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UN JOURNAL, DES ARTICLES EPHEMERES, UNE ACTUALITE , lus ailleurs et à partager


« Il m’attendait »

arton24866-f4b74.jpg © Noël Jeannot

récits de rencontres avec de grands prédateurs

Un article de Magali Reinert et Estienne Rodary (Reporterre) Durée de lecture 13mn

Bergers, éleveurs ou naturalistes nous racontent leur rencontre avec un grand prédateur : loup, lynx ou ours. Souvent avec le sentiment que, des deux, c’est l’animal qui maitrise le mieux la situation.

Bon an mal an, les grands prédateurs se réinstallent dans les montagnes françaises. Loups, ours et lynx cohabitent aujourd’hui avec les humains sur les espaces de moyenne ou de haute montagne. Si les médias se font l’écho des conflits que cette cohabitation peut susciter, peu d’histoires rendent compte de la vie quotidienne entre ces différents habitants des montagnes, et notamment du moment particulier de la rencontre. Une rencontre toujours furtive et inattendue, souvent inquiétante et émerveillée. Les témoignages qui suivent, recueillis par Reporterre, ne disent pas si la présence des grands prédateurs est ou n’est pas une bonne chose. Ils racontent une rencontre avec des animaux sauvages qui transforme la perception que ces personnes ont de leurs lieux de vie et de travail.

« J’ai remarqué qu’il manquait une petite agnelle, une que j’avais repérée car elle était un peu maigre. En voyant quinze vautours qui volent au-dessus du parc de nuit, je me dis que le cadavre est là. Je décide d’aller voir sans les chiens de protection et sans mon chien de berger. Je pense que c’est important car sinon je ne l’aurai pas vu. J’y vais en vélo et je tombe nez à nez avec le loup. » Kevin Mouëzant garde 400 brebis dans une vallée boisée du Diois, dans la Drôme. « Ma première réaction, ça a été d’être surpris et ému pendant une seconde ou deux. Puis j’ai eu peur parce que le loup ne m’a pas regardé dans les yeux. J’ai cru qu’il ne m’avait pas vu. Je me suis demandé comment il allait réagir. La rencontre a duré trente secondes, il était à vingt mètres. Pour sortir du parc de nuit, il devait passer devant moi. Il est venu vers moi en trottinant, en m’ignorant. J’ai eu le temps de vivre la peur pour moi, puis de prendre des photos », raconte le berger de 29 ans. « Le loup est parti le long de la piste. Je suis allé chercher le cadavre de la brebis et je ne l’ai pas trouvé. J’ai eu un peu peur car l’éleveur m’avait dit qu’il y avait des meutes, c’est un endroit très boisé, je ne voyais rien. J’ai décidé de partir et, en remontant, je l’ai croisé. Il m’attendait le long de la piste forestière murée par des bois, et il s’est enfui dans les bois quand je suis arrivé à sa hauteur. »

« J’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre »

Pierre Boutonnet est venu s’installer il y a sept ans à Villanueva de Santo Adrianno dans les Asturies, une zone de moyenne montage au nord-ouest de l’Espagne, pour vivre du tourisme lié à la présence de l’ours. La rencontre a eu lieu en août,« quand les ours se rapprochent des villages pour manger les fruits dans les vergers. Je me promène le soir tard dans un petit village des Monts Cantabriques en quête d’observations. Avec ma caméra thermique, je le repère dans un jardin en train de manger des figues. Il y a un portail entre nous, heureusement car il est à seulement quatre mètres de moi. À un moment, il se rapproche du portail, affairé à fouiller le sol. Il vient tellement près que j’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre, un peu comme celle du cerf. Lui aussi m’a senti et il est parti. Je l’ai revu par la suite : il revenait toutes les nuits manger des fruits dans ce jardin. Les rencontres avec l’ours, ce naturaliste ne les compte plus. « Souvent, je ne le vois pas mais je l’entends, toujours à farfouiller dans les broussailles. Des rencontres par surprise, ça m’arrive souvent. Dès que l’ours me repère, souvent avant moi, il a très peur et s’en va. Je vois juste son dos qui disparaît. » _dsc4704.jpg Un lynx dans le Jura. © Noël Jeannot

Noël Jeannot est un des premiers à avoir vu le lynx dans le massif du Jura. C’était en 1988 mais le souvenir de sa première rencontre est vivace. Près d’un cadavre de chevreuil, il l’attend plus de dix heures sur son escarpolette suspendue à un arbre : « Tout à coup, j’ai l’impression que quelqu’un me regarde. Je me retourne. Il est derrière moi. Mon téléobjectif braqué dans le mauvais sens, je reste cinq minutes du mauvais côté à le regarder de travers. Le lynx est assis. Il attend. » Depuis, le retraité d’un centre de nature a souvent recroisé le félin dans les grandes forêts de résineux du Haut-Doubs, où il vit depuis plus longtemps que l’animal — ce dernier a été réintroduit en Suisse en 1974. « Parfois, le lynx me voit, il reste là, il ne se sauve pas spécialement. Les observateurs de loups ou de lynx racontent souvent que l’animal ne bouge pas quand il est observé. »

« Quand je me relève, j’ai un loup en face de moi »

Encore un berger et un loup. Un vacher plus précisément. Patrick Bernerd garde en estive plus de deux cents vaches et cent chevaux pour sept propriétaires différents dans la réserve naturelle du Vercors. Il se souvient de tous les détails de sa rencontre avec un loup, le 8 mai 2020, à trois heures de l’après-midi « précisément » : « Je suis en train de faire une clôture. Quand je me relève, j’ai un loup en face de moi. À vingt mètres. Tout près. Des yeux jaunes verts, un gros, 45 kilos, couleurs marron-gris. Là, ton corps ne bouge plus, ton cerveau non plus. Je n’avais rien. Je ne savais pas où était le chien. Les poils se redressent. Qui part ? C’est le loup qui est parti. »

Comment expliquer cette rencontre surprise ? Pour Patrick, elle a été possible grâce au confinement. C’est lorsqu’il retourne pour la première fois dans des alpages déserts qu’il tombe sur l’animal. « Le loup, il ne faut pas le chercher, c’est lui qui vient te trouver. Pourtant il est là, tous les jours à côté de toi. » Le prédateur sauvage l’observe donc, le plus souvent à son insu.

