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UN JOURNAL, DES ARTICLES EPHEMERES, UNE ACTUALITE , lus ailleurs et à partager

LA GAZETTE DE SEPTEMBRE

« NOUS VOULONS DES COQUELICOTS »

12 septembre 2018 / L’association Nous voulons des coquelicots

Ce mercredi 12 septembre, un « groupe de bénévoles sans argent » lance un « immense » Appel à la résistance pour l’interdiction de tous les pesticides. Ses auteurs demandent personnellement aux « amis de Reporterre » de le relayer.

L’association Nous voulons des coquelicots est « un groupe de bénévoles sans argent, composé d’une quinzaine de personnes, parmi lesquelles une directrice de crèche (retraitée), des décorateurs, une étudiante, une céramiste, deux paysans, une enseignante, une psychanalyste, des membres d’ONG, deux journalistes ». Elle est présidée par Fabrice Nicolino.

Coquelicot.jpg L’heure n’est plus à compter les oiseaux, les abeilles, les papillons morts et les humains malades. Le constat a été fait tant de fois, au travers de centaines d’études scientifiques rigoureuses, que discuter encore n’a plus de sens. Il faut se lever. Notre pays est devenu méconnaissable à cause des pesticides. Toutes les politiques ont échoué. Pis : toutes les équipes politiques au pouvoir depuis l’après-guerre ont soutenu le crime et continuent de le faire. La démission de Nicolas Hulot a montré au passage le rôle délétère des lobbies, qui défendent perpétuellement des intérêts financiers au détriment du sort commun.

Nous lançons ce 12 septembre 2018 un immense Appel qui doit provoquer un soulèvement pacifique de la société française. Il pourrait durer deux ans et vise à mobiliser au moins cinq millions de soutiens. C’est ambitieux, mais l’objectif l’est, car il s’agit d’obtenir l’interdiction de tous les pesticides (de synthèse) en France. Amis, oui amis de Reporterre, vous devez être au premier rang de cette bagarre.

Chacun, oui chacun, doit trouver la manière sincère et intime de répandre cet Appel

Il faut donc relever la tête, unir toutes les forces disponibles, agir tout de suite. Le pari repose sur l’espoir que la société française reste vivante. Un pays libre garde le droit de refuser ce qu’il ne supporte plus et de l’imposer à ses dirigeants, quels qu’ils soient. N’oublions jamais qu’en vingt ans, des millions de consommateurs se sont détournés, au moins en partie, de l’alimentation farcie de pesticides. C’est sur eux que nous comptons. Qui sommes-nous ? Un groupe de bénévoles sans argent, composé d’une quinzaine de personnes, parmi lesquelles une directrice de crèche (retraitée), des décorateurs, une étudiante, une céramiste, deux paysans, une enseignante, une psychanalyste, des membres d’ONG, deux journalistes. Nous avons créé dans l’urgence une association, Nous voulons des coquelicots, dont le président est Fabrice Nicolino. coquelicot1.jpg « L’Appel n’est jamais qu’un départ. Ce n’est pas une pétition, oubliée aussitôt que signée. Il oblige, et veut transformer des milliers de signataires en autant d’acteurs sociaux dont le but sera d’œuvrer à la victoire. »

La vaste campagne qui commence a besoin du soutien de tous, car tous, y compris les journalistes qui en parleront peut-être, sont concernés de la même manière. Chacun, oui chacun, doit trouver la manière sincère et intime de répandre cet Appel, de manière qu’il devienne viral et atteigne le moindre recoin de la société. Pour la raison, évidente pour nous, qu’il n’est pas une parole écologiste ou politique au sens étroit, mais bien un Appel d’humains à tous les autres humains. Pour nous, c’est l’heure, et elle ne repassera pas.

Cet Appel se décompose ainsi. D’abord et bien entendu, nous invitons toutes et tous à le signer à l’adresse internet : nousvoulonsdescoquelicots.org. Ce même 12 septembre paraît aux éditions Les Liens qui libèrent (LLL), un livre-manifeste signé par Fabrice Nicolino et François Veillerette, Nous voulons des coquelicots. La chanteuse Emily Loizeau prépare une chanson qui nous accompagnera pendant des mois.

À la manière d’un téléthon anti-pesticides 

Loin d’être un point d’arrivée, l’Appel n’est jamais qu’un départ. Ce n’est pas une pétition, oubliée aussitôt que signée. Il oblige, et veut transformer des milliers de signataires en autant d’acteurs sociaux dont le but sera d’œuvrer à la victoire. Comment ? Nous faisons fabriquer un coquelicot en tissu de récupération dans un atelier de réinsertion, qui servira de cocarde, de bannière et de point de ralliement. Il est muni d’un système d’attache qui permettra de le porter à sa boutonnière et sera vendu, car il s’agit d’un acte de soutien à l’Appel, deux euros. Nous espérons que ce bel objet sera autant porté que la petite main de SOS Racisme il y a trente ans. Pendant toute la durée de l’Appel — deux ans, rappelons-le — et chaque mois, les signataires se retrouveront le même jour et à la même heure sur les places des villes et des villages des lieux où ils habitent. Et tout commence le vendredi 5 octobre à 18 h 30.

Pendant ces deux années, à la manière d’un téléthon anti-pesticides, nous souhaitons que des milliers d’événements de toutes tailles et de tous ordres aient lieu en France, pour défendre l’espoir d’un pays enfin débarrassé de ces terribles poisons. Nous donnerons plus tard la liste, déjà importante, des groupes, associations et personnalités qui soutiennent notre grand mouvement démocratique. Nous n’avons sollicité aucun politique, car c’est désormais la société qui parle.

NOUS VOULONS DES COQUELICOTS

APPEL À LA RÉSISTANCE POUR L’INTERDICTION DE TOUS LES PESTICIDES appel-a4-v2.jpg Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers. Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans ; la moitié des papillons en vingt ans ; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards ; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde ! Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [1] en France. Assez de discours, des actes.

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

NICOLAS, MERCI D'AVOIR ENFIN CRAQUE! Nicolas Hulot.jpg Lettre ouverte de Claire Nouvian, chroniqueuse à "l'Obs", présidente de l'association Bloom, et prix Goldman de l'environnement, à Nicolas Hulot.

Cela fait plus d'un an que nous assistons avec désarroi, impuissance et inquiétude, à la mise en scène d'une politique qui tente de masquer, derrière des discours, sa vraie nature libérale et hypercapitaliste, profondément incompatible avec les décisions de long terme qu'impose l'impératif de survie de la biosphère.

Ces discours n'ont pas un seul instant dupé les experts, qu'il s'agisse des scientifiques ou des associations luttant contre la destruction des normes sociales, humanitaires, climatiques ou environnementales…

Emmanuel Macron se prend peut-être pour Jupiter mais il n'est pas sorti de sa cuisse !

