une manière heureuse de se mettre en retrait. Qu’ils marchent une journée sur des sentiers de campagne ou s’aventurent pour de plus longues périodes sur les chemins de Compostelle ou de la Francigena, les marcheurs n’ont plus de comptes à rendre, ils deviennent anonymes sur les chemins, enfin disponibles à leur existence, hors course. Ils abandonnent provisoirement leurs repères familiers pour se mettre en situation de découvertes, de réinvention de soi.

Anachronique dans le monde de la vitesse, de l’utilité, du rendement, de l’efficacité, la marche est un acte de résistance civique privilégiant la lenteur, la disponibilité, la conversation, la curiosité, l’amitié, la gratuité, la générosité, autant de valeurs opposées aux exigences néolibérales qui conditionnent désormais nos vies. Quête d’intériorité, d’apaisement, de convivialité, elle est un éloge de l’attention au monde.

Une tortue caouanne pond sur la plage de Valras sous la protection des pompiers de l'Hérault

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C'est un article de France3 Occitanie écrit par Fabrice Dubault

Les pompiers de Valras et les services techniques de la station balnéaire sont intervenus la nuit dernière pour sécuriser la ponte d'une tortue marine sur la plage. Une opération rare et insolite.

Au milieu de la nuit, les pompiers de Valras ont reçu un appel un peu particulier... Une personne leur signalait la présence d'une tortue caouanne sur la plage en train de pondre. Un équipage est alors parti sur place. Une fois l'animal repéré, les pompiers ont balisé et sécurisé la zone avec l'aide des services techniques de la ville.

Un nid et une centaine d'oeufs

Une fois ses oeufs pondus, probablement une centaine, la tortue amoureuse de la plage héraultaise les a recouvert de sable et a repris la mer. Mais pour la sécurité et la viabilité des oeufs, un périmètre de sécurité a été mis en place jusqu'à 15 mètres du nid.

Pour éclore, il leur faut entre 40 et 60 jours, voire plus, selon les conditions météo et environnementales. Par ailleurs, pour éviter tout soucis, le maire de Valras a rappelé que les chiens étaient strictement interdits sur la plage par arrêté municipal. Il a aussi demandé l'arrêt des passages de véhicules et d'engins à moteur à cet endroit du littoral.

C'est une plage urbaine. Nous avons fait un périmètre clos de 50 mètres de diamètre autour du nid, avec interdiction de passage. Pendant deux mois, il n'y aura aucun passage à cet endroit de la plage, pour tous les services y compris de secours. Olivier Sébastien, directeur des services techniques de Valras-Plage.

Un dispositif de surveillance

Une caméra de surveillance de la ville est désormais braquée sur le périmètre balisé. Des rondes de police seront organisées et en journée, les surveillants de baignade veilleront sur le nid. La température de ce dernier est également contrôlée puisque celle-ci doit osciller entre 24 et 34 degrés sous le sable. Si les nuits devenaient trop fraîches, le nid pourrait être déplacé.

C'est la première fois que l'on trouve un nid à cet endroit, mais cela ne veut pas dire que ces tortues, courantes en Méditerranée, ne viennent jamais. Elle est probablement née sur cette même plage il y a vingt ou trente ans, puisque ces tortues viennent pondre là où elles sont nées. Cindy Capdet, une des responsables du CESTMed, Centre d'étude et de sauvegarde des tortues marines de Méditerranée.

Ce qui est rare, c'est d'assister à la ponte et de pouvoir ensuite protéger le nid. Si personne n'était passé à cet endroit à ce moment précis, la tortue serait repartie sans que personne n'ait connaissance de la présence de ce nid sous le sable ajoute-t-elle.

Une espèce menacée et protégée

La tortue caouanne femelle, une espèce que l'on trouve dans beaucoup de mers et d'océans du globe, sort de l'eau pour pondre ses oeufs sur la plage, et les enterrer dans le sable. On la trouve principalement dans les eaux salées et les estuaires.

La caouanne a un faible taux de reproduction. Les femelles pondent en moyenne quatre couvées et entrent en repos, ne pondant aucun œuf pendant deux à trois ans. La caouanne atteint la maturité sexuelle à l’âge de 17 à 33 ans et a une espérance de vie comprise entre 40 et 67 ans.

La tortue caouanne est considérée comme une espèce menacée et est protégée par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

La mer Méditerranée est une véritable nurserie pour les jeunes qui viennent souvent de l'Atlantique s’y réfugier en nombre, et elle accueille également des adultes au printemps et en été. Les principaux lieux de ponte sont la Grèce avec plus de 3.000 nids par an et les côtes de la Turquie et de Chypre. L'Observatoire des tortues marines de France métropolitaine a noté une activité de reproduction plus régulière depuis 2016 pour cette espèce protégée. Un phénomène qui serait dû à l'augmentation de la température de surface en Méditerranée française.

Des nids de tortues marines ont ainsi été observés à Fréjus, dans le Var, en 2020 ou encore en 2018 à Villeneuve-lès-Maguelone, dans l'Hérault

« Il m’attendait »

arton24866-f4b74.jpg © Noël Jeannot

récits de rencontres avec de grands prédateurs

Un article de Magali Reinert et Estienne Rodary (Reporterre) Durée de lecture 13mn

Bergers, éleveurs ou naturalistes nous racontent leur rencontre avec un grand prédateur : loup, lynx ou ours. Souvent avec le sentiment que, des deux, c’est l’animal qui maitrise le mieux la situation.