À ce titre, la rencontre n’en est une que pour l’humain, comme le raconte Kévin : « J’avais lu [le livre] Les diplomates de Baptiste Morizot en 2017. Il racontait que quand il avait vu le loup dans les Cévennes, pour lui c’était un événement et pour le loup c’était un non-événement. J’ai exactement le même sentiment. J’ai trouvé la disproportion dans la relation étonnante. » Le berger s’interroge encore : « Je m’attendais en croisant un animal sauvage à ce qu’il me regarde dans les yeux et qu’il fuit, et ça a été l’inverse, il ne m’a pas regardé et il n’a pas fui, poursuit le jeune homme. Il m’a forcément entendu arriver sur mon vélo, qui fait du bruit sur les cailloutis. Pourquoi est-ce qu’il m’a laissé approcher, pourquoi s’est-il laissé voir ? Peut-être un truc de démonstration de force, presque d’humiliation. C’est un peu fort, mais c’est pour forcer le trait : en mode, je suis là et je ne vais pas partir en courant parce que tu arrives. » _dsc5905.jpg Un ours espagnol. © Noël Jeannot

Après une double attaque de son troupeau, Kévin a eu l’impression d’être sur le territoire du loup. « Le lendemain, je vois une crotte sur un chemin que je prends quatre fois par jour, devant ma caravane. S’il voulait que je la voie, il n’aurait pas été ailleurs. Ça crée le sentiment qu’il marque son territoire, qu’il se rend visible. Les éleveurs ont aussi ce discours : le sentiment de se faire narguer, que le loup les défie. » Patrick a lui aussi vu un deuxième loup, la même année. C’était dans le Trièves, cette fois, sur ce plateau agricole au sud de Grenoble où il élève à l’année quatorze vaches allaitantes. « Je travaillais sur mon tracteur en panne et, d’un seul coup, le réparateur se met à hurler. Le loup est en face de lui. Plus jeune, plus maigre, plus gris que l’autre. Il a pissé devant nous et il est parti. » Les hiérarchies se renversent : c’est l’animal qui maîtrise le territoire. sans_titre-3-2.jpg © Noël Jeannot

« Ça m’a énormément perturbé de devoir être armé »

« L’ours est un animal qu’on ne rencontre pas mais qu’on imagine en pistant ses traces. » Louis Espinassou, « montagnard naturaliste » selon ses termes, est passionné par l’ours depuis son adolescence. « J’ai pu l’observer trois fois, de loin, après huit années de pistage et de compréhension de ses habitudes. Je suis sûr qu’on s’est souvent rencontré mais avec son odorat, il m’a perçu avant que je ne le voie. Parfois, je suis sur une piste, je viens vers lui. Puis cette piste s’arrête brusquement, je sais qu’il est tapi quelque part et qu’il attend que je m’en aille. » L’éducateur à l’environnement est également berger dans la vallée d’Ossau au cœur des Pyrénées. Et là, c’est une autre affaire.

Louis explique qu’il a « toujours une appréhension dans la poitrine. Pour les bergers, c’est un poids sur nos épaules à la limite du supportable. En berger fromager, on a des rythmes de travail de 15-18 heures par jour. Donc on n’a pas beaucoup de temps pour se reposer, et avec la menace perpétuelle que l’ours attaque… La nuit, je dors habillé pour être opérationnel, les bottes en face de moi pour être prêt à intervenir en cas d’attaque. Pour l’instant, je n’ai pas eu de dégât. » L’ours n’a jamais disparu des Pyrénées mais son aire de répartition s’élargit dans les départements français. « Dans la vallée d’Ossau, nous avons toujours vécu avec les ours. Ils ont toujours bouffé nos brebis. Mais quand la pression a augmenté et que je me suis posé la question de dormir avec un fusil, ça m’a énormément perturbé de devoir être armé. » Il conclut : « Je vis avec deux vérités contradictoires et il faut que je me démerde. »

L’attaque n’est pas toujours aussi redoutée. « Une fois que tu es sûr qu’il y a de la présence lupine, tu es plus attentif aux signes des chiens, tu comprends mieux quand il est là. » Après avoir travaillé en Savoie dans les alpages, Kévin a choisi le Diois sachant que cette région abritait des loups : « Je cherchais à travailler dans un endroit boisé, un milieu fermé, là où il y a de la prédation. Je voulais voir comment ça se passait. C’est un choix technique. Ce qui est intéressant c’est moins la rencontre avec le loup que sa présence continuelle. Je ne suis pas tant fasciné par le loup que par le travail avec les patous. » Le jeune berger travaille avec deux chiens de montagne des Pyrénées en plus de son chien de berger, et a placé des filets pour parquer les moutons. faon-2.jpg © Noël Jeannot

« Mon veau s’est fait manger. Aujourd’hui, ça ne me fait plus rien. Mais sur le coup, je voulais tuer le loup », commente Patrick : « Le loup, il restera. Comment faire ? La solution je ne l’ai pas. » L’éleveur reconnaît à ce grand mammifère une qualité : celle de savoir « gérer les bêtes malades ou faibles ». « J’ai perdu une génisse charolaise, probablement d’une crise cardiaque après avoir été coursée par des loups. Je me tourne vers des races plus rustiques, Aubrac, Salers, Herens. Des vaches de combat qui peuvent faire face au loup. Elles sont toujours prêtes à se battre. »

« Les chamois, c’est dépassé, les gens veulent voir des prédateurs »

La présence des grands prédateurs dépasse les seuls habitants de la montagne. Elle devient un attrait touristique majeur dans certaines régions. Noël Jeannot est un bon client, lui qui a vu les trois prédateurs dans la péninsule ibérique. « Je suis allée voir le loup avec mon épouse, en camping-car. On m’avait dit : allez vous poster là sur la piste forestière, en fin de journée, vous devriez les voir. On s’est installé avec les sièges, l’apéro, les olives et les jumelles. Et d’un seul coup, ils sont sortis, trois loups d’un coup, qui ont traversé la lande tranquillou. Le lynx pardel dans la sierra Morena crée des rassemblements de touristes encore plus impressionnants. Mon neveu y est allé. Ils étaient cent personnes à regarder deux lynx se bagarrer. J’ai aussi vu des ours à Somiedo. J’avais été arrêté par un garde-chasse car une oursonne rendait la zone dangereuse. Je me suis postée en hauteur et j’ai attendu jusqu’à voir un de ses petits traverser la route. »

lynx_petit_philibert_08_110_.jpg Un lynx dans le Jura. © Noël Jeannot

Guide nature dans les Asturies, Pierre se félicite de cet engouement : « Les ours attirent les touristes. Il n’y en a jamais autant eu ici que depuis que l’ours est visible. À la différence de la France, l’ours n’est pas un mythe, trop sacralisé ou trop diabolisé, mais une banalité, l’ours a toujours été là. Là, il augmente. Ça ne se passe pas sans problème, mais ça passe. » Le tourisme de faune sauvage est en plein boom et la France s’aligne sur des pratiques déjà développées ailleurs en Europe, notamment en Espagne. « Aujourd’hui, tout le monde veut voir le loup. Les chamois, les bouquetins... c’est dépassé pour les touristes de montagne ; ils veulent voir des prédateurs », confirme Patrick. Dans les alpages où il garde les vaches, il préfère éluder le sujet : « À la question : “t’as vu le loup ?” Je dis non pour ne pas m’éterniser… »

Cet engouement, Noël Jeannot l’observe aussi pour le lynx. « Une crête rocheuse que j’étais seul à parcourir est aujourd’hui connue pour être un passage de lynx : six pièges photographiques y sont installés ! » Didier Pépin, auteur de La forêt du lynx (éd. La Salamandre, 2014) a décidé de ne plus contribuer à la médiatisation de l’animal. « Le lynx, comme d’autres espèces sensibles, moins on en parle, mieux il se porte. Je suis mal placé pour le dire puisque j’ai écrit un livre, fait des conférences, des expositions... Mais à l’époque, on était peu nombreux. Aujourd’hui, il y a des cohortes de photographes animaliers, des pièges photo partout, des clichés repris dans la presse... Certains chasseurs n’attendent que ça : pouvoir dire qu’il y a trop de lynx. La fédération de la chasse du Jura a déjà demandé des tirs de régulation. »

LE SENTIER DES DEUX LACS

A la découverte d'un nouveau chemin de grande randonnée "Le sentier des deux lacs" dans l'Hérault Un nouveau Grand Chemin de randonnée entre le lac d’Avène et le lac du Salagou va bientôt voir le jour. On vous emmène à la découverte de ces deux lacs et de leur histoire.