Il avait d'ailleurs déjà imprimé sa marque lors de son passage au ministère de l'économie dans le gouvernement Hollande : il s'était prononcé en faveur de l'extraction d'or en Guyane par un conglomérat russo-canadien

il avait signé le décret d'extraction des sables en baie de Lannion (à proximité de zones protégées Natura 2000)

il avait donné un avis défavorable à la publication en toute transparence des subventions publiques versées au secteur de la pêche (et majoritairement accaparées par les lobbies de la pêche industrielle)

il avait montré sa proximité avec les lobbies au moment de sa "loi Macron"

il soutenait déjà les traités de libre-échange qui facilitent l'emprise des multinationales sur nos vies et soumettent nos juridictions nationales ou européennes à leur joug.

Alors, Nicolas, ma question, c'est : sur quelles bases as-tu pu croire qu'Emmanuel Macron mènerait une politique favorable à l'environnement ? Qu'est-ce qui a présidé à ton choix d'offrir ta crédibilité à ce gouvernement, plutôt qu'à un autre, en dépit du fait que le candidat Macron avait soigneusement évité de prendre des engagements concrets et ambitieux sur la transition écologique ?   Les présidents successifs depuis Chirac t'auraient décroché la Lune pour te compter dans leur gouvernement, mais c'est au moins-disant d'entre eux, en matière d'écologie, que tu as fait le cadeau de ton nom et de ce qu'il porte de sincérité et de constance pour la protection du vivant, des écosystèmes, du climat et des victimes de nos dérèglements…

Dans le milieu de la protection de l'environnement, des droits de l'homme, des associations de lutte contre la corruption et l'évasion fiscale, le ruissellement de mauvaises nouvelles qui a suivi l'élection d'Emmanuel Macron n'a rien de surprenant. C'est au contraire en toute cohérence avec son credo néolibéral que ce gouvernement agit. Tes révélations sur la présence du lobbyiste des chasseurs, Thierry Coste, dans les premiers cercles du pouvoir, ont permis de déchirer le voile de ce que nous, écologistes aux prises avec ces lobbies, savons et dénonçons depuis les tout débuts de ce gouvernement :

avec Macron, les lobbies ont changé d'ère. Ils ne font plus le siège du pouvoir. Ils SONT au pouvoir.

Lorsque l'on désigne l'ancien chef des relations publiques d'Areva au poste de Premier ministre, il ne faut pas s'étonner du renoncement du gouvernement aux engagements de la transition énergétique sur le nucléaire. Lorsque l'on confie le ministère de l'Agriculture à un proche de la FNSEA, après avoir pensé le confier directement à sa présidente, on récolte ce que l'on a semé : la fin des aides à l'agriculture bio, des états généraux de l'alimentation transformés en mascarade de consultation citoyenne, pilotés par les lobbies et dont le gouvernement a largement ignoré les résultats.

Pendant ce temps, un tiers de nos agriculteurs tente de survivre avec un revenu de 350 euros par mois. Face à cette précarité inhumaine, à un avenir bouché, sans espoir, un agriculteur se suicide tous les deux jours.

Qu'Emmanuel Macron n'ait pas tout mis en œuvre pour tenir sa promesse d'assurer un "juste prix" aux paysans pour qu'ils puissent "vivre dignement" de leur travail, est d'une brutalité insoutenable.*

Voilà le visage sans fard du capitalisme débridé qui a perdu la mesure des choses, qui œuvre dans une seule logique de profit mangeuse d'hommes et du vivant. Quand 15.000 scientifiques avertissent l'humanité que "de grandes misères humaines" nous attendent si nous ne changeons pas radicalement notre gestion de la Terre et de la vie, quand les insectes ne maculent plus nos pare-brises l'été parce qu'ils ont disparu de nos campagnes, quand les chalutiers industriels s'équipent d'électrodes pour déloger les derniers poissons, c'est le signe que nous sommes en guerre contre la nature. Et tu le sais mieux que personne. Tu sais que ce n'est pas une politique du compromis du plus faible, une politique d'ajustements à la marge qui peut nous éviter le décrochage des écosystèmes et des humains avec eux. Alors oui, on s'est questionnés sur tes motivations, tes objectifs… On est sans doute loin d'imaginer ce que ta présence a permis d'empêcher ou de limiter.

On attend de toi que tu rendes compte de cela avec sincérité, car te voir avaler autant de couleuvres était une souffrance pour nous.

Cela ne nous a pas aidés non plus. Ta présence au gouvernement lui a donné une caution, ta caution, et nous a fait passer pour des extrémistes. Critiquer l'action d'un homme apparemment aussi "raisonnable" que Macron a rangé les associations environnementales, les acteurs de la transformation agricole, les pêcheurs artisans broyés par les industriels, les défenseurs des droits de l'homme, tous ceux qui œuvrent pour une transition vers un monde plus juste et plus durable, dans la boîte des "radicaux".

Tu n'avais pas de "troupes" derrière toi, dis-tu. Mais en quoi est-ce surprenant ?

Cela se négocie ! La politique, ce n'est rien d'autre qu'un rapport de force de chaque instant ! C'est se battre pour la composition de son ministère, ne pas accepter de se faire imposer les secrétaires d'Etat ou les membres du cabinet. C'est arracher avec les dents les arbitrages interministériels. C'est dénoncer les coups bas, l'immoralité de certaines décisions. C'est refuser le régime dictatorial de Macron envers la presse. C'est s'émanciper, mettre sous pression, aller chercher sa légitimité dans l'opinion publique. Sous prétexte d'éviter les couacs du quinquennat Hollande, Macron a réinventé les règles du jeu politique et porté des coups au cœur même de la démocratie. Dans un excès d'autoritarisme, il a jugulé les ministres et les députés dans une régression ahurissante de la liberté de parole.

Tu n'es pas assez teigne, Nicolas, tu as trop la culture du compromis pour tenir tête à un personnel politique dont l'égo, l'autorité et l'arrogance ont explosé avec l'accession au pouvoir.

Quand tu dis que tu as une immense admiration pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, de quoi parles-tu ? De leur charisme ? De leur capacité de travail ? De leur propension naturelle à mener les hommes ? Il faudra épiloguer Nicolas, car nous attendons que tu scindes les relations amicales qui peuvent te lier à ceux avec lesquels tu as interagi pendant des mois, du bilan sans concession de leurs actes.

Ce qui compte pour nous, ce qui devrait uniquement compter pour les Français, ce sont les faits, et il est désormais possible de juger sur pièces. La liste est longue, et sans la vouloir exhaustive, nous en avons dressé un début sur le site de BLOOM. Oublions les discours, jugeons les actes.

La République en Marche s'est empressée d'écrire à ses sympathisants et donateurs pour leur signifier que tout allait bien, que le bilan écologique du gouvernement était "à la hauteur des enjeux". Ils ne manquent pas de ressources pour dresser de tels écrans de fumée destinés à minimiser le séisme politique et idéologique que ton départ provoque. Mais j'ai espoir que les Français sauront tirer les conséquences électorales de ton acte et sanctionner un parti qui nous a trahis, qui a trahi ses militants les plus jeunes et les plus mobilisés en leur faisant croire que la marche du monde pouvait se poursuivre sur les mêmes modèles de pensée, de réussite, de production et de consommation, alors que c'est un mensonge qui met en péril les fondements mêmes de notre stabilité, de notre démocratie et que cela pourrait nous coûter notre liberté et notre avenir. Nicolas, merci d'avoir enfin craqué. Merci d'avoir permis ce moment tant attendu de grande clarification avant les élections européennes. Désormais les choses sont aussi nettes que le vote d'un amendement : on adopte, on rejette, ou on s'abstient. Les Français ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas. S'ils choisissent la croyance plutôt que la connaissance, s'ils choisissent les discours enjoliveurs du gouvernement contre sa réalité brute, ils le feront en âme et conscience.