Bon an mal an, les grands prédateurs se réinstallent dans les montagnes françaises. Loups, ours et lynx cohabitent aujourd’hui avec les humains sur les espaces de moyenne ou de haute montagne. Si les médias se font l’écho des conflits que cette cohabitation peut susciter, peu d’histoires rendent compte de la vie quotidienne entre ces différents habitants des montagnes, et notamment du moment particulier de la rencontre. Une rencontre toujours furtive et inattendue, souvent inquiétante et émerveillée. Les témoignages qui suivent, recueillis par Reporterre, ne disent pas si la présence des grands prédateurs est ou n’est pas une bonne chose. Ils racontent une rencontre avec des animaux sauvages qui transforme la perception que ces personnes ont de leurs lieux de vie et de travail.

« J’ai remarqué qu’il manquait une petite agnelle, une que j’avais repérée car elle était un peu maigre. En voyant quinze vautours qui volent au-dessus du parc de nuit, je me dis que le cadavre est là. Je décide d’aller voir sans les chiens de protection et sans mon chien de berger. Je pense que c’est important car sinon je ne l’aurai pas vu. J’y vais en vélo et je tombe nez à nez avec le loup. » Kevin Mouëzant garde 400 brebis dans une vallée boisée du Diois, dans la Drôme. « Ma première réaction, ça a été d’être surpris et ému pendant une seconde ou deux. Puis j’ai eu peur parce que le loup ne m’a pas regardé dans les yeux. J’ai cru qu’il ne m’avait pas vu. Je me suis demandé comment il allait réagir. La rencontre a duré trente secondes, il était à vingt mètres. Pour sortir du parc de nuit, il devait passer devant moi. Il est venu vers moi en trottinant, en m’ignorant. J’ai eu le temps de vivre la peur pour moi, puis de prendre des photos », raconte le berger de 29 ans. « Le loup est parti le long de la piste. Je suis allé chercher le cadavre de la brebis et je ne l’ai pas trouvé. J’ai eu un peu peur car l’éleveur m’avait dit qu’il y avait des meutes, c’est un endroit très boisé, je ne voyais rien. J’ai décidé de partir et, en remontant, je l’ai croisé. Il m’attendait le long de la piste forestière murée par des bois, et il s’est enfui dans les bois quand je suis arrivé à sa hauteur. »

« J’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre »

Pierre Boutonnet est venu s’installer il y a sept ans à Villanueva de Santo Adrianno dans les Asturies, une zone de moyenne montage au nord-ouest de l’Espagne, pour vivre du tourisme lié à la présence de l’ours. La rencontre a eu lieu en août,« quand les ours se rapprochent des villages pour manger les fruits dans les vergers. Je me promène le soir tard dans un petit village des Monts Cantabriques en quête d’observations. Avec ma caméra thermique, je le repère dans un jardin en train de manger des figues. Il y a un portail entre nous, heureusement car il est à seulement quatre mètres de moi. À un moment, il se rapproche du portail, affairé à fouiller le sol. Il vient tellement près que j’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre, un peu comme celle du cerf. Lui aussi m’a senti et il est parti. Je l’ai revu par la suite : il revenait toutes les nuits manger des fruits dans ce jardin. Les rencontres avec l’ours, ce naturaliste ne les compte plus. « Souvent, je ne le vois pas mais je l’entends, toujours à farfouiller dans les broussailles. Des rencontres par surprise, ça m’arrive souvent. Dès que l’ours me repère, souvent avant moi, il a très peur et s’en va. Je vois juste son dos qui disparaît. » _dsc4704.jpg Un lynx dans le Jura. © Noël Jeannot

Noël Jeannot est un des premiers à avoir vu le lynx dans le massif du Jura. C’était en 1988 mais le souvenir de sa première rencontre est vivace. Près d’un cadavre de chevreuil, il l’attend plus de dix heures sur son escarpolette suspendue à un arbre : « Tout à coup, j’ai l’impression que quelqu’un me regarde. Je me retourne. Il est derrière moi. Mon téléobjectif braqué dans le mauvais sens, je reste cinq minutes du mauvais côté à le regarder de travers. Le lynx est assis. Il attend. » Depuis, le retraité d’un centre de nature a souvent recroisé le félin dans les grandes forêts de résineux du Haut-Doubs, où il vit depuis plus longtemps que l’animal — ce dernier a été réintroduit en Suisse en 1974. « Parfois, le lynx me voit, il reste là, il ne se sauve pas spécialement. Les observateurs de loups ou de lynx racontent souvent que l’animal ne bouge pas quand il est observé. »

« Quand je me relève, j’ai un loup en face de moi »

Encore un berger et un loup. Un vacher plus précisément. Patrick Bernerd garde en estive plus de deux cents vaches et cent chevaux pour sept propriétaires différents dans la réserve naturelle du Vercors. Il se souvient de tous les détails de sa rencontre avec un loup, le 8 mai 2020, à trois heures de l’après-midi « précisément » : « Je suis en train de faire une clôture. Quand je me relève, j’ai un loup en face de moi. À vingt mètres. Tout près. Des yeux jaunes verts, un gros, 45 kilos, couleurs marron-gris. Là, ton corps ne bouge plus, ton cerveau non plus. Je n’avais rien. Je ne savais pas où était le chien. Les poils se redressent. Qui part ? C’est le loup qui est parti. »

Comment expliquer cette rencontre surprise ? Pour Patrick, elle a été possible grâce au confinement. C’est lorsqu’il retourne pour la première fois dans des alpages déserts qu’il tombe sur l’animal. « Le loup, il ne faut pas le chercher, c’est lui qui vient te trouver. Pourtant il est là, tous les jours à côté de toi. » Le prédateur sauvage l’observe donc, le plus souvent à son insu.