C’est un nouveau GR baptisé “GR® de Pays : entre deux lacs, Avène-Salagou”, qui devrait bientôt être inauguré. Ce sentier permettra de relier deux grands sites majeurs du département de l'Hérault, à savoir le lac d’Avène et celui du Salagou. Il comprendra deux boucles : -“Le tour du lac d’Avène” (33 km), au départ de Ceilhes - “Le tour du lac du Salagou” (32 km), depuis Clermont-l’Hérault. Quant au “Sentier des deux lacs”, long de 65 km, il donnera la possibilité de joindre les deux circuits.

En attendant la naissance de ce nouveau sentier, Viure al País vous propose de revoir dimanche 30 janvier 2022, une émission tournée au printemps 2021 dans l’Hérault, à la découverte des lacs d’Avène et du Salagou.

Lac du Salagou, un lieu magique

L1.jpg Viure al País vous transporte dans un cadre magnifique, le Salagou. Lac récent, et artificiel, le Salagou n'a qu'un demi-siècle et pourtant c'est comme s'il avait toujours été là.  Destiné à irriguer l'agriculture de la région, il n'a en réalité jamais servi.  Dès sa mise en place en 1969, le barrage était déjà inutile. Aujourd’hui,  c’est un lieu touristique,  un lieu connu des baigneurs et des enfants, qui aiment se barbouiller avec sa terre rouge. P5.jpg Pour en capter la beauté, une séquence de notre émission est consacrée aux photos de Georges Souche. Il a publié plusieurs ouvrages autour du lac du Salagou, le dernier de ses livres c'est Planète Salagou, il l'a cosigné avec un écrivain, Jean-Claude Forêt. Cet auteur est notre invité, il nous raconte sa fascination pour ce lieu : 

P1030504-JPG.jpg Le paradoxe c’est que ce lac qui semble éternel, vieux comme la terre, est plus jeune que moi. Et pourtant, il nous donne une impression d’éternité. Il y a une richesse botanique intéressante. Ici nous avons par exemple de l’orpin qui pousse directement sur la « ruffe », cette roche rouge. Du colza échappé, des plantes graminées, le thym … Une grande richesse pour une terre sèche, aride… Qui semble désertique. Eh oui, mais il y a toujours quelque chose qui pousse, c’est l’appel de la vie.  Jean-Claude Forêt

Pour écrire ses poèmes, Jean-Claude Forêt s’est basé parfois sur les photos de son coauteur, Georges Souche, qui de son côté a décidé de faire de nouvelles photos en lisant les textes. Le livre «Planète Salagou »  est un dialogue entre les deux hommes.

Le photographe Georges Souche a souvent collaboré avec des artistes occitans, il a même fait le portrait de beaucoup de grandes plumes comme Bernard Lesfargues, Jean-Marie Petit, Serge Bec ou évidemment dans ce pays, Max Rouquette. Tous ces écrivains ont été publiés par la maison d’édition Jorn, installée pas bien loin du Salagou. Jean-Paul Creissac et Jean-Claude Forêt en sont deux des moteurs. Jean-Paul Creissac, est notre deuxième invité pour cette séquence littéraire autour du Salagou, il est fondateur de la maison d'édition Jorn.

Pour feuilleter le livre Planète Salagou, la traversée des brumes,  vous pouvez vous rendre sur la page du site de Georges Souche : http://www.georges-souche.com

L’histoire du Lac du Salagou

Marius Blénet est accompagné d’Henri Cartayrade, un habitant du bord du lac. Henri Cartayrade nous raconte l'histoire du Salagou, une histoire d'expropriation et d'adaptation. C’est en 1969 qu’apparaît le lac du Salagou, alors que s’achève le barrage qui retient 102 millions de m³ d’eau. A l’époque certains villages, comme celui de Celles ont complétement été désertés.

Marius et Henri visitent l'emplacement de l’ancien cimetière de Celles : « Les morts, ils les ont pris. Ils sont partis avec les familles, là où les familles sont allées : à côté de Béziers, à Castries… ». Aujourd’hui il y a un projet en cours pour repeupler le village de Celles, celui-ci a démarré il y a 2 ans et d’ici 10 ans peut-être,  viendront vivre ici 30 familles, une soixantaine de personnes.

Le lac d’Avène

Tout proche de la ville thermale d'Avène, situé dans les Monts d'Orb, le Lac d’Avène est une retenue d’eau artificielle créée avec la construction d'un barrage sur l’Orb.

P1110318-JPG.jpg Nous découvrirons le lac d'Avène dans un reportage d'Emilie Castagné, avec le témoignage d'André Bernat. André connaît bien l’histoire du lac, il est né à la Ciffrerie, un hameau noyé en 1963 avec la construction du barrage d'Avène. Il est l'auteur d'un roman, Le hameau au fond de l’eau, ou l’histoire du hameau de La Ciffrerie noyé dans le lac d’Avène, où il raconte la construction du barrage. P1110298-JPG.jpg

Une trentaine de familles ont été expropriées du hameau de la Ciffrerie qui fut complètement noyé par la retenue d’eau. Dans toute la vallée, particulièrement dans les villages d’Avène et de Ceilhes, il y avait des paysans, qui avaient des prés et des terres dans la vallée, et ils vivaient là. Du moment que les terres furent noyées, ils ne pouvaient plus vivre au pays, donc ils durent, tous ces gens, chercher du travail ailleurs. Quitter la vallée, ce pays fut pour ces gens une déchirure.  André Bernat

Avec l’aménagement du barrage, dans les années 60 le village d’Avène se vida et tomba dans l’oubli avant de renaître dans les années 90 avec le développement de l’activité thermale autour de la source Sainte-Odile exploitée par les laboratoires Pierre Fabre.  

Les eaux thermales d’Avène

Avène est surtout connu pour ses eaux thermales. L’eau d’Avène est célèbre dans le monde entier depuis le 19e siècle, mais on dit que les vertus de ces eaux furent découvertes en 1736.

La légende raconte que le Marquis de Rocozels avait un cheval atteint d’une maladie de peau, et pour ne pas provoquer une épidémie dans le troupeau, il fallait l’isoler. Le marquis décida d’isoler l’animal dans un champ en bordure d’une source, où il fût guéri de façon miraculeuse. « Ainsi, le premier qui a compris que l’eau d’Avène était bonne pour la peau, était un cheval ». Le premier établissement thermal à Avène date de 1743. Et cette eau, miraculeuse, est même partie en Amérique par bateau en 1871 pour y guérir les grands brûlés d’un incendie à Chicago…

Viure al País

L’histoire des lacs d’Avène et du Salagou c’est dimanche 30 janvier à 10h 45 avec Marius Blénet sur France 3 Occitanie. Votre magazine occitan Viure al País sera rediffusé le mercredi 2 février 2022 à 10h 00. Pour voir un extrait de cette émission rendez-vous sur notre blog : Viure al País aux lacs du Salagou et d’Avène (34)

Si malgré tout vous avez loupé sa diffusion, rendez-sur le replay france.tv : https://www.france.tv/france-3/occitanie/viure-al-pais  

"Larzac, le champs des possibles" : que reste-il de l'esprit Larzac aujourd'hui ?