Claire Nouvian, fondatrice de Bloom

BIENVENUE AU PAYS DE L'OURS

La lettre du "Pays de l'ours"

Démission de Nicolas Hulot : Et maintenant ? nicolas-hulot-un-bilan-en-creux_4140101_540x269p.jpg Les raisons pour lesquelles Nicolas Hulot quitte le gouvernement ne peuvent qu’inquiéter toute personne sensible à la cause environnementale. Que Nicolas Hulot, ministre compétent et motivé, considère que ce gouvernement n’intègre pas les enjeux écologiques dans ses décisions et sa politique n’augure rien de bon pour l’avenir de la planète, y compris de l’humanité elle-même.

Le Premier Ministre et le Président de la République clament depuis qu’ils s’engagent à poursuivre le travail engagé avec Nicolas Hulot au Ministère de la Transition Ecologique.

Il se trouve que le « Plan d’action Ours brun – Pyrénées » fait partie des rares « petits pas » gagnés par Nicolas Hulot et rien ne saurait en effet justifier qu’il soit maintenant remis en cause : • La consultation publique réalisée cet été est sans ambiguïté : près de 90% des Français soutiennent cette décision ! • La restauration d’une population viable d’ours demeure une obligation légale de la France, comme l’a confirmé le Tribunal administratif le 6 mars dernier en condamnant l’Etat pour son inaction dans ce domaine !

Alors quoi … ?

Soit le gouvernement respecte le travail de Nicolas Hulot en matière de biodiversité et poursuit normalement la mise en œuvre du plan d’action pour l’ours qu’il a adopté ce printemps, à commencer par le lâcher de deux ourses cet automne en Béarn ;

Soit l’analyse de Nicolas Hulot justifiant son départ serait confirmée au-delà même de ses craintes : les lobbies gouvernent en France, l’intérêt général est soumis aux intérêts privés et économiques à court terme, et tout espoir de transition écologique s’évapore « durablement » ...

Ensemble, sauvons l'ours dans les Pyrénées. Adhérez et/ou faites un don à Pays de l'Ours - Adet http://paysdelours.com/

Ensemble, sauvons l'ours dans les Pyrénées. Adhérez et/ou faites un don à Pays de l'Ours - Adet

PLUIES MEDITERRANEENNES INTENSES: "un automne difficile" en perspective

une dépêche de l' AFP du 5 septembre épisodes cévenols.jpg Le phénomène des pluies méditerranéennes intenses, ou "épisodes cévenols", "est en train de s'accentuer, et cela est bien sûr lié au changement climatique", a averti mercredi le Préfet de la région Paca, craignant "un automne difficile".

"Le changement climatique contribue au réchauffement maritime", a souligné Pierre Dartout, dans le cadre du lancement d'une campagne d'information sur ces pluies intenses qui frappent régulièrement les 15 départements de l'arc méditerranéen de septembre à décembre, comme en octobre 2015 dans les Alpes-Maritimes, avec 20 morts: "Et le réchauffement de la Méditerranée cet été peut faire craindre un automne difficile", avertit le Préfet, également à la tête de la Zone de défense et de sécurité Sud qui regroupe Paca, l'Occitanie et la Corse.

Caractérisés par des précipitations d'au moins 150 mm en 24 heures, pour des précipitations annuelles de 600 à 750 mm pour l'arc méditerranéen, ces pluies méditerranéennes intenses peuvent atteindre des pics avec 40 mm à 100 mm par heure. En 2014, à Vallon-Pont-d'Arc, l'Ardèche avait ainsi vu son débit passer de 40 à 2270 mètres cubes par seconde en l'espace de 5 heures.

"La première chose à éviter est en fait de prendre sa voiture, un tiers des victimes de ce genre de phénomènes sont des automobilistes", a souligné Ghislaine Verrhiest-Leblanc, chargée de mission inondation pour l'arc Méditerranéen, en rappelant que 30 cm d'eau suffisent à emporter un véhicule. A Mandelieu-la-Napoule, en 2015, huit des victimes se sont ainsi noyées en tentant de rejoindre leurs véhicules dans des parkings-souterrains.

"S'informer, ne pas prendre sa voiture, se réfugier en hauteur dans les bâtiments, ne pas chercher ses enfants à l'école", etc: cette campagne d'information sur les "épisodes cévenols" liste notamment "les 8 bons comportements" à respecter en cas de pluie-inondation.

Pour s'informer, les habitants peuvent notamment compter sur le site www.vigicrues.gouv.fr ou sur le site de Météo France, où la carte de vigilance crues est actualisée au moins deux fois par jour, à 06h00 et 16h00.

Conséquences de la conjonction de trois paramètres, un vent de mer de basse altitude, une température élevée de la Méditerranée et un courant froid en haute altitude sur les terres, ces "épisodes cévenols" frappent bien au delà des Cévennes, avec trois départements particulièrement touchés sur les 15 concernés par cette campagne: le Gard, l'Hérault et l'Ardèche.

SAUVER LA TERRE Une tribune du journal LE MONDE du 3 septembre

afp.jpg « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète

D’Alain Delon à Patti Smith, tous ont répondu à l’appel de Juliette Binoche et de l’astrophysicien Aurélien Barrau pour une action politique « ferme et immédiate » face au changement climatique.

Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire

Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire. Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire. De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