À ce titre, la rencontre n’en est une que pour l’humain, comme le raconte Kévin : « J’avais lu [le livre] Les diplomates de Baptiste Morizot en 2017. Il racontait que quand il avait vu le loup dans les Cévennes, pour lui c’était un événement et pour le loup c’était un non-événement. J’ai exactement le même sentiment. J’ai trouvé la disproportion dans la relation étonnante. » Le berger s’interroge encore : « Je m’attendais en croisant un animal sauvage à ce qu’il me regarde dans les yeux et qu’il fuit, et ça a été l’inverse, il ne m’a pas regardé et il n’a pas fui, poursuit le jeune homme. Il m’a forcément entendu arriver sur mon vélo, qui fait du bruit sur les cailloutis. Pourquoi est-ce qu’il m’a laissé approcher, pourquoi s’est-il laissé voir ? Peut-être un truc de démonstration de force, presque d’humiliation. C’est un peu fort, mais c’est pour forcer le trait : en mode, je suis là et je ne vais pas partir en courant parce que tu arrives. » _dsc5905.jpg Un ours espagnol. © Noël Jeannot

Après une double attaque de son troupeau, Kévin a eu l’impression d’être sur le territoire du loup. « Le lendemain, je vois une crotte sur un chemin que je prends quatre fois par jour, devant ma caravane. S’il voulait que je la voie, il n’aurait pas été ailleurs. Ça crée le sentiment qu’il marque son territoire, qu’il se rend visible. Les éleveurs ont aussi ce discours : le sentiment de se faire narguer, que le loup les défie. » Patrick a lui aussi vu un deuxième loup, la même année. C’était dans le Trièves, cette fois, sur ce plateau agricole au sud de Grenoble où il élève à l’année quatorze vaches allaitantes. « Je travaillais sur mon tracteur en panne et, d’un seul coup, le réparateur se met à hurler. Le loup est en face de lui. Plus jeune, plus maigre, plus gris que l’autre. Il a pissé devant nous et il est parti. » Les hiérarchies se renversent : c’est l’animal qui maîtrise le territoire. sans_titre-3-2.jpg © Noël Jeannot

« Ça m’a énormément perturbé de devoir être armé »

« L’ours est un animal qu’on ne rencontre pas mais qu’on imagine en pistant ses traces. » Louis Espinassou, « montagnard naturaliste » selon ses termes, est passionné par l’ours depuis son adolescence. « J’ai pu l’observer trois fois, de loin, après huit années de pistage et de compréhension de ses habitudes. Je suis sûr qu’on s’est souvent rencontré mais avec son odorat, il m’a perçu avant que je ne le voie. Parfois, je suis sur une piste, je viens vers lui. Puis cette piste s’arrête brusquement, je sais qu’il est tapi quelque part et qu’il attend que je m’en aille. » L’éducateur à l’environnement est également berger dans la vallée d’Ossau au cœur des Pyrénées. Et là, c’est une autre affaire.

Louis explique qu’il a « toujours une appréhension dans la poitrine. Pour les bergers, c’est un poids sur nos épaules à la limite du supportable. En berger fromager, on a des rythmes de travail de 15-18 heures par jour. Donc on n’a pas beaucoup de temps pour se reposer, et avec la menace perpétuelle que l’ours attaque… La nuit, je dors habillé pour être opérationnel, les bottes en face de moi pour être prêt à intervenir en cas d’attaque. Pour l’instant, je n’ai pas eu de dégât. » L’ours n’a jamais disparu des Pyrénées mais son aire de répartition s’élargit dans les départements français. « Dans la vallée d’Ossau, nous avons toujours vécu avec les ours. Ils ont toujours bouffé nos brebis. Mais quand la pression a augmenté et que je me suis posé la question de dormir avec un fusil, ça m’a énormément perturbé de devoir être armé. » Il conclut : « Je vis avec deux vérités contradictoires et il faut que je me démerde. »

L’attaque n’est pas toujours aussi redoutée. « Une fois que tu es sûr qu’il y a de la présence lupine, tu es plus attentif aux signes des chiens, tu comprends mieux quand il est là. » Après avoir travaillé en Savoie dans les alpages, Kévin a choisi le Diois sachant que cette région abritait des loups : « Je cherchais à travailler dans un endroit boisé, un milieu fermé, là où il y a de la prédation. Je voulais voir comment ça se passait. C’est un choix technique. Ce qui est intéressant c’est moins la rencontre avec le loup que sa présence continuelle. Je ne suis pas tant fasciné par le loup que par le travail avec les patous. » Le jeune berger travaille avec deux chiens de montagne des Pyrénées en plus de son chien de berger, et a placé des filets pour parquer les moutons. faon-2.jpg © Noël Jeannot

« Mon veau s’est fait manger. Aujourd’hui, ça ne me fait plus rien. Mais sur le coup, je voulais tuer le loup », commente Patrick : « Le loup, il restera. Comment faire ? La solution je ne l’ai pas. » L’éleveur reconnaît à ce grand mammifère une qualité : celle de savoir « gérer les bêtes malades ou faibles ». « J’ai perdu une génisse charolaise, probablement d’une crise cardiaque après avoir été coursée par des loups. Je me tourne vers des races plus rustiques, Aubrac, Salers, Herens. Des vaches de combat qui peuvent faire face au loup. Elles sont toujours prêtes à se battre. »

« Les chamois, c’est dépassé, les gens veulent voir des prédateurs »