Le documentaire nous raconte le quotidien d’une famille de jeunes paysans qui vient de s’installer dans le Larzac. Un lieu où un mode de gestion collectif inédit existe depuis 1981. Aujourd'hui et 50 ans après, que reste t-il de cet héritage ?

Si le plateau du Larzac dans l'Aveyron est une terre réputée austère, leurs habitants et habitantes ont été à l’avant-garde des principaux combats pour la protéger en proposant un modèle vivant, inédit et innovant pour l'habiter et la cultiver.

Le Larzac : un modèle unique d'agriculture

En 1971, l'état décide d'agrandir la zone militaire du camp du Larzac. Des milliers d'hectares d'exploitations sont concernés. Les paysans menacés d'expropriation se révoltent, très vite rejoints par des notables, syndicats et associations. Le mouvement gagne tout le pays. La lutte dure 10 ans et le Larzac devient l'emblème de la résistance paysanne, symbole de la lutte contre le militarisme et le capitalisme.

En 1981, naît de cette crise, un modèle unique d'agriculture en France. Les paysans du Larzac sont les premiers à expérimenter une manière alternative de « fonctionner » à une échelle collective : circuits courts, cultures en bio, coopératives de soins vétérinaires. Ils fondent la SCTL (Société Civile des Terres du Larzac), un système qui permet à de jeunes agriculteurs de s’installer sur le plateau à des prix abordables, avec les mêmes droits et devoirs qu’un propriétaire, sauf celui de vendre. Un modèle qui donne un souffle nouveau plateau aveyronnais.

Dans l'extrait suivant, Carole et Aurélien Enault, un couple qui vient de s'installer dans une des fermes depuis quelques mois, avec leurs trois enfants, racontent leurs projets à leurs nouveaux voisins.

Que reste t-il de l'esprit Larzac aujourd'hui ?

Cette année 2021 marque les 50 ans du début de la lutte du Larzac et les 40 ans de sa victoire. Cinquante après, alors que la génération de 1971-1981 termine de passer la main, que reste t-il de "l'esprit Larzac" ?

C'est ce que nous donne à voir le réalisateur Thierry Kübler, dans son film "Larzac le champs des possibles" à travers le témoignage des "historiques" et le quotidien de cette famille, récemment installée dans une des fermes gérées par la SCTL.

Documentaire "Larzac, le champs des possibles". A voir le lundi 6 décembre, à 23h00. Un film de Thierry Kübler. Une coproduction Transparences productions et France Télévisions.

Pierre Rabhi, une conscience écologique contestée## un article de REPORTERRE

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Il était une figure marquante de l’écologie en France. Pierre Rabhi a été emporté par une hémorragie cérébrale à Lyon, le 5 décembre, à 83 ans. Il a fortement contribué à faire progresser la conscience écologique auprès du grand public dès les années 2000, sans lui impulser un contenu politique.

L’histoire de l’homme est connue comme une légende sans cesse répétée, mais d’abord racontée dans un très beau livre, Du Sahara aux Cévennes (1983, puis réédition par Albin Michel en 1995). Il y décrit avec un réel talent poétique le parcours étonnant d’un petit enfant du désert saharien, que sa mère atteinte de tuberculose avait confié à un couple de parents adoptifs blancs. Il monte en France à l’âge d’homme, où la vie ouvrière et son enfermement lui font choisir en 1960, avec son épouse, le grand saut vers la campagne — ou le « retour à la terre », selon son expression — sur un sol désolé d’Ardèche. Là, dans la pauvreté, le couple apprend à cultiver la terre, en l’amendant et en l’enrichissant selon les méthodes de ce qu’on appelait à peine alors l’agriculture biologique.

L’apprenti paysan s’inspire de la biodynamie conçue par l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner, technique « qui me semble être apte à répondre à l’exigence de globalité ». Avec les années, la terre revêche se transforme en ferme productive, et Pierre Rabhi y gagne une réputation qui franchit les limites du voisinage, devenant en 1978 chargé de formation en agroécologie par le Centre d’étude et de formation rurales appliquées (Cefra). On le retrouve dans les années 1980 au Burkina Faso, où il promeut l’agrobiologie sous l’éphémère présidence de Thomas Sankara, puis dans de nombreuses missions au Mali, au Maroc, en Algérie, au Togo, etc.

Le petit paysan ardéchois est devenu un expert international apprécié, ponctuant son parcours de nombreux livres, comme L’offrande au crépuscule (1989). Il développe son activité avec l’association Terre et humanisme, créée en 1994. Il va commencer à sortir de l’ombre en 2002 : avec des proches, il amorce une campagne présidentielle autour de l’idée d’ « insurrection des consciences ». Il ne recueille pas assez de signatures d’élus pour se présenter, mais il est lancé publiquement et médiatiquement, et va commencer, en parallèle de ses activités agricoles, à donner de nombreuses conférences.

Une « sobriété heureuse »

Avec Cyril Dion, il crée en 2007 le mouvement Colibris, qui exprime la substantifique moelle de sa pensée : agir, comme le petit colibri face au feu, même si la goutte d’eau ne peut rien faire contre l’incendie — mais peut-être son exemple inspirera-t-elle à tous les autres l’envie de s’engager, et tous ensemble, de repousser le péril ? Individualisme, action locale, empathie plutôt que conflit, voilà le cœur de sa philosophie politique, qui séduit parce qu’elle est portée par un personnage authentique, bonhomme, au discret charisme, et qui exprime par des formules incisives des sagesses qui semblent forgées au coin du bon sens. Dans une société que commence à travailler la conscience écologique, il exprime par des expressions bien trouvées, comme « la sobriété heureuse », le besoin d’un changement des modes de vie. Mais sa pensée refuse toute critique politique et tout engagement collectif, plaçant l’espoir dans une spiritualité vague, mais sincère, elle aussi bien dans l’esprit d’une époque qui rejette les religions. « La reconquête du songe » était le sous-titre du livre Du Sahara aux Cévennes, et c’est bien un songe qu’il proposait à un public en recherche de repères.

Son talent, mais aussi la dépolitisation de sa pensée — guère menaçante pour quiconque, donc — ont favorisé son succès médiatique, de plus en plus large au début des années 2010, jusqu’à ce que les aspects conservateurs de sa pensée suscitent la critique. Ainsi, en 2013, dans un entretien avec Reporterre, alors que le débat était vif sur le mariage homosexuel, il expliquait : « C’est là qu’on se rend compte que nous ne subissons pas les problèmes fondamentaux, que nous sommes dans une sorte de délire généralisé. Le mariage homosexuel est un symbole de cette manipulation des consciences, où on crée des phénomènes de société qui n’en sont pas. » Sur les relations entre hommes et femmes, il avait déclaré dans Kaizen : « Je crois qu’il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse dans cette complémentarité. » Par ailleurs, son refus systématique de s’engager dans les luttes de l’écologie, comme celle de Notre-Dame-des-Landes ou plus tard dans le mouvement Climat, le coupaient des jeunes et de la nouvelle dynamique contestatrice.

Éveilleur de conscience, Pierre Rabhi devenait dépassé par les forces qu’il avait contribué à stimuler. Il rêvait d’un monde sans conflit. Cela le rendait aveugle à la réalité des puissances de ce monde, et donc impuissant. La mort de cet homme attachant marque la fin de l’idée d’une écologie consensuelle dont il était, avec Nicolas Hulot, un des promoteurs.