Isabelle Adjani, actrice ; Laure Adler, journaliste ; Pedro Almodovar, cinéaste ; Laurie Anderson, artiste ; Charles Aznavour, chanteur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Pierre Arditi, acteur ; Niels Arestrup, acteur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, cinéaste ; Yvan Attal, acteur, cinéaste ; Josiane Balasko, actrice ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Alain Benoit, physicien (Académie des sciences) ; Jane Birkin, chanteuse, actrice ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Gilles Boeuf, biologiste ; Mathieu Boogaerts, chanteur ; John Boorman, cinéaste ; Romane Bohringer, actrice ; Carole Bouquet, actrice ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Zabou Breitman, actrice, metteuse en scène ; Nicolas Briançon, acteur, metteur en scène ; Irina Brook, metteuse en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, cinéaste ; Florence Burgat, philosophe ; Gabriel Byrne, acteur ; Cali, chanteur ; Sophie Calle, artiste ; Jane Campion, cinéaste ; Isabelle Carré, actrice ; Emmanuel Carrère, écrivain ; Anne Carson, auteure et professeure ; Michel Cassé, astrophysicien ; Laetitia Casta, actrice ; Bernard Castaing, physicien (Académie des sciences) ; Antoine de Caunes, journaliste, cinéaste ; Alain Chamfort, chanteur ; Boris Charmatz, chorégraphe ; Christiane Chauviré, philosophe ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; François Civil, acteur ; Hélène Cixous, écrivaine ; Isabel Coixet, cinéaste ; Françoise Combes, astrophysicienne (Collège de France) ; François Cluzet, acteur ; Gregory Colbert, photographe, cinéaste ; Bradley Cooper, acteur ; Brady Corbet, acteur ; Béatrice Copper-Royer, psychologue ; Marion Cotillard, actrice ; Denis Couvet, écologue ; Camille Cottin, actrice ; Clotilde Courau, actrice ; Franck Courchamp, écologue (Académie européenne des sciences) ; Nicole Croisille, chanteuse ; David Cronenberg, cinéaste ; Alfonso Cuaro, cinéaste ; Willem Dafoe, acteur ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Sébastien Delage, musicien ; Vincent Delerm, chanteur ; Alain Delon, acteur ; Catherine Deneuve, actrice ; Claire Denis, cinéaste ; Philippe Descola, anthropologue (Collège de France) ; Alexandre Desplat, compositeur ; Manu Dibango, musicien ; Hervé Dole, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Valérie Dréville, actrice ; Diane Dufresne, chanteuse ; Sandrine Dumas, actrice, metteuse en scène ; Romain Duris, acteur ; Lars Eidinger, acteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, physicien (Académie des sciences) ; Ralph Fiennes, acteur ; Frah (Shaka Ponk), chanteur ; Cécile de France, actrice ; Stéphane Freiss, acteur ; Thierry Frémaux, directeur de festival ; Jean-Michel Frodon, critique, professeur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Pierre-Henri Gouyon, biologiste ; Julien Grain, astrophysicien ; Anouk Grinberg, actrice ; Mikhaïl Gromov, mathématicien (Académie des sciences) ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Arthur H, chanteur ; Ethan Hawke, acteur ; Christopher Hampton, scénariste ; Nora Hamzawi, actrice ; Ivo Van Hove, metteur en scène ; Isabelle Huppert, actrice ; Agnès Jaoui, actrice, cinéaste ; Michel Jonasz, chanteur ; Camelia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue (Académie des sciences) ; Juliette, chanteuse ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Mathieu Kassovitz, acteur ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Cédric Klapisch, cinéaste ; Thierry Klifa, cinéaste ; Panos H. Koutras, cinéaste ; Lou de Laâge, actrice ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Laurent Lafitte, acteur ; Laurent Lamarca, chanteur ; Maxence Laperouse, comédien ; Camille Laurens, écrivaine ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Sandra Lavorel, écologue (Académie des sciences) ; Jude Law, acteur; Patrice Leconte, cinéaste ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gérard Lefort, journaliste ; Nolwenn Leroy, chanteuse ; Peter Lindbergh, photographe ; Louane, chanteuse ; Luce, chanteuse ; Ibrahim Maalouf, musicien ; Vincent Macaigne, metteur en scène, acteur ; Benoît Magimel, acteur ; Yvon Le Maho, écologue (Académie des sciences) ; Andreï Makine, écrivain de l’Académie Française ; Abd al Malik, rappeur ; Sophie Marceau, actrice ; Virginie Maris, philosophe ; André Markowicz, traducteur ; Nicolas Martin, journaliste ; Vincent Message, écrivain ; Wajdi Mouawad, metteur en scène ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Arthur Nauzyciel, metteur en scène ; Safy Nebbou, cinéaste ; Pierre Niney, acteur ; Helena Noguerra, chanteuse ; Claude Nuridsany, cinéaste ; Michael Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Clive Owen, acteur ; Corine Pelluchon, philosophe ; Laurent Pelly, metteur en scène ; Raphaël Personnaz, acteur ; Dominique Pitoiset, metteur en scène ; Denis Podalydès, acteur ; Pomme, chanteuse ; Martin Provost, cinéaste ; Olivier Py, metteur en scène ; Susheela Raman, chanteuse ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Régine, chanteuse ; Cécile Renault, astrophysicienne ; Robin Renucci, acteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Tim Robbins, acteur ; Muriel Robin, actrice ; Isabella Rossellini, actrice ; Brigitte Roüan, actrice, cinéaste ; Carlo Rovelli, physicien (Institut universitaire de France) ; Eric Ruf, directeur de la Comédie-Française ; Céline Sallette, actrice ; Rodrigo Santoro, acteur ; Marjane Satrapi, cinéaste ; Kristin Scott Thomas, actrice ; Albin de la Simone, musicien ; Abderrahmane Sissako, cinéaste ; Marianne Slot, productrice ; Patti Smith, chanteuse, écrivaine ; Sabrina Speich, géoscientifique ; Marion Stalens, réalisatrice ; Kristen Stewart, actrice ; Tom Stoppard, dramaturge ; Peter Suschitzky, chef opérateur ; Malgorzata Szumowska, cinéaste ; Béla Tarr, cinéaste ; Gilles Taurand, scénariste ; Alexandre Tharaud, musicien ; James Thierrée, danseur, chorégraphe ; Mélanie Thierry, actrice ; Danièle Thompson, cinéaste ; Melita Toscan du Plantier, attachée de presse ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; John Turturro, acteur ; Hélène Tysman, pianiste ; Pierre Vanhove, physicien ; Karin Viard, actrice ; Polydoros Vogiatzis, acteur ; Rufus Wainwright, chanteur ; Régis Wargnier, cinéaste ; Jacques Weber, acteur ; Wim Wenders, cinéaste ; Sonia Wieder-Atherton, musicienne ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; Jia Zhang-ke, cinéaste ; Elsa Zylberstein, actrice

LA GAZETTE D'AOUT

A propos de Nicolas HULOT

Parmi les nombreux articles de presse qui relate la démission de Nicolas Hulot du gouvernement Macron , j'ai choisi celui de Laurent Ballesta écrit dans Midi Libre.

Vous connaissez peut-être Laurent, biologiste et photographe sous-marin montpelliérain. Durant près de 14 ans, il accompagna Nicolas Hulot au cours de ses expéditions pour Ushuaïa Nature Laurent Ballesta.jpg

Voici ce qu'il écrivait le 28 août, au soir de la démission de son ami Nicolas.

"La mer est sublime ce matin, épaisse et limpide à la fois, comme seule la Méditerranée sait l’être. En sortant de l’eau, il n’est pas encore 8h30, la journée s’annonce belle, et puis hélas j’allume la radio. Nicolas Hulot démissionne.

La stupéfaction est aussi grande pour les intervieweurs que pour les auditeurs. Son ton calme et ému, ni rageur, ni vengeur impose le respect et c’est à peine si les journalistes osent l’interrompre. On assiste, presque muet, à un instant de grâce, quand bien même est-il dramatique.

Bien sûr, dans un sursaut d’égo d’animatrice vedette, on lui pose cette question vicieuse pour savoir si ce renoncement ne serait pas l’aveu de son incompétence. Il répond "peut-être" parce que, lui, en a fini depuis longtemps, avec l’orgueil.

Moi je crois savoir que ce boulot il le fait pour de bonnes raisons, pas pour une bonne fonction. Pouvoir d’influence, avantage de la notoriété, Nicolas n’a jamais eu besoin d’être ministre pour posséder ces atouts-là.