La présence des grands prédateurs dépasse les seuls habitants de la montagne. Elle devient un attrait touristique majeur dans certaines régions. Noël Jeannot est un bon client, lui qui a vu les trois prédateurs dans la péninsule ibérique. « Je suis allée voir le loup avec mon épouse, en camping-car. On m’avait dit : allez vous poster là sur la piste forestière, en fin de journée, vous devriez les voir. On s’est installé avec les sièges, l’apéro, les olives et les jumelles. Et d’un seul coup, ils sont sortis, trois loups d’un coup, qui ont traversé la lande tranquillou. Le lynx pardel dans la sierra Morena crée des rassemblements de touristes encore plus impressionnants. Mon neveu y est allé. Ils étaient cent personnes à regarder deux lynx se bagarrer. J’ai aussi vu des ours à Somiedo. J’avais été arrêté par un garde-chasse car une oursonne rendait la zone dangereuse. Je me suis postée en hauteur et j’ai attendu jusqu’à voir un de ses petits traverser la route. »

lynx_petit_philibert_08_110_.jpg Un lynx dans le Jura. © Noël Jeannot

Guide nature dans les Asturies, Pierre se félicite de cet engouement : « Les ours attirent les touristes. Il n’y en a jamais autant eu ici que depuis que l’ours est visible. À la différence de la France, l’ours n’est pas un mythe, trop sacralisé ou trop diabolisé, mais une banalité, l’ours a toujours été là. Là, il augmente. Ça ne se passe pas sans problème, mais ça passe. » Le tourisme de faune sauvage est en plein boom et la France s’aligne sur des pratiques déjà développées ailleurs en Europe, notamment en Espagne. « Aujourd’hui, tout le monde veut voir le loup. Les chamois, les bouquetins... c’est dépassé pour les touristes de montagne ; ils veulent voir des prédateurs », confirme Patrick. Dans les alpages où il garde les vaches, il préfère éluder le sujet : « À la question : “t’as vu le loup ?” Je dis non pour ne pas m’éterniser… »

Cet engouement, Noël Jeannot l’observe aussi pour le lynx. « Une crête rocheuse que j’étais seul à parcourir est aujourd’hui connue pour être un passage de lynx : six pièges photographiques y sont installés ! » Didier Pépin, auteur de La forêt du lynx (éd. La Salamandre, 2014) a décidé de ne plus contribuer à la médiatisation de l’animal. « Le lynx, comme d’autres espèces sensibles, moins on en parle, mieux il se porte. Je suis mal placé pour le dire puisque j’ai écrit un livre, fait des conférences, des expositions... Mais à l’époque, on était peu nombreux. Aujourd’hui, il y a des cohortes de photographes animaliers, des pièges photo partout, des clichés repris dans la presse... Certains chasseurs n’attendent que ça : pouvoir dire qu’il y a trop de lynx. La fédération de la chasse du Jura a déjà demandé des tirs de régulation. »

LE SENTIER DES DEUX LACS

A la découverte d'un nouveau chemin de grande randonnée "Le sentier des deux lacs" dans l'Hérault Un nouveau Grand Chemin de randonnée entre le lac d’Avène et le lac du Salagou va bientôt voir le jour. On vous emmène à la découverte de ces deux lacs et de leur histoire.

C’est un nouveau GR baptisé “GR® de Pays : entre deux lacs, Avène-Salagou”, qui devrait bientôt être inauguré. Ce sentier permettra de relier deux grands sites majeurs du département de l'Hérault, à savoir le lac d’Avène et celui du Salagou. Il comprendra deux boucles : -“Le tour du lac d’Avène” (33 km), au départ de Ceilhes - “Le tour du lac du Salagou” (32 km), depuis Clermont-l’Hérault. Quant au “Sentier des deux lacs”, long de 65 km, il donnera la possibilité de joindre les deux circuits.

En attendant la naissance de ce nouveau sentier, Viure al País vous propose de revoir dimanche 30 janvier 2022, une émission tournée au printemps 2021 dans l’Hérault, à la découverte des lacs d’Avène et du Salagou.

Lac du Salagou, un lieu magique

L1.jpg Viure al País vous transporte dans un cadre magnifique, le Salagou. Lac récent, et artificiel, le Salagou n'a qu'un demi-siècle et pourtant c'est comme s'il avait toujours été là.  Destiné à irriguer l'agriculture de la région, il n'a en réalité jamais servi.  Dès sa mise en place en 1969, le barrage était déjà inutile. Aujourd’hui,  c’est un lieu touristique,  un lieu connu des baigneurs et des enfants, qui aiment se barbouiller avec sa terre rouge. P5.jpg Pour en capter la beauté, une séquence de notre émission est consacrée aux photos de Georges Souche. Il a publié plusieurs ouvrages autour du lac du Salagou, le dernier de ses livres c'est Planète Salagou, il l'a cosigné avec un écrivain, Jean-Claude Forêt. Cet auteur est notre invité, il nous raconte sa fascination pour ce lieu : 

P1030504-JPG.jpg Le paradoxe c’est que ce lac qui semble éternel, vieux comme la terre, est plus jeune que moi. Et pourtant, il nous donne une impression d’éternité. Il y a une richesse botanique intéressante. Ici nous avons par exemple de l’orpin qui pousse directement sur la « ruffe », cette roche rouge. Du colza échappé, des plantes graminées, le thym … Une grande richesse pour une terre sèche, aride… Qui semble désertique. Eh oui, mais il y a toujours quelque chose qui pousse, c’est l’appel de la vie.  Jean-Claude Forêt

Pour écrire ses poèmes, Jean-Claude Forêt s’est basé parfois sur les photos de son coauteur, Georges Souche, qui de son côté a décidé de faire de nouvelles photos en lisant les textes. Le livre «Planète Salagou »  est un dialogue entre les deux hommes.

Le photographe Georges Souche a souvent collaboré avec des artistes occitans, il a même fait le portrait de beaucoup de grandes plumes comme Bernard Lesfargues, Jean-Marie Petit, Serge Bec ou évidemment dans ce pays, Max Rouquette. Tous ces écrivains ont été publiés par la maison d’édition Jorn, installée pas bien loin du Salagou. Jean-Paul Creissac et Jean-Claude Forêt en sont deux des moteurs. Jean-Paul Creissac, est notre deuxième invité pour cette séquence littéraire autour du Salagou, il est fondateur de la maison d'édition Jorn.