En souvenir de mon ami Pierre Rabhi

un article de (Fabrice Niccolino)

À l’été 2018, le journal Le Monde Diplomatique a publié un article sur mon ami Pierre Rabhi. Je redonne ici, ce dimanche 5 décembre 2021, au lendemain de sa mort, ma réponse d’alors à ces vilenies. J’ai pu passer deux jours avec Pierre il y a quelques semaines, grâce à Bernard Chevilliat. J’aimais profondément cet homme, que je tenais pour un frère, et qui m’appelait ainsi. Je n’entendrai donc plus sa voix au téléphone, qui annonçait tranquillement : “C’est Pierre”. Mais je le garde au fond de mon cœur. Et j’embrasse tendrement Michèle, son épouse.

Retrouvez l'intégralité de l'article de Fabrice Niccolino http://fabrice-nicolino.com/?p=5307 rabhi2.jpg

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La montagne, espace de liberté encore pour longtemps ?

2020 aura été une année bien spéciale pour quasiment toute l’humanité avec cette pandémie mondiale. Certains pays comme la France et l’Espagne ont choisi de confiner leur population au printemps dernier, puis cet automne pour mieux la protéger. Après des semaines de restriction à tourner en rond dans son quartier, le besoin de grands espaces s’est fait ressentir pour la majorité de la population avec des conséquences non négligeables.

Dès les premiers jours de liberté retrouvés, les littoraux et les massifs montagneux furent pris d’assaut. Sur les littoraux, la baignade et les sports aquatiques étant toujours interdits, de nombreuses personnes se sont tournées vers les espaces montagnards pour assouvir ce besoin de liberté. Cet engouement démesuré a très vite posé des problèmes tout au long de la chaîne des Pyrénées. Depuis des décennies, une cohabitation entre les usagers traditionnels (bergers, forestiers, chasseurs…) et les personnes éprises de loisirs de montagne, s’est installée, où chacun respecte l’autre. Mais l’afflux soudain de visiteurs cette année, a quelque peu chamboulé cet équilibre. Les premières semaines après le confinement printanier, la fréquentation a nettement augmenté par rapport aux autres années avec principalement des publics citadins de « proximité » (Côte basque, Pau, Tarbes, Toulouse, Carcassonne, Perpignan…). Par manque de connaissances des codes de bons usages dans les espaces de montagne, ces néo-pratiquants ont régulièrement eu des comportements exaspérants, à la fois pour les habitants mais aussi pour les pratiquants habituels: voitures garées en vrac sans optimiser le stationnement sur des petits parkings au départ des randonnées, les entrées de champs bouchées, les besoins faits n’importe où, la musique à fond sur le téléphone sur les chemins de randonnée, rentrer dans les prairies pour faire des selfies avec les animaux, des feux et leurs collections de bouteilles de bières laissées autour… Et étant habitantes souvent du même département, donc se sentant chez elles, ces personnes n’ont pas hésiter à faire ce qui bon leur semble. Dans ce contexte, des tensions sont montées. De nombreux maires furent obligés malgré eux à prendre des arrêtés pour réglementer les accès, et de faire appel aux forces de l’ordre.

Puis début juillet est venu s’ajouter à cela les traditionnels vacanciers de la montagne qui reviennent chaque été, et surtout des nouveaux, cherchant eux une alternative aux vacances à la plage. Les sites majeurs des Pyrénées comme le Lac de Gaube, le massif du Néouvielle, le lac d’Oo, pas tous adaptés à de tels volumes de visiteurs, ont très vite perdu de leur superbe. Ce qui a eu pour effet, un report sur des lieux plus confidentiels, souvent mis en avant par les publications sur les réseaux sociaux. Cette sur-fréquentation a été vraiment mal vécue par bon nombre de montagnards, pourtant prêts à accueillir des visiteurs, mais pas à subir une telle pression et tant de désagréments.

Il semble aujourd’hui, qu’il est de bon ton de rappeler quelques éléments de base, pour que cette cohabitation se poursuive. Bien que dans l’imaginaire, la montagne soit un bien public, ouvert à tous, la réalité n’est pas exactement la même. La propriété du sol est le fruit de la longue histoire de la conquête humaine des territoires de montagne. Commençons par le bas des vallées, et les zones intermédiaires occupées par les granges foraines et les prairies. Durant des siècles, ils ont été des lieux de cultures pour les plus fertiles, de productions de bois de chauffage et du cuisine grâce aux bosquets et aux haies, de production de litière avec les fougères, et de foin à la belle saison et de pâtures quand les troupeaux n’étaient plus en estive. La pression foncière y était très forte, et le foncier détenu par les familles. Pour desservir tout ce maillage de parcelles privées, des chemins ruraux se sont dessinés. Souvent étroits, adaptés au seul passage d’animaux de bât voir de carrioles sur les zones planes. Ces chemins font partie du domaine privé des communes. De fait, ils sont ouverts au public, mais ils peuvent être vendus comme n’importe quelle parcelle communale. Après des décennies de désaffection, car pas adaptés au passage des engins agricoles, les chemins ruraux ressuscitent depuis 30 ans à l’initiative des collectivités et des clubs de marcheurs et de VTTistes voulant développer des itinéraires de randonnée. Depuis les années 80, les communes ont la possibilité d’inscrire leurs chemins ruraux au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée, rendant leur vente impossible. Entre temps des pistes et des chemins plus larges ont été ouverts par les agriculteurs sur leurs parcelles privées pour accéder à leurs champs avec leurs tracteurs. L’accès à ces chemins pour le grand public reste au bon vouloir de leur propriétaire.

Cette structuration foncière s’établie de la sorte jusqu’à des altitudes comprises entre 600m au Pays basque et 1400m dans les Hautes-Pyrénées. Au-delà, quand on s’élève plus haut en altitude, sur l’étage des forêts et puis des estives, c’est la propriété publique qui s’impose plus largement. Mais là aussi avec des spécificités. Les forêts peuvent être propriétés des communes, de l’Etat (forêts domaniales) ou plus rarement privées. Les forêts publiques, toutes soumises au Régime forestier, sont gérées par l’Office National des Forêts pour le compte de leurs propriétaires. Le régime forestier a été instauré pour défendre la forêt qui surexploitée par les habitants des montagnes et pâturée par leurs troupeaux était en voie de disparition il y a plusieurs siècles, ce qui provoquait des graves érosions, des crues soudaines et des avalanches mettant en danger de nombreux villages. Pour chaque forêt, la gestion forestière est planifiée : les coupes de bois, les opérations de régénération, les ilots de biodiversité, ainsi que la fréquentation des sentiers, pistes et chemins forestiers dont leur réglementation est généralement affichée aux entrées.

Au-dessus, les zones d’estives sont aussi du domaine privé de collectivités publiques (communes ou syndicats de vallées). Elles sont chaque année louées par des éleveurs pour faire paître leurs troupeaux (par bail ou paiement de la baccade) et produire sur place les fameux fromages d’estives. Les cabanes sont elles aussi louées et donc occupées pendant toute la période d’estive (juin à septembre) par les bergers. Seuls les cayolars (cabanes) au Pays basque appartiennent à des familles et sont privés.