Au contraire, en acceptant le poste, il savait qu’il les fragiliserait. Il n’avait rien de personnel à y gagner et il l’a fait quand même, preuve que c’est la cause et les convictions qui l’ont conduit à accepter. Et ce sont ces mêmes convictions qu’il le conduise aujourd’hui à refuser de continuer.

Je l’écoute et mes sentiments sont paradoxaux : je suis rassuré de voir qu’il existe encore des hommes influents avec autant d’intégrité, mais je suis angoissé par ce qui nous attend désormais. Je suis fier d’être l’ami d’un tel homme et déçu qu’il n’ait pas réussi plus longtemps.

*Il n’y a aucune raison d’être optimiste, mais il n’y aucun intérêt à être pessimiste*

J’entends déjà les sarcasmes des cyniques "je l’avais bien dit ! C’était foutu d’avance dans un tel gouvernement". Croyez-vous vraiment que Nicolas Hulot était si naïf ? Il est des causes trop sérieuses pour qu’on les passe au filtre du possible avant de les embrasser.

Je crois que Nicolas ne s’est jamais demandé si les ambitions étaient réalisables, seulement si elles étaient nécessaires. Il aura tout essayé au cours de sa carrière : nous émouvoir avec des films, faire de l’éducation avec sa fondation, du conseil auprès des présidents, du lobbying auprès des plus grandes sociétés, et puis enfin, entrer au gouvernement. On ne peut rien lui reprocher.

Dans ce moment de désespoir, je veux encore croire que le choc de son départ sera le défibrillateur qui va ranimer les consciences des gouvernants et des gouvernés. Il n’y a aucune raison d’être optimiste, mais il n’y aucun intérêt à être pessimiste.

Que l’on dise "ça va s’arranger" ou bien "de toute façon, c’est foutu", ces deux postures sont stériles. Mieux vaut encore se taire et agir. Puisqu’on ne lui permet plus d’agir, il a raison de partir et de se taire. Même si je veux croire à un sursaut futur.

En attendant, demain matin, je retournerai plonger, admirer des petits bouts de notre belle planète, explorer les fonds marins, y prendre du plaisir autant que possible, et même essayer de partager ce plaisir, essayer de profiter sans gaspiller, de jouir sans nuire.

NB: Si vous êtes Héraultais, vous avez reçu dans votre boîte aux lettres le magazine du département , un article lui est consacré." LAURENT BALLESTA, L'Odyssée d'un enfant d' iciCes photos seront exposées à Pierres Vives du 27 octobre au 9 février.

Il a aussi écrit la préface du nouveau livre de notre ami Philippe Martin "Hyper Nature OCEANS . On en reparlera.

Si vous aimez la plongée , visualisez "Requins dans la nuit" https://www.facebook.com/artetv/videos/10155559949728945/?t=19 Requins.jpg

*Une dépêche de l'AFP du 23 août.

Pyrénées: une majorité favorable à la réintroduction de l'ours, selon les pouvoirs publics

8598621c1088a5aef5a84094c6c50667a3c8624b.jpg AFP/Archives / GEORGES GOBET

Une nette majorité de quelque 6.000 internautes français consultés en juillet sont favorables à la prochaine introduction de deux ourses dans les Pyrénées**

Une nette majorité de quelque 6.000 internautes français consultés en juillet sont favorables à la prochaine introduction de deux ourses dans les Pyrénées voulues par Nicolas Hulot, y compris parmi les habitants des six départements du massif.

Selon les résultats publiés jeudi d'une consultation publique sur internet organisée du 25 juin au 25 juillet par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et la région Occitanie, 8,9% des participants seulement ont émis un avis défavorable contre 88,9% de favorables, le reste des votes étant neutres ou nuls. Sur les 5.970 réponses enregistrées, 26,5 % émanent des six départements pyrénéens. Ceux-ci se sont prononcés à 71,6% en faveur de l'ours, contre 25,4% qui y sont hostiles. Des chiffres qui tombent à 58,6% pour et 41,4% contre si on ne tient compte que des avis émanant des habitants des communes béarnaises de montagne où l'introduction est projetée. Ces résultats font partie d'un processus de consultation lancé par les pouvoirs publics. Des documents en espagnol avaient aussi été mis en ligne.

"L’argumentaire pour le renforcement de la population ursine est dominé par des préoccupations écologiques, patrimoniales, éthiques et économiques", ont souligné la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et la région Occitanie dans un communiqué.

Ceux opposés font état d'"une incompatibilité de cette action avec le pastoralisme, une atteinte au développement de la région et à sa sécurité ainsi qu’une action inutile et coûteuse".

Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot est attendu prochainement dans les Pyrénées-Atlantiques pour présenter son projet d'introduction de deux ourses slovènes mais aucune date n'a été fixée officiellement.

L'Etat avait défini en mai son plan ours pour 2018-2028, destiné à préserver l'ours brun dans les Pyrénées, y compris par l'introduction d'individus, provoquant la colère de nombreux éleveurs et d'élus dans les Pyrénées.

Il reste deux mâles dans les Pyrénées-Atlantiques, dont le fils de Cannelle, dernière représentante de l'ours de souche des Pyrénées, tuée par un chasseur en 2004.

La vie marine sauvage est en train de disparaître AFP.jpg Une petite île entourée de corail au large de l'Australie - qui pourrait être menacée, comme le peu de vie marine sauvage qui reste encore sur la planète, par le frêt maritime, la pollution et la surpêche. Photo non datée de Bruce Rocherieux, rendue publique par l'Université de Queensland, en Australie, le 27 juillet 2018

Sydney (AFP) Il ne reste plus que 13% des océans de la planète pouvant être considérés comme sauvages, et ils pourraient disparaître complètement d'ici 50 ans, conséquence de l'augmentation du fret maritime, de la pollution et de la surpêche, selon une étude scientifique.

Une équipe internationale de chercheurs a analysé les impacts humains sur l'habitat marin, entre ruissellements et augmentation du transport maritime.

Les scientifiques emmenés par Kendall Jones, de l'Université du Queensland, ont établi une cartographie des zones sous-marines considérées comme intactes et les écosystèmes "pour l'essentiel libres de perturbations humaines".

D'après leur étude publiée par le journal Current Biology, on trouve la plus grande partie des zones sauvages dans l'Antarctique et l'Arctique ainsi que près d'îles reculées du Pacifique. Les zones côtières proches d'activités humaines sont celles où la vie marine est la moins florissante.

"Les zones marines qui peuvent être considérées comme intactes sont de plus en plus rares à mesure que les flottes marchandes et de pêche étendent leur champ d'action à la quasi totalité des océans du monde et que les ruissellements de sédiments ensevelissent de nombreuses zones côtières", a déclaré M. Jones.

"L'amélioration des technologies du transport maritime signifie que les zones les plus reculées et sauvages pourraient être menacées à l'avenir, y compris les zones jadis recouvertes par la glace désormais accessibles à cause du changement climatique". Selon les chercheurs, seuls 5% des zones restées sauvages sont situés dans des régions protégées. Le restant est d'autant plus vulnérable.

Les chercheurs appellent au renforcement de la coopération internationale pour protéger les océans, lutter contre la surpêche, limiter les extractions minières sous-marines et réduire les ruissellements polluants.