Pour feuilleter le livre Planète Salagou, la traversée des brumes,  vous pouvez vous rendre sur la page du site de Georges Souche : http://www.georges-souche.com

L’histoire du Lac du Salagou

Marius Blénet est accompagné d’Henri Cartayrade, un habitant du bord du lac. Henri Cartayrade nous raconte l'histoire du Salagou, une histoire d'expropriation et d'adaptation. C’est en 1969 qu’apparaît le lac du Salagou, alors que s’achève le barrage qui retient 102 millions de m³ d’eau. A l’époque certains villages, comme celui de Celles ont complétement été désertés.

Marius et Henri visitent l'emplacement de l’ancien cimetière de Celles : « Les morts, ils les ont pris. Ils sont partis avec les familles, là où les familles sont allées : à côté de Béziers, à Castries… ». Aujourd’hui il y a un projet en cours pour repeupler le village de Celles, celui-ci a démarré il y a 2 ans et d’ici 10 ans peut-être,  viendront vivre ici 30 familles, une soixantaine de personnes.

Le lac d’Avène

Tout proche de la ville thermale d'Avène, situé dans les Monts d'Orb, le Lac d’Avène est une retenue d’eau artificielle créée avec la construction d'un barrage sur l’Orb.

P1110318-JPG.jpg Nous découvrirons le lac d'Avène dans un reportage d'Emilie Castagné, avec le témoignage d'André Bernat. André connaît bien l’histoire du lac, il est né à la Ciffrerie, un hameau noyé en 1963 avec la construction du barrage d'Avène. Il est l'auteur d'un roman, Le hameau au fond de l’eau, ou l’histoire du hameau de La Ciffrerie noyé dans le lac d’Avène, où il raconte la construction du barrage. P1110298-JPG.jpg

Une trentaine de familles ont été expropriées du hameau de la Ciffrerie qui fut complètement noyé par la retenue d’eau. Dans toute la vallée, particulièrement dans les villages d’Avène et de Ceilhes, il y avait des paysans, qui avaient des prés et des terres dans la vallée, et ils vivaient là. Du moment que les terres furent noyées, ils ne pouvaient plus vivre au pays, donc ils durent, tous ces gens, chercher du travail ailleurs. Quitter la vallée, ce pays fut pour ces gens une déchirure.  André Bernat

Avec l’aménagement du barrage, dans les années 60 le village d’Avène se vida et tomba dans l’oubli avant de renaître dans les années 90 avec le développement de l’activité thermale autour de la source Sainte-Odile exploitée par les laboratoires Pierre Fabre.  

Les eaux thermales d’Avène

Avène est surtout connu pour ses eaux thermales. L’eau d’Avène est célèbre dans le monde entier depuis le 19e siècle, mais on dit que les vertus de ces eaux furent découvertes en 1736.

La légende raconte que le Marquis de Rocozels avait un cheval atteint d’une maladie de peau, et pour ne pas provoquer une épidémie dans le troupeau, il fallait l’isoler. Le marquis décida d’isoler l’animal dans un champ en bordure d’une source, où il fût guéri de façon miraculeuse. « Ainsi, le premier qui a compris que l’eau d’Avène était bonne pour la peau, était un cheval ». Le premier établissement thermal à Avène date de 1743. Et cette eau, miraculeuse, est même partie en Amérique par bateau en 1871 pour y guérir les grands brûlés d’un incendie à Chicago…

Viure al País

L’histoire des lacs d’Avène et du Salagou c’est dimanche 30 janvier à 10h 45 avec Marius Blénet sur France 3 Occitanie. Votre magazine occitan Viure al País sera rediffusé le mercredi 2 février 2022 à 10h 00. Pour voir un extrait de cette émission rendez-vous sur notre blog : Viure al País aux lacs du Salagou et d’Avène (34)

Si malgré tout vous avez loupé sa diffusion, rendez-sur le replay france.tv : https://www.france.tv/france-3/occitanie/viure-al-pais  

"Larzac, le champs des possibles" : que reste-il de l'esprit Larzac aujourd'hui ?

Le documentaire nous raconte le quotidien d’une famille de jeunes paysans qui vient de s’installer dans le Larzac. Un lieu où un mode de gestion collectif inédit existe depuis 1981. Aujourd'hui et 50 ans après, que reste t-il de cet héritage ?

Si le plateau du Larzac dans l'Aveyron est une terre réputée austère, leurs habitants et habitantes ont été à l’avant-garde des principaux combats pour la protéger en proposant un modèle vivant, inédit et innovant pour l'habiter et la cultiver.

Le Larzac : un modèle unique d'agriculture

En 1971, l'état décide d'agrandir la zone militaire du camp du Larzac. Des milliers d'hectares d'exploitations sont concernés. Les paysans menacés d'expropriation se révoltent, très vite rejoints par des notables, syndicats et associations. Le mouvement gagne tout le pays. La lutte dure 10 ans et le Larzac devient l'emblème de la résistance paysanne, symbole de la lutte contre le militarisme et le capitalisme.

En 1981, naît de cette crise, un modèle unique d'agriculture en France. Les paysans du Larzac sont les premiers à expérimenter une manière alternative de « fonctionner » à une échelle collective : circuits courts, cultures en bio, coopératives de soins vétérinaires. Ils fondent la SCTL (Société Civile des Terres du Larzac), un système qui permet à de jeunes agriculteurs de s’installer sur le plateau à des prix abordables, avec les mêmes droits et devoirs qu’un propriétaire, sauf celui de vendre. Un modèle qui donne un souffle nouveau plateau aveyronnais.