Cette diversité de statuts fonciers montre que l’accès à la montagne n’est pas si simple que l’on peut l’imaginer. A cela s’applique des restrictions particulières dans des espaces naturels protégés comme la zone cœur du Parc National des Pyrénées et les réserves naturelles (une quinzaine sur le versant nord des Pyrénées) : bivouac réglementé ou interdit, VTT, chiens, feux, cueillette, chasse… interdits.

Jusque qu’à présent, la compréhension de ces règles et des usages faisait partie du long apprentissage des loisirs de nature, soit transmis par des aînés, soit par le fruit de nos propres expériences, ou les deux en même temps. Mais aujourd’hui, comme pour bon nombre de choses de la vie quotidienne, notre société ne prend plus ce temps, et veut avoir accès à tout et sans attendre. Depuis de nombreuses années, les collectivités tentent d’attirer des touristes dans les vallées pyrénéennes. Mais en quelques semaines, les Pyrénées semblent être devenues trop petites, obligeant ces mêmes institutions à revoir leurs politiques de communication. Espérons que pour les prochains mois, pour les prochaines vacances, pour les prochaines années, au travers de l’accompagnement de ces nouveaux visiteurs, une fréquentation durable et équilibrée se mette en place dans les Pyrénées. Il en va de leur préservation, de notre liberté de jouir de ses montagnes mais aussi de la vitalité de ses vallées.

Nicolas Watteau (Magazine Respyr n°100)

Automne : couleurs flamboyantes des feuilles, explications sur ce phénomène si féérique

Les balades en pleine nature sont sublimées en ce moment par les couleurs de l'automne. Les jaunes, les orangés, les rouges jouent avec les verts immuables des conifères pour offrir des spectacles saisissants. Le Conservatoire botanique national de Midi-Pyrénées nous explique ce phénomène.

L'automne s'installe dans les Pyrénées. Les feuillus offrent une sarabande de couleurs. © CR et EG /FTV

Le spectacle est magique, il a commencé un peu partout en Occitanie même s'il s'avère plus avancé dans les Pyrénées... L'automne et ses couleurs flamboyantes est à nos portes. Impossible de ne pas s'émerveiller de ce spectacle... et c'est tant mieux. Mais que se passe-t-il dans la vie des arbres à cette période ? Pourquoi ce cycle annuel ? Comment se créent ces couleurs magnifiques ? Nous avons sollicité le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées pour répondre à ces questions.

"L'arbre est un végétal comme un autre, rappelle en préambule Jérôme Garcia, chargé de conservation au Conservatoire basé à Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées, il est soumis au rythme des saisons. Les arbres à feuilles caduques en opposition aux conifères, perdent leur feuillage en automne. Ce phénomène se produit quand les conditions de la photosynthèse ne sont plus là. Il est directement lié à la diminution de la durée du jour".

Piège pour l'énergie lumineuse

L'été est la meilleure saison pour la photosynthèse, explique le scientifique. C'est à cette saison que l'arbre absorbe le maximum de lumière via ses feuilles. La photosynthèse correspond au piégeage de l'énergie lumineuse provenant du soleil et à son stockage sous la forme de matière organique, des glucides principalement. L'arbre se nourrit lui aussi de sucre...

"Quand la durée des journées diminue, la photosynthèse est moins efficace. Pour l'arbre, la dépense énergétique pour maintenir ses feuilles devient alors trop lourde et il va s'en débarrasser, décrypte Jérôme Garcia. La chute des feuilles se fait progressivement, contrairement à ce qu'il se passe en cas de stress hydrique, il perd alors son feuillage plus rapidement".

Moins de soleil, plus de couleurs

Le dépérissement des feuilles est directement lié à la baisse de l'ensoleillement et partiellement, dans une moindre mesure, à la baisse des températures. L'arbre va boucher ses vaisseaux de sève et petit à petit, les pigments chlorophyliens vont disparaître.

"Les pigments jaunes et orangés étaient déjà présents, mais il ne reste qu'eux, explique le représentant du Conservatoire botanique. Le vert s'estompe et fait ainsi place à ces couleurs extraordinaires. Se faisant, l'arbre récupère tous les sucres possibles et tombe en dormance. Les quantités de pigments varient d'une espèce à l'autre, d'une feuille à l'autre, selon l'exposition au soleil. Le pigment rouge, lui, par contre n'était pas présent dans la feuille. Il apparaît avec l'arrivée du froid sur certains érables ou les chênes rouges par exemple".

Une usine à produire du sucre

Le phénomène de la photosynthèse est essentiel à la vie. C'est un processus qui, en captant le CO2 de l'air va fabriquer de la matière carbonée et rejeter de l'oxygène dans l'atmosphère. Grâce à la photosynthèse, l'arbre fabrique du glucose qui est à l'origine de la cellulose. Ce mécanisme est valable pour tous les végétaux. "La feuille est une usine à produire du sucre que l'arbre va utiliser pour sa construction, l'épaississement de son tronc, la croissance de ses racines et la génèse de nouvelles feuilles", précise Jérôme Garcia.

La feuille est une usine à produire du sucre.

"Concrètement, il y a une sève ascendante chargée en eau et en sels minéraux et une sève descendante, celle qui est à l'oeuvre à cette saison. Elle va partir de la feuille pour nourrir les organes de l'arbre. C'est ce qui constitue le sirop d'érable d'ailleurs, une sève qui cicule et va permettre sa croissance en hauteur, en profondeur et en épaisseur".

"A la Sainte-Catherine"

L'automne est une période essentielle pour l'arbre qui va assimiler les réserves de sucre accumulées au cours de l'été et les stocker. "Il va grandir mais aussi en mettre en réserve des nutriments dans ses parties souterraines, précise Jérôme Garcia. Les racines se développent en hiver. C'est de ce processus que s'inspire le proverbe "A la Sainte-Catherine, tout arbre prend racine". Il n'y a ni stress hydrique, ni mouvement de sève. L'arbre est en sommeil mais ses racines continuent de croître".

Un autre phénomène important se passe sous nos yeux et sous nos pieds...

"On marche à l'automne sur des tapis de feuilles et au printemps, on a l'impression que ce tapis a complètement disparu. L'arbre a recyclé ses propres feuilles, il a cette capacité de fertiliser le sol sur lequel il pousse. Les feuilles se décomposent en une litière fragmentée par les insectes, les vers de terre. Les champignons assimilent et décomposent aussi la matière. Et au fur et à mesure, la microfaune du sol, avec les acariens notamment, mais aussi toutes sortes de micro-organismes, produit du compost disponible pour les racines".

Le vert s'estompe et fait ainsi place à ces couleurs extraordinaires.

Si parfois les explications scientifiques des phénomènes semblent éteindre leur magie, la "vie intérieure" de l'arbre ainsi mise en lumière contribue à l'émerveillement. L'automne par excellence offre au marcheur un spectacle somptueux et laisse libre cours à son imaginaire, à son ressenti pour reconnaître la vie à l'oeuvre sous ses yeux.

Naguère, sans portables ni drones, notre jeunesse insouciante

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La numérisation progressive de nos existences fait disparaître l’insouciance des jeunesses du siècle précédent : c’est ce qu’écrit à sa fille l’auteur de cette tribune. Dans ce monde électronique où l’autre est de plus en plus éloigné, il veut préserver, au moins en idée, les champs de blé.