"Les régions maritimes sauvages constituent un habitat vital à des niveaux sans égal, comprennent une abondance énorme d'espèces et de diversité génétique, ce qui leur donne de la résistance face aux menaces comme le changement climatique", a expliqué James Watson, de la Wildlife Conservation Society australienne.

"Nous savons que ces zones diminuent de façon catastrophique. Leur protection doit devenir l'objectif d'accords environnementaux multilatéraux. Faute de quoi, elles disparaîtront vraisemblablement d'ici 50 ans".

En 2016, l'ONU a commencé à travailler sur un accord international qui régirait et protègerait la haute mer.

"Cet accord aurait le pouvoir de protéger de vastes espaces en haute mer et pourrait représenter notre meilleure chance de protéger la dernière vie marine sauvage", souligne M. Jones.

LA GAZETTE DE JUILLET

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE VA BOULEVERSER LES PAYSAGES MEDITERRANEENS

10 juillet 2018 / Entretien avec Pierre Lieutaghi pour Reporterre

CLM1.jpg Les paysages des régions méditerranéennes vont considérablement changer dans l’avenir sous l’effet des changements climatiques. Peut-on imaginer à quoi ils ressembleront ? Sommes-nous en mesure de limiter ces transformations ? Peut-on appeler la « nature » à la rescousse ? L’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi partage ses enseignements et réflexions.

Pierre Lieutaghi est écrivain et ethnobotaniste. Il vit en haute Provence depuis 1965. Attaché au Muséum national d’histoire naturelle (Paris), il a publié de nombreux livres et articles décrivant les relations entre plantes et sociétés. Concepteur des jardins ethnobotaniques de Salagon, à Mane (Alpes-de-Haute-Provence), il codirige un séminaire d’ethnobotanique du domaine européen.

Reporterre — Vous avez réédité votre ouvrage « Une ethnobotanique méditerranéenne ». Dans la préface, vous expliquez que les modifications des conditions climatiques vous y ont poussé. Pourquoi ?

Pierre Lieutaghi — En dix ans, les contingences environnementales ont tellement changé qu’il fallait aussi revoir ce qui avait été écrit, et traiter de nouvelles questions. Les milieux méditerranéens n’ont pas encore changé de façon visible, mais les hypothèses sur leur devenir sont à réviser au regard de ce qu’on sait du changement climatique. Par exemple, les prévisions de l’Inra [l’Institut national de la recherche agronomique], revues récemment, montrent qu’à l’horizon 2100, les conditions propres à la croissance du chêne vert auront disparu en basse région méditerranéenne. Or, c’est l’arbre emblématique du climat méditerranéen, en tout cas celui de la France. De gros bouleversements sont annoncés. Ce qu’on sait : la physionomie de la végétation méditerranéenne va changer complètement alors qu’elle est restée plus ou moins stable pendant 5.000 ans, avec un regain extraordinaire de la couverture forestière au XXe siècle à la suite des changements socio-économiques.

Vous écrivez qu’il y a toujours eu changement climatique mais la question de sa rapidité est essentielle…

Il est très difficile d’extrapoler à partir d’un seul moment du temps. Depuis la fin de la dernière glaciation, il y a eu des oscillations climatiques, avec des périodes plus froides, d’autres plus chaudes. Il se pourrait qu’on soit dans une de ces oscillations. Beaucoup de facteurs interviennent, dans les régions méditerranéennes en particulier, mais le régime « classique » — pluies d’automne et de printemps, sécheresse d’été — pourrait évoluer vers un système à deux saisons, une sèche et une humide, sans étapes intermédiaires bien définies. De début mai à fin novembre 2017, il est tombé 4 cm d’eau dans les Alpes-de-Haute-Provence. La pluviométrie des 11 premiers mois de 2017 (250 mm) était celle du Mali ! Il y a aussi eu de grosses sécheresses avec beaucoup de morts d’arbres à la fin des années 2000. Mais on ne peut pas extrapoler à partir de dix ans de données. En tout cas, les forestiers méridionaux n’ont jamais enregistré autant de dépérissements d’arbres, depuis qu’ils les consignent, que dans les années 2000 et particulièrement en 2017.

Les essences ne sont pas toutes concernées de la même manière. Le dépérissement du couvert ligneux dépend aussi des conditions de sol — superficiel ou plus ou moins profond —, de la situation topographique — plaines, pentes —, de l’exposition. En 2017, j’ai vu des zones de chênaie blanche totalement sèches. Mais les arbres feuillus peuvent redémarrer de souche, on ne peut pas dire que le pays soit en train de mourir… Cependant, en mai 2018, on se rend compte que l’été dernier a détruit une bonne partie des populations de thym. Les récolteurs professionnels ont des problèmes. Que se passera-t-il l’an prochain si la sécheresse recommence ? Les changements dans le peuplement végétal peuvent donc se manifester avec violence.

Cette grande variabilité climatique cause-t-elle des problèmes d’adaptation aux plantes ?

Elle peut provoquer des disparitions soudaines. Le pin d’Alep avait envahi tout le bassin méditerranéen en 130 ans, notamment du fait de l’abandon des espaces agricoles collinaires et pastoraux depuis la fin du XIXe et des incendies. Si le Sud évolue vers des conditions semi-désertiques, cet arbre ne trouvera plus des conditions favorables. On peut donc imaginer sa progression vers le nord. Mais il ne supporte pas le froid au-dessous de - 15 °C, qui peut sévir en-dehors de son aire actuelle. La disparition des conditions favorables à la croissance d’une espèce méridionale ne suppose pas ipso facto qu’on les trouvera toutes réunies plus au nord. Des espèces végétales et animales seront prises au piège. D’autres plantes vont migrer plus facilement, comme le genévrier cade. Beaucoup de zones ouvertes sont favorables à cet arbuste qui lève en pleine lumière, à la différence de beaucoup d’essences forestières. Mais les animaux qui en propagent les fruits seront-ils toujours présents ? Les populations de grives sont en chute vertigineuse.

CLM2.jpg Redémarrage du chêne pubescent au printemps 2018 après la sécheresse et le dépérissement de 2017, en haute Provence.

Comment voyez-vous le paysage méditerranéen à l’horizon 2050, 2080 ?

Dans les zones aujourd’hui les plus sèches, rocailleuses et sans réserve d’eau, il est possible qu’on évolue vers un paysage de pelouses maigres / garrigues basses, quelques ligneux plus élevés subsistant seulement sur les sols les plus profonds : ce serait un paysage analogue à celui du sud de l’Andalousie aujourd’hui.

L’aridité croissante est-elle une tendance lourde ?

Les grandes sécheresses de la fin des années 2000 ont fait dépérir beaucoup d’arbres. À la fin du XXe siècle, on pariait encore sur le chêne blanc comme future essence dominante en France méditerranéenne. On observait alors son extension dans l’aire du chêne vert. Trente ans plus tard, la hausse des températures et les sécheresses amènent à réviser ces prévisions trop optimistes. Le pin sylvestre, qui se substitue au chêne blanc sur les ubacs [L’ubac est le versant d’une vallée de montagne qui bénéficie de la plus courte exposition au soleil] de l’arrière-pays méditerranéen, connaît lui aussi un dépérissement très important. Il pourrait disparaître à court terme. Quant au chêne vert, il pourrait gagner vers la Bretagne et la Basse-Normandie. Dans le même temps, le besoin d’hygrométrie élevée du hêtre le fait disparaître de ses localités de plaine et se réfugier dans les hauteurs.