Dans l'extrait suivant, Carole et Aurélien Enault, un couple qui vient de s'installer dans une des fermes depuis quelques mois, avec leurs trois enfants, racontent leurs projets à leurs nouveaux voisins.

Que reste t-il de l'esprit Larzac aujourd'hui ?

Cette année 2021 marque les 50 ans du début de la lutte du Larzac et les 40 ans de sa victoire. Cinquante après, alors que la génération de 1971-1981 termine de passer la main, que reste t-il de "l'esprit Larzac" ?

C'est ce que nous donne à voir le réalisateur Thierry Kübler, dans son film "Larzac le champs des possibles" à travers le témoignage des "historiques" et le quotidien de cette famille, récemment installée dans une des fermes gérées par la SCTL.

Documentaire "Larzac, le champs des possibles". A voir le lundi 6 décembre, à 23h00. Un film de Thierry Kübler. Une coproduction Transparences productions et France Télévisions.

Pierre Rabhi, une conscience écologique contestée## un article de REPORTERRE

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Il était une figure marquante de l’écologie en France. Pierre Rabhi a été emporté par une hémorragie cérébrale à Lyon, le 5 décembre, à 83 ans. Il a fortement contribué à faire progresser la conscience écologique auprès du grand public dès les années 2000, sans lui impulser un contenu politique.

L’histoire de l’homme est connue comme une légende sans cesse répétée, mais d’abord racontée dans un très beau livre, Du Sahara aux Cévennes (1983, puis réédition par Albin Michel en 1995). Il y décrit avec un réel talent poétique le parcours étonnant d’un petit enfant du désert saharien, que sa mère atteinte de tuberculose avait confié à un couple de parents adoptifs blancs. Il monte en France à l’âge d’homme, où la vie ouvrière et son enfermement lui font choisir en 1960, avec son épouse, le grand saut vers la campagne — ou le « retour à la terre », selon son expression — sur un sol désolé d’Ardèche. Là, dans la pauvreté, le couple apprend à cultiver la terre, en l’amendant et en l’enrichissant selon les méthodes de ce qu’on appelait à peine alors l’agriculture biologique.

L’apprenti paysan s’inspire de la biodynamie conçue par l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner, technique « qui me semble être apte à répondre à l’exigence de globalité ». Avec les années, la terre revêche se transforme en ferme productive, et Pierre Rabhi y gagne une réputation qui franchit les limites du voisinage, devenant en 1978 chargé de formation en agroécologie par le Centre d’étude et de formation rurales appliquées (Cefra). On le retrouve dans les années 1980 au Burkina Faso, où il promeut l’agrobiologie sous l’éphémère présidence de Thomas Sankara, puis dans de nombreuses missions au Mali, au Maroc, en Algérie, au Togo, etc.

Le petit paysan ardéchois est devenu un expert international apprécié, ponctuant son parcours de nombreux livres, comme L’offrande au crépuscule (1989). Il développe son activité avec l’association Terre et humanisme, créée en 1994. Il va commencer à sortir de l’ombre en 2002 : avec des proches, il amorce une campagne présidentielle autour de l’idée d’ « insurrection des consciences ». Il ne recueille pas assez de signatures d’élus pour se présenter, mais il est lancé publiquement et médiatiquement, et va commencer, en parallèle de ses activités agricoles, à donner de nombreuses conférences.

Une « sobriété heureuse »

Avec Cyril Dion, il crée en 2007 le mouvement Colibris, qui exprime la substantifique moelle de sa pensée : agir, comme le petit colibri face au feu, même si la goutte d’eau ne peut rien faire contre l’incendie — mais peut-être son exemple inspirera-t-elle à tous les autres l’envie de s’engager, et tous ensemble, de repousser le péril ? Individualisme, action locale, empathie plutôt que conflit, voilà le cœur de sa philosophie politique, qui séduit parce qu’elle est portée par un personnage authentique, bonhomme, au discret charisme, et qui exprime par des formules incisives des sagesses qui semblent forgées au coin du bon sens. Dans une société que commence à travailler la conscience écologique, il exprime par des expressions bien trouvées, comme « la sobriété heureuse », le besoin d’un changement des modes de vie. Mais sa pensée refuse toute critique politique et tout engagement collectif, plaçant l’espoir dans une spiritualité vague, mais sincère, elle aussi bien dans l’esprit d’une époque qui rejette les religions. « La reconquête du songe » était le sous-titre du livre Du Sahara aux Cévennes, et c’est bien un songe qu’il proposait à un public en recherche de repères.

Son talent, mais aussi la dépolitisation de sa pensée — guère menaçante pour quiconque, donc — ont favorisé son succès médiatique, de plus en plus large au début des années 2010, jusqu’à ce que les aspects conservateurs de sa pensée suscitent la critique. Ainsi, en 2013, dans un entretien avec Reporterre, alors que le débat était vif sur le mariage homosexuel, il expliquait : « C’est là qu’on se rend compte que nous ne subissons pas les problèmes fondamentaux, que nous sommes dans une sorte de délire généralisé. Le mariage homosexuel est un symbole de cette manipulation des consciences, où on crée des phénomènes de société qui n’en sont pas. » Sur les relations entre hommes et femmes, il avait déclaré dans Kaizen : « Je crois qu’il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse dans cette complémentarité. » Par ailleurs, son refus systématique de s’engager dans les luttes de l’écologie, comme celle de Notre-Dame-des-Landes ou plus tard dans le mouvement Climat, le coupaient des jeunes et de la nouvelle dynamique contestatrice.