C'est un article de REPORTERRE Mathieu Yon est maraîcher à Dieulefit (Drôme).

Ma fille, je viens des années 1980. Un autre monde. Où la ceinture de sécurité n’était pas obligatoire à l’arrière, où l’on s’endormait dans le camion sur la route des vacances, où l’on se réveillait le lendemain matin dans un lieu inconnu, une oliveraie ou un terrain vague. Un autre monde. Où la précarité de nos vies n’ôtait pas un sentiment de sécurité. Où nous avions la possibilité d’échapper au regard des adultes, et de nous inventer des vies.

Ma fille, j’ai passé mon adolescence sous les porches et les abribus. On ne faisait rien avec les copains, on démarrait des mobylettes, on roulait sans casque au milieu des champs de blé, et quelque chose semblait traverser nos vies. Nous pensions que cette sensation ne mourrait jamais. Nous avions droit au temps perdu, sans savoir qu’un droit aussi élémentaire pouvait disparaître.

Ma fille, j’ai grandi sans internet ni téléphone portable. Il n’y avait pas encore cette toile qui s’immisce partout : dans notre lit, sur la table du petit déjeuner, dans notre poche, dans notre main.

Ma fille, tu ne le vois pas encore, mais ma jeunesse s’en va, et je serai bientôt un vestige, vivant dans un monde que je n’ai pas souhaité. Un monde où la sensation de l’autre diminue chaque jour. Car toutes nos perceptions seront bientôt captées par les images, et nous n’aurons accès à l’autre qu’à travers une myriade de filtres numériques.

Ma fille, quand les caméras de surveillance sont arrivées dans les rues en 1995, nous les avons vite oubliées. Quand les téléphones portables sont arrivés dans nos vies quelques années plus tard, nous avons vite oublié qu’ils représentaient une technologie de surveillance. Les caméras à reconnaissance faciale, les drones à usage policier arrivent, et bientôt, nous les aurons aussi oubliés.

Ma fille, si les champs de blé disparaissent, s’ils te manquent, tu les retrouveras dans un coin de mémoire, où tu pourras les entendre frémir comme au début de l’été.

Ma fille, je te fabriquerai un coin de mémoire, un lieu où tu pourras t’échapper et rebâtir un monde. Il sera fait de temps perdu, et d’une paume caressant les blés. Quand tu viendras t’y reposer, fatiguée des images, nous allumerons un feu dont les braises s’envoleront jusqu’à la Grande Ourse.

Ma fille, je ne pourrais pas empêcher ce monde numérique, mais je peux encore bâtir une pensée qui lui échappe. Cette pensée, c’est maintenant la tienne.

La lutte sur le plateau du Larzac en Aveyron fête ses 50 ans

Un article de FR3 Occitanie 838_1974-larzac3-21.jpg

Il y a 50 ans démarrait la célèbre lutte sur le plateau du Larzac (sud Aveyron) contre l'extension d'un camp militaire. Une opposition qui allait durer dix ans. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? 

Le Larzac, c'est un vaste plateau de landes et de cailloux, une terre pauvre et paisible. Difficile d'imaginer qu'il y a tout juste 50 ans, les paysans se sont levés pour défendre leurs terres menacées d'expropriation par l'armée qui voulait agrandir le camp militaire du Larzac.

Appuyés par des milliers de militants de tous horizons, la lutte pacifique a duré dix ans. L'Etat a capitulé. Les paysans sont restés.

Gardarem lo Larzac !

Alain Alla est l'un des 103 paysans qui ont refusé en 1971 de se laisser exproprier. Aujourd'hui à la retraite, c'est sa fille qui a repris l'exploitation. Est-elle aussi militante que son père ?

« Pour le moment, il n'y a rien, mais je pense que si on me la prenait (la terre), oui ! » Céline Alla - éleveuse de brebis sur le plateau du Larzac

Pour Céline, la lutte a été transmise en héritage avec les reliques qui vont avec, comme ce tracteur conservé dans l'exploitation familiale. Il fonctionne encore 50 ans après - il a servi à manifester en janvier 1973 à Paris.

« Cette lutte nous a fait connaitre beaucoup de monde. Si on avait été tout seul, on n'aurait certainement pas gagné. » Alain Alla - agriculteur retraité sur le plateau du Larzac

Le principe des fermes collectives

La solidarité, le sens du collectif, des valeurs qui ont traversé les années. Laurent Réversa s'est installé en 2013 sur le Larzac, en tant que paysan mais aussi militant. Avec dix autres agriculteurs, il s'occupe de la SCTL, la société des terres du Larzac. Un collectif qui gère une soixantaine de fermes et décide à qui elle seront attribuées. Ainsi, les nouveaux arrivants qui viennent de toute la France sont sélectionnés par les anciens en fonction de leur projet et de leurs valeurs.

« On est d'accord sur les valeurs, ce sont comme les valeurs d'une famille. » Laurent Réversa - éleveur de brebis sur le Larzac

« Ce qui motive ? Plein de choses. L'histoire du Larzac, ça me passionne cette vie collective. Le fait que ce soit une ferme collective et qu'on partage le travail. »  Claire Barré - future paysanne fromagère

Des paysans mais aussi des artistes militants

Mais le Larzac n'est pas réservé aux seuls paysans. Il y a aussi des artistes, des artisans, des bûcherons ou encore un gîte.  Elise et Séverine par exemple sont deux musiciennes de rue qui habitent dans des yourtes. Elles répètent en plein air et sont de tous les combats d'aujourd'hui.

« Avec les gilets jaunes, nous avons bloqué le viaduc de Millau, nous avons participé à des marches contre le nucléaire, créé un spectacle que nous avons joué pour les migrants bloqués à la frontière franco-italienne » Séverine Fell - musicienne sur le plateau du Larzac

Le Larzac attire des artistes de toutes les origines, chacun a son parcours et la lutte en partage.

« Le Larzac était emblématique en tant que lutte réussie avec un mouvement pacifiste. Moi, j'ai commencé à militer en Italie aux temps des Brigades Rouges et la réponse était violente. » Stefano Fogher - comédien et musicien

José Bové, le plus célèbre militant du Larzac

José Bové a rejoint la lutte en 1973. Au début, il a occupé une bergerie et élevé des brebis. 

« Il n'y avait rien quand on s'est installé. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de téléphone ni de routes. » José Bové

José Bové a ensuite été syndicaliste et député européen. Mais c'est sur le Larzac qu'il est venu prendre sa retraite. Il a construit sa maison à deux pas de son ancienne bergerie. De là, il peut observer, satisfait, l'évolution des habitants du plateau.

« Ce sont de nouvelles histoires, une autre solidarité. Ils vivent les choses différemment, mais il y a une continuité car ce qui fait le fond du Larzac reste. Et c'est une des rares régions de France où on a une augmentation du nombre de paysans et de fermes exploitées. » José Bové

Comme ses camarades de lutte, José Bové ne quittera jamais le Larzac. Les militaires non plus. Ils sont toujours là et tiennent leurs positions, mais ils n'ont plus jamais essayé de gagner du terrain. 

VIDEOS

https://www.dailymotion.com/video/x80d (PS Le Larzac est bien en Aveyron ... et pas en Dordogne!)