Puisque l’on parle des capacités de la forêt méditerranéenne, que pensez-vous du projet de centrale à biomasse de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône ?

La centrale à biomasse de Gardanne est un mensonge à validation « verte ». On prétend que brûler du bois relève de l’emploi raisonnable des énergies renouvelables. Mais la forêt n’est d’abord renouvelable que pour elle-même, dans des contingences particulières, sur des délais de l’ordre du siècle. On dit aussi que brûler du bois polluerait moins que le charbon. Si la consumation du bois n’émet pas d’oxyde de soufre, elle disperse davantage de particules fines pour la même quantité de CO2. L’argument que la forêt serait un puits de carbone renouvelable éternellement est faux. Même en laissant vieillir les taillis pendant 40 à 50 ans — ce qui est peu probable avec des besoins comme ceux de Gardanne —, on ne compensera jamais les émissions de CO2 de sa consumation. La consommation de la centrale de Gardanne à plein régime, c’est 900.000 tonnes de bois/an. Il pourrait alors provenir de toute la région entre Gap et l’Aigoual. Pour le moment, le bois est importé du Nouveau Monde [Amérique], c’est une aberration.

Le problème majeur, c’est l’alibi vert. Hulot l’a entériné quand il est passé à Salagon [Pendant la campagne des législatives, Nicolas Hulot est venu soutenir la candidature de Christophe Castaner dans les Alpes-de-Haute-Provence.] : « Dans biomasse, il y a bio, donc, en soi, quelque chose de bien. » Biomasse, biodiversité… C’est une vitrine, il faut voir ce qu’il y a derrière : 900.000 tonnes de bois, exprimé en chêne sec bien rangé en tas, c’est 1 km² sur 1,8 m de haut. La forêt est d’autant moins capable de répondre à ce genre de demande que sa production va baisser avec l’évolution climatique. En 2017, les arbres ne se sont pas accrus en circonférence à cause de la sécheresse.

CLM3.jpg Le dépérissement du pin sylvestre, en haute Provence, en 2016.

Que nous enseigne l’ethnobotanique sur la façon dont l’homme peut vivre les conséquences du changement climatique ?

L’ethnobotanique est une bonne façon de comprendre les relations que les sociétés établissent en elles-mêmes et avec le monde. Elle s’intéresse à tous les faits sociaux associés aux plantes, plantes comme entités singulières ou milieux végétaux. Les sociétés préhistoriques, et celles qu’on disait « primitives », celles qui ont survécu de façon à peu près identique parfois jusqu’au XXe siècle, comptaient peu de membres, l’environnement leur fournissait l’essentiel des moyens de subsistance. À partir du Néolithique, ou de l’arrivée des blancs, les possibilités d’équilibre avec le milieu ont été mises à mal. L’Antiquité pensait que le monde était infini, ce qui permettait des prélèvements infinis. Les Romains en ont profité pour dévaster le bassin méditerranéen. Aujourd’hui, même si l’on sait qu’on vit dans un monde fini, on se comporte toujours comme les Romains. En même temps, on sait qu’on ne peut plus vivre des seules ressources fournies par l’environnement naturel. C’est une Terre transformée qu’il faut rénover, sans s’illusionner sur un « retour » quelconque à des équilibres perdus.

L’ethnobotanique ne propose aucune suggestion quant à l’avenir des sociétés. Elle arrive sans doute bien tard pour questionner des pratiques qui ont déjà limité les possibilités d’évolution du monde. Du moins peut-elle s’interroger sur le concept moderne de nature. Dans nos sociétés urbaines industrielles, la nature excuse et masque beaucoup de dégâts. Quand on achète un sac en plastique « compostable », donc plutôt bienfaisant pour la nature, on oublie le maïs ultrapolluant qui a fourni la matière première.

Mais érigée en valeur, la nature ne peut-elle pas être un aiguillon pour sa protection, comme à Notre-Dame-des-Landes, où l’on entend : « Nous sommes la nature qui se défend ? »

Oui, sans doute, mais je m’interroge sur la validité de ce mot, « nature ». C’est qui, c’est quoi, la « nature » ? Une sorte de Gaïa toute puissante qui, un jour, nous punira pour nos errements (ce qui, d’une façon allégorique, est en train de se vérifier…) ? Existe-t-il une « vérité de la nature » ? Pourquoi le discours actuel sur la nature suppose-t-il, en tout cas chez beaucoup de ceux que la question concerne, qu’elle détient une vérité essentielle, menacée par l’entreprise humaine de dévoiement ? Cette position est extrêmement dangereuse. Je me qualifie toujours de « naturaliste », mais je ne veux plus employer de façon hasardeuse le mot « nature », trop chargé, trop encombré d’investissements contradictoires. Le « vrai » n’est pas dans la nature, c’est nous qui le construisons et le révisons sans cesse, au regard des avancées de l’éthique, de la relation aux autres, des efforts pour éclairer notre propre histoire… La nature, pour ce qui me concerne, n’est pas une interlocutrice valable par elle-même. Je préfère parler de multiplicité vivante, d’un système de transformations-stabilisations-transformations, etc. où nous avons désormais un rôle déterminant à jouer, d’urgence. Mais l’éthique, la morale ne sont pas du ressort de la nature, cela nous appartient, à nous seuls. C’est parce que nous n’avons pas travaillé à construire de la vérité humaine au regard de la nature que nous lui demandons maintenant d’intervenir à notre place.

Ne peut-on pas ressentir une urgence, une inquiétude en voyant le climat muter, les paysages disparaître ? L’homme ne peut-il pas agir ou, du moins, ne plus agir ?

La conscience de l’urgence est largement partagée mais non moins largement évacuée. Évidemment nous pouvons agir, déjà pour ne pas détruire davantage. Cela dit, je ne peux que voir s’additionner les raisons d’inquiétude. Dans le village où j’habite, on ne voit plus que des pigeons, des moineaux, des choucas et des étourneaux ! Les martinets — des citadins en grande extension — n’équilibrent pas la chute des populations d’hirondelles. Les oiseaux des lieux habités — mésanges, fauvette des jardins, rouges-queues, etc. — se font rares. Il y a 20 ans, les bandes de fringilles (chardonnerets, linottes, verdiers, etc.), qui fréquentaient l’espace agricole en hiver, pouvaient rassembler plus d’une centaine d’oiseaux. Désormais, c’est rarement plus d’une dizaine. La chute des populations d’oiseaux va de pair avec celle des insectes. Les champs de la grande culture industrielle sont aujourd’hui traités en « préparation au semis direct », avec emploi massif d’herbicides. Non sans qu’on invoque l’argument vert : « Vous voyez, nous, on ne laboure pas, on n’agresse pas le sol ! » Le mensonge est partout, c’est la pollution majeure de notre temps. On ne s’en rend même plus compte, parce qu’on n’a pas mis en place les repères critiques nécessaires. Le mensonge va plus vite que notre aptitude à le repérer.