Éveilleur de conscience, Pierre Rabhi devenait dépassé par les forces qu’il avait contribué à stimuler. Il rêvait d’un monde sans conflit. Cela le rendait aveugle à la réalité des puissances de ce monde, et donc impuissant. La mort de cet homme attachant marque la fin de l’idée d’une écologie consensuelle dont il était, avec Nicolas Hulot, un des promoteurs.

En souvenir de mon ami Pierre Rabhi

un article de (Fabrice Niccolino)

À l’été 2018, le journal Le Monde Diplomatique a publié un article sur mon ami Pierre Rabhi. Je redonne ici, ce dimanche 5 décembre 2021, au lendemain de sa mort, ma réponse d’alors à ces vilenies. J’ai pu passer deux jours avec Pierre il y a quelques semaines, grâce à Bernard Chevilliat. J’aimais profondément cet homme, que je tenais pour un frère, et qui m’appelait ainsi. Je n’entendrai donc plus sa voix au téléphone, qui annonçait tranquillement : “C’est Pierre”. Mais je le garde au fond de mon cœur. Et j’embrasse tendrement Michèle, son épouse.

Retrouvez l'intégralité de l'article de Fabrice Niccolino http://fabrice-nicolino.com/?p=5307 rabhi2.jpg

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La montagne, espace de liberté encore pour longtemps ?

2020 aura été une année bien spéciale pour quasiment toute l’humanité avec cette pandémie mondiale. Certains pays comme la France et l’Espagne ont choisi de confiner leur population au printemps dernier, puis cet automne pour mieux la protéger. Après des semaines de restriction à tourner en rond dans son quartier, le besoin de grands espaces s’est fait ressentir pour la majorité de la population avec des conséquences non négligeables.

Dès les premiers jours de liberté retrouvés, les littoraux et les massifs montagneux furent pris d’assaut. Sur les littoraux, la baignade et les sports aquatiques étant toujours interdits, de nombreuses personnes se sont tournées vers les espaces montagnards pour assouvir ce besoin de liberté. Cet engouement démesuré a très vite posé des problèmes tout au long de la chaîne des Pyrénées. Depuis des décennies, une cohabitation entre les usagers traditionnels (bergers, forestiers, chasseurs…) et les personnes éprises de loisirs de montagne, s’est installée, où chacun respecte l’autre. Mais l’afflux soudain de visiteurs cette année, a quelque peu chamboulé cet équilibre. Les premières semaines après le confinement printanier, la fréquentation a nettement augmenté par rapport aux autres années avec principalement des publics citadins de « proximité » (Côte basque, Pau, Tarbes, Toulouse, Carcassonne, Perpignan…). Par manque de connaissances des codes de bons usages dans les espaces de montagne, ces néo-pratiquants ont régulièrement eu des comportements exaspérants, à la fois pour les habitants mais aussi pour les pratiquants habituels: voitures garées en vrac sans optimiser le stationnement sur des petits parkings au départ des randonnées, les entrées de champs bouchées, les besoins faits n’importe où, la musique à fond sur le téléphone sur les chemins de randonnée, rentrer dans les prairies pour faire des selfies avec les animaux, des feux et leurs collections de bouteilles de bières laissées autour… Et étant habitantes souvent du même département, donc se sentant chez elles, ces personnes n’ont pas hésiter à faire ce qui bon leur semble. Dans ce contexte, des tensions sont montées. De nombreux maires furent obligés malgré eux à prendre des arrêtés pour réglementer les accès, et de faire appel aux forces de l’ordre.

Puis début juillet est venu s’ajouter à cela les traditionnels vacanciers de la montagne qui reviennent chaque été, et surtout des nouveaux, cherchant eux une alternative aux vacances à la plage. Les sites majeurs des Pyrénées comme le Lac de Gaube, le massif du Néouvielle, le lac d’Oo, pas tous adaptés à de tels volumes de visiteurs, ont très vite perdu de leur superbe. Ce qui a eu pour effet, un report sur des lieux plus confidentiels, souvent mis en avant par les publications sur les réseaux sociaux. Cette sur-fréquentation a été vraiment mal vécue par bon nombre de montagnards, pourtant prêts à accueillir des visiteurs, mais pas à subir une telle pression et tant de désagréments.

Il semble aujourd’hui, qu’il est de bon ton de rappeler quelques éléments de base, pour que cette cohabitation se poursuive. Bien que dans l’imaginaire, la montagne soit un bien public, ouvert à tous, la réalité n’est pas exactement la même. La propriété du sol est le fruit de la longue histoire de la conquête humaine des territoires de montagne. Commençons par le bas des vallées, et les zones intermédiaires occupées par les granges foraines et les prairies. Durant des siècles, ils ont été des lieux de cultures pour les plus fertiles, de productions de bois de chauffage et du cuisine grâce aux bosquets et aux haies, de production de litière avec les fougères, et de foin à la belle saison et de pâtures quand les troupeaux n’étaient plus en estive. La pression foncière y était très forte, et le foncier détenu par les familles. Pour desservir tout ce maillage de parcelles privées, des chemins ruraux se sont dessinés. Souvent étroits, adaptés au seul passage d’animaux de bât voir de carrioles sur les zones planes. Ces chemins font partie du domaine privé des communes. De fait, ils sont ouverts au public, mais ils peuvent être vendus comme n’importe quelle parcelle communale. Après des décennies de désaffection, car pas adaptés au passage des engins agricoles, les chemins ruraux ressuscitent depuis 30 ans à l’initiative des collectivités et des clubs de marcheurs et de VTTistes voulant développer des itinéraires de randonnée. Depuis les années 80, les communes ont la possibilité d’inscrire leurs chemins ruraux au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée, rendant leur vente impossible. Entre temps des pistes et des chemins plus larges ont été ouverts par les agriculteurs sur leurs parcelles privées pour accéder à leurs champs avec leurs tracteurs. L’accès à ces chemins pour le grand public reste au bon vouloir de leur propriétaire.