Nostalgie: Ecoutez le chanteur occitan Patric "Lachanson du Larzac" Aout 1973

https://www.youtube.com/watch?v=Xu_g7KdyHgg

Le point sur les populations d'ours dans les Pyrénées

helloasso.jpg Pyrénées : 64 ours détectés en 2020, dont 16 oursons, et très peu de dégâts sur troupeaux …protégés !

avril 02, 2021

Les associations Pays de l’Ours – Adet et FERUS se réjouissent que 64 ours aient été détectés dans les Pyrénées en 2020, dont 16 oursons de l’année (nouveau record !).

Carte point population ours Pyrénées

Voir la synthèse du rapport du suivi Ours 2020 https://www.paysdelours.fr/point-sur-la-population-d-ours

Et ce n'est pas un poisson d'avril, le rapport 2020 du Réseau Ours Brun – OFB fait état également de très peu de dégâts sur troupeaux... PROTÉGÉS.

64 ours, 16 oursons et a minima 7 individus morts en 2020

Malgré l’évolution positive, ces 64 ours ne constituent toujours pas une population viable. Pour atteindre ce statut (qui est à la fois l’objectif des associations et l’obligation de l’État), il faudra parvenir à un effectif de 50 ours participant à la reproduction, et avec une bonne diversité génétique, comme annoncé dans le Plan Ours 2018-2028. L’État semble l’avoir déjà oublié.

Le chemin parcouru est une nouvelle fois notable, il démontre la faisabilité du projet, mais des efforts restent nécessaires.

En effet, 7 des 64 ours détectés en 2020 sont déjà considérés comme morts : quatre oursons de l'année ont disparu dans l’été et 3 ours adultes ont été retrouvés morts de cause humaine en 2020 dans les Pyrénées, notamment un ours mort par balles en Ariège ; nous ne cessons de demander au Gouvernement de procéder au remplacement rapide de ces trois animaux, conformément à l’engagement pris dans le Plan Ours 2018-2028. L’État semble avoir là aussi oublié, les tribunaux trancheront.

En ce qui concerne la cohabitation avec l’élevage, le bilan 2020 montre une nouvelle fois l’échec de l'orientation prise par l’État en France basée sur la surindemnisation des pertes de bétail et l’effarouchement des ours. A l'inverse, l'Espagne nous confirme la voie à suivre, celle que les associations de protection de l'ours conseillent en France depuis de nombreuses années :

Prédations en France en 2020 : 369 "attaques" prises en compte par l'État (chiffre en réalité surestimé), avec toutefois une forte baisse du nombre de victimes : 636 (1200 en 2019) car pas de dérochement massif en 2020 ...

Prédations en Espagne en 2020 : Seulement 46 attaques, essentiellement avant la transhumance, car tous les troupeaux sont protégés avec berger + regroupement nocturne en parc + chiens de protection pendant l'été. Les efforts de protection paient !

Côté français, les « expérimentations » d’effarouchements, coûteux et dangereux, ne résolvent donc pas le problème des éleveurs.

Pays de l'Ours-Adet et FERUS demandent une nouvelle fois que les services de l'État français se recentrent sur des solutions constructives et pérennes. Chacun doit se résoudre à adopter et optimiser les techniques de protection des troupeaux, seul moyen d’assurer la conciliation entre la protection de la biodiversité et le maintien des activités humaines en zone de présence d’ours.

Télécharger le rapport complet du suivi Ours 2020 https://professionnels.ofb.fr/sites/default/files/pdf/documentation/OursInfos_RA_2020.pdf

Un projet d’aéroport pour les riches menace un joyau des Pyrénées

Andorre1.jpg Construire un aéroport au milieu d’un vallon qui abrite de nombreuses espèces, c’est le projet prévu en Andorre. Une construction énergivore aux conséquences irréversibles sur l’écosystème, qui crée l’ire de nombreux habitants et élus.

c'est un article de REPORTERRE

Le poste frontière entre la France et Andorre est noyé sous un épais brouillard. Les douaniers se sont réfugiés dans un préfabriqué, emmitouflés dans leur manteau. Quelques kilomètres plus loin, le col d’Envalira (« Port d’Envalira » en catalan) est l’unique passage routier reliant les deux pays. À 2 409 mètres d’altitude, il barre la route aux nuages. Là se dévoilent la majestueuse Principauté et ses sommets enneigés, brillants sous les rayons du soleil printanier. Sur les hauteurs, la vue sur le vallon est spectaculaire. Il apparaît comme un endroit hors du temps. Mais qui pourrait être amené à disparaître.

Le 16 mars dernier, la Chambre andorrane de commerce, d’industrie et de services (CCIS) a en effet dévoilé au public son projet visant à construire un aéroport international sur ce site naturel. Une vidéo de simulation présente un Airbus A320 survolant plusieurs villages montagnards. L’appareil se pose sur la piste d’atterrissage, à l’endroit même où repose actuellement l’ancienne cabane d’un vacher, désormais abandonnée. De luxueuses boutiques, telles Prada ou Chanel, ont pris la place des plantes et des arbres. Sur un parking, Mercedes, Lamborghini et autres voitures peuplent les environs, à défaut des animaux.

Et dire qu’il y a « quelques décennies, les troupeaux venaient paître dans ces tourbières.... », soupire le biologiste Marc Mossoll, inquiet de la menace qui pèse sur ce panorama. Près de lui, deux bergeronnettes grises s’amusent sur un rocher. La brise caresse les colchiques. Une rivière se faufile entre les sapins, parmi lesquels des personnes accroupies dans l’herbe ramassent de la salade sauvage, « très appréciée ici », et elles aussi menacées par le projet.

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https://www.youtube.com/watch?v=TnpAsR-C9R0 L’aéroport d’Andorre présenté dans la vidéo de simulation.

« Cette zone humide regorge d’une multitude d’espèces animales et végétales »

Le défi technique est de taille. Culminant à près de 2 000 mètres d’altitude près de la frontière avec les Pyrénées-Orientales, l’aéroport pourrait voir le jour d’ici 2024 pour la somme de 344 millions d’euros. Capable de recevoir des Boeing 737, l’unique piste mesurerait 1 800 mètres de long pour 45 mètres de large. Un demi-million de passagers serait ainsi accueilli chaque année, en provenance de Russie, d’Asie et du golfe Persique.

« Je refuse que notre patrimoine naturel soit mis à sac par une élite financière qui traverse la planète en avion pour venir skier ici deux jours ! » Personnage imposant à la voix douce, Carles Iriarte préside l’Association andorrane de protection des animaux, des plantes et de l’environnement (Apapma). Avec Marc, il tente d’éveiller les consciences sur le désastre écologique que promet un tel projet : « Cette zone humide regorge d’une multitude d’espèces animales et végétales à préserver. L’an dernier et pour la première fois, on y a observé des cuivrés de la bistorte (Lycaena helle), un papillon très rare indicateur de biodiversité. »

Cerfs, isards, lagopèdes… Les pinèdes adjacentes constituent un précieux refuge pour affronter les rudes conditions de vie hivernales. Un gallinacé préoccupe particulièrement Marc Mossoll : le grand tétras (Tetrao urogallus).

« Il ne reste que deux mâles et deux femelles de grand tétras dans la zone. »

Chargé de son suivi pour l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le biologiste andorran craint que le célèbre oiseau noir ne survive pas à l’aéroport : « Il ne reste que deux mâles et deux femelles dans la zone. En h