CLM4.jpg La « maladie de l’orme » (Luberon, 2016). Cyclique depuis le Néolithique, ce dépérissement (maladie cryptogamique propagée par un insecte) a quasiment détruit l’ensemble des ormes européens. Les arbres méridionaux repartent de souche. Dans le bois à l’arrière-plan, mort du pin sylvestre.

Et les agriculteurs eux-mêmes sont souvent contraints à ces pratiques…

Par ici, des agriculteurs possèdent dix tracteurs — parfois à plus de 100.000 euros pièce —, chacun avec un outil pour une seule opération agraire. Ils n’ont pas le temps de dételer. Ils peuvent travailler seuls des dizaines d’hectares. Incités par les banques à emprunter, ils bossent comme des malades. La fuite en avant est désespérée, car il n’y a plus personne à la campagne. La Provence est un pays de carte postale. Sur les plateaux d’Albion et de Valensole, on vient voir les lavandes depuis le Japon mais on n’y rencontre presque plus d’humains. C’est un autre paradoxe de l’idée moderne de nature. Quand on vient admirer les lavandes, on croit voir la nature dans sa splendeur. Que les paysages de lavandes d’aujourd’hui datent des années 1950 n’empêche pas les départements de la Drôme et des Alpes-de-Haute-Provence de construire leur développement touristique sur l’idée que ce paysage, désormais intégré à l’idée de nature, est ancestral, patrimonial. La nature a bon dos.

Vous parlez dans votre livre de la souplesse adaptative des plantes au changement climatique. L’homme en est-il capable ?

On sait que l’homme s’est installé partout, sous tous les climats, parfois dans des conditions extrêmes. Il présente une adaptabilité bien plus large que celle des autres êtres vivants les plus adaptables. Mais, désormais, il est aussi représentatif de ce qu’il fait subir à l’environnement : on est tous porteurs de microparticules de plastique et de diesel, de traces de pesticides, etc. La tension entre l’adaptabilité et ses conséquences sur l’environnement arrive au point de rupture.

C’est connu de tous : l’identité se construit dans le rapport à un espace, espace réel, paysage urbain ou rural, habitat, relations avec les autres qui le partagent, au moins autant qu’espace historique de « valeurs », etc. La rupture survient quand cette construction est impossible. La crise environnementale est peut-être d’abord celle-là : les gens ne sont plus que de nulle part, ne disposent plus de repères sûrs pour fabriquer une intelligence de la présence dans le monde. On a même supprimé le cachet qui disait d’où venait une lettre ! La nature contribue à la construction de la personne, mais un habitant du Larzac n’est pas pour autant meilleur qu’un Parisien. Ce qui revient à la nature, c’est de proposer des repères premiers. Pas des repères moraux ni idéologiques. Il s’agit de l’espace sensible, celui du regard, de la perception des signes, qui font la fois les limites de la personne sur la Terre et dans la société, et son aptitude à concevoir l’illimité. Les discours de l’extrême droite font souvent allusion aux « racines », là où serait la prétendue vérité des origines. Ce qui concerne les gens soucieux du monde, c’est le vent, celui qui emporte les feuilles mortes et dissémine les graines.

Pour ce qui me concerne, l’idée-force de l’humanité au XXIe siècle est celle de partage. Si on ne partage pas, on est fichus. C’est l’arme majeure contre les puissances d’accaparement. Mon espoir, c’est que les faucheurs volontaires d’arrogance, de bêtise et d’injustice se fassent de plus en plus actifs.

Propos recueillis par Charles Dannaud

LA GAZETTE DE JUIN

19 juin 2018

MIGRATIONS - Un texte d' Axel KHAN

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Homo erectus – ou son ancêtre – apparait en Afrique, sans doute de l’est, il y a deux millions d’années. On le retrouve en Géorgie il y a un million huit-cent mille ans, il conquiert le monde. Le premier Homo sapiens vit en Afrique il y a environ deux cent mille ans. Il atteint l’Afrique du nord et le Moyen-Orient, puis, vers moins soixante-dix mille ans avant notre ère, remonte vers le nord par ce qui est aujourd’hui Israël, la Syrie, la Turquie, bifurque vers l’Ouest et l’Europe, vers le sud-est vers le Golfe persique, il longe les côtes de la péninsule indienne et arrive en Indonésie. Cet homme moderne, notre semblable, est en Australie et en France il y a de cinquante à soixante mille ans, il a à son tour conquis le monde. Puis les peuples du croissant fertile du Tigre et de l’Euphrate apporteront l’agriculture en France et ailleurs quelques milliers d’années avant JC. Les civilisations européennes seront toutes, tour à tour, submergées par les migrations et les invasions de peuples de l’est et du nord, Francs, Huns, Angles, Saxons, Wisigoths, Ostrogoths, Vikings. Les envahisseurs et migrants seront eux-mêmes « envahis » par la culture des populations autochtones, avant de l’être par de nouvelles vagues d’humains que leur prospérité attire. Telle est l’histoire du monde. Partout, toujours.

Les temps récents ne font pas exception à cette constante de l’histoire, les temps modernes non plus. Que personne ne se fasse d’illusion. Un bloc d’un milliard trois cent millions d’Africains à croissance démographique encore soutenue ne restera pas immobile aux portes d’une Europe plus prospère de cinq cent-douze millions d’habitants dont la population d’origine est sur le déclin. Guerres ou pas guerres. L’immense majorité des migrants est mue aujourd’hui par l’espoir d’une vie meilleure. De tout temps, les vastes mouvements de migration ont entraîné des réactions d’hostilité de la part des peuples autochtones, Celtes, Gallo-Romains et autres. Les conséquences de ce phénomène changent d’impact à l’heure du suffrage universel. En Europe, les pays tombent les uns après les autres dans le camp d’une droite xénophobe qui a des contreparties américaines et asiatiques. Ce tableau réaliste pose la question lancinante de l’action à privilégier. Ce qu’il ne faut pas faire est le plus aisé à établir.

Nous sommes tous des humains. Ne pas tendre la main à ceux qui se noient, les pousser par des mesures diverses à prendre le risque de se noyer, séparer les enfants des familles, renvoyer les migrants dans des contrées où leur vie est menacée est inhumain. Ceux qui se rendent coupables de tels actes se déshumanisent eux-mêmes, ils sapent les fondements de toute société humaine.

Une attitude en apparence généreuse, la porte largement ouverte à tous ceux qui veulent entrer, est la certitude qu’elle se fermera pour un temps où règnera la brutalité, la violence, le racisme et où menaceront de nouvelles formes de fascisme. Tout le démontre, élection après élection. Aujourd’hui en Europe, une coalition proposant la fermeture des frontières, le retour des étrangers chez eux plus, sous une forme ou une autre, une politique sociale pour les « nationaux » l’emporterait à toute élection démocratique dans le monde, dans l’Union européenne en particulier. L’argument selon lequel, vu leurs richesses, cinq cents millions d’Européens peuvent bien recevoir quelques centaines de milliers de