Cette structuration foncière s’établie de la sorte jusqu’à des altitudes comprises entre 600m au Pays basque et 1400m dans les Hautes-Pyrénées. Au-delà, quand on s’élève plus haut en altitude, sur l’étage des forêts et puis des estives, c’est la propriété publique qui s’impose plus largement. Mais là aussi avec des spécificités. Les forêts peuvent être propriétés des communes, de l’Etat (forêts domaniales) ou plus rarement privées. Les forêts publiques, toutes soumises au Régime forestier, sont gérées par l’Office National des Forêts pour le compte de leurs propriétaires. Le régime forestier a été instauré pour défendre la forêt qui surexploitée par les habitants des montagnes et pâturée par leurs troupeaux était en voie de disparition il y a plusieurs siècles, ce qui provoquait des graves érosions, des crues soudaines et des avalanches mettant en danger de nombreux villages. Pour chaque forêt, la gestion forestière est planifiée : les coupes de bois, les opérations de régénération, les ilots de biodiversité, ainsi que la fréquentation des sentiers, pistes et chemins forestiers dont leur réglementation est généralement affichée aux entrées.

Au-dessus, les zones d’estives sont aussi du domaine privé de collectivités publiques (communes ou syndicats de vallées). Elles sont chaque année louées par des éleveurs pour faire paître leurs troupeaux (par bail ou paiement de la baccade) et produire sur place les fameux fromages d’estives. Les cabanes sont elles aussi louées et donc occupées pendant toute la période d’estive (juin à septembre) par les bergers. Seuls les cayolars (cabanes) au Pays basque appartiennent à des familles et sont privés.

Cette diversité de statuts fonciers montre que l’accès à la montagne n’est pas si simple que l’on peut l’imaginer. A cela s’applique des restrictions particulières dans des espaces naturels protégés comme la zone cœur du Parc National des Pyrénées et les réserves naturelles (une quinzaine sur le versant nord des Pyrénées) : bivouac réglementé ou interdit, VTT, chiens, feux, cueillette, chasse… interdits.

Jusque qu’à présent, la compréhension de ces règles et des usages faisait partie du long apprentissage des loisirs de nature, soit transmis par des aînés, soit par le fruit de nos propres expériences, ou les deux en même temps. Mais aujourd’hui, comme pour bon nombre de choses de la vie quotidienne, notre société ne prend plus ce temps, et veut avoir accès à tout et sans attendre. Depuis de nombreuses années, les collectivités tentent d’attirer des touristes dans les vallées pyrénéennes. Mais en quelques semaines, les Pyrénées semblent être devenues trop petites, obligeant ces mêmes institutions à revoir leurs politiques de communication. Espérons que pour les prochains mois, pour les prochaines vacances, pour les prochaines années, au travers de l’accompagnement de ces nouveaux visiteurs, une fréquentation durable et équilibrée se mette en place dans les Pyrénées. Il en va de leur préservation, de notre liberté de jouir de ses montagnes mais aussi de la vitalité de ses vallées.

Nicolas Watteau (Magazine Respyr n°100)

Automne : couleurs flamboyantes des feuilles, explications sur ce phénomène si féérique

Les balades en pleine nature sont sublimées en ce moment par les couleurs de l'automne. Les jaunes, les orangés, les rouges jouent avec les verts immuables des conifères pour offrir des spectacles saisissants. Le Conservatoire botanique national de Midi-Pyrénées nous explique ce phénomène.

L'automne s'installe dans les Pyrénées. Les feuillus offrent une sarabande de couleurs. © CR et EG /FTV

Le spectacle est magique, il a commencé un peu partout en Occitanie même s'il s'avère plus avancé dans les Pyrénées... L'automne et ses couleurs flamboyantes est à nos portes. Impossible de ne pas s'émerveiller de ce spectacle... et c'est tant mieux. Mais que se passe-t-il dans la vie des arbres à cette période ? Pourquoi ce cycle annuel ? Comment se créent ces couleurs magnifiques ? Nous avons sollicité le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées pour répondre à ces questions.

"L'arbre est un végétal comme un autre, rappelle en préambule Jérôme Garcia, chargé de conservation au Conservatoire basé à Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées, il est soumis au rythme des saisons. Les arbres à feuilles caduques en opposition aux conifères, perdent leur feuillage en automne. Ce phénomène se produit quand les conditions de la photosynthèse ne sont plus là. Il est directement lié à la diminution de la durée du jour".

Piège pour l'énergie lumineuse

L'été est la meilleure saison pour la photosynthèse, explique le scientifique. C'est à cette saison que l'arbre absorbe le maximum de lumière via ses feuilles. La photosynthèse correspond au piégeage de l'énergie lumineuse provenant du soleil et à son stockage sous la forme de matière organique, des glucides principalement. L'arbre se nourrit lui aussi de sucre...

"Quand la durée des journées diminue, la photosynthèse est moins efficace. Pour l'arbre, la dépense énergétique pour maintenir ses feuilles devient alors trop lourde et il va s'en débarrasser, décrypte Jérôme Garcia. La chute des feuilles se fait progressivement, contrairement à ce qu'il se passe en cas de stress hydrique, il perd alors son feuillage plus rapidement".

Moins de soleil, plus de couleurs

Le dépérissement des feuilles est directement lié à la baisse de l'ensoleillement et partiellement, dans une moindre mesure, à la baisse des températures. L'arbre va boucher ses vaisseaux de sève et petit à petit, les pigments chlorophyliens vont disparaître.

"Les pigments jaunes et orangés étaient déjà présents, mais il ne reste qu'eux, explique le représentant du Conservatoire botanique. Le vert s'estompe et fait ainsi place