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PRIVE DE PRINTEMPS !

Priver les Français de nature, la société de contrôle jusqu'à l'absurde

Convaincu des bienfaits de la marche et du contact avec la nature , je relaie dans la GAZETTE de GEOLOGICA ce long article de REPORTERRE

Reporterre1.jpg Les deux mois qu’a duré le confinement, les Françaises et les Français n’ont plus pu sortir librement dans la nature. Et la menace de cette interdiction n’est pas dissipée. Cette politique a nécessité des moyens policiers démesurés, avec drones et hélicoptères, maltraitant les humains, qui ont un besoin vital d’accéder aux espaces naturels.

Pendant deux mois, les Français ont été privés de printemps. Assignés à résidence, les yeux collés aux écrans, ils ont été comme coupés du vivant. Depuis fin mars, plusieurs arrêtés préfectoraux ont interdit l’accès aux espaces naturels pendant toute la période du confinement. Finies les balades en forêt, les marches au bord de l’eau, le plaisir d’être dehors alors que les jours s’allongent et que la nature se réveille. Au nom de la lutte contre la pandémie, les Français ont été arrachés à leurs biens communs.

La situation se poursuit aujourd’hui. Avec le déconfinement, le littoral reste sous haute surveillance. Les bivouacs en montagne restent interdits en Savoie et en Haute-Savoie. Les parcs urbains et périurbains sont inaccessibles dans les départements classés rouge. Et ce qui a été ré-autorisé dans les départements verts reste incertain : par un décret publié le 11 mai 2020, le gouvernement permet aux préfets de réinstaurer à tout moment une réglementation identique à celle en vigueur pendant le confinement. Reporterre2.jpg Dans les Hautes-Alpes.

À l’origine, ces mesures répondaient à l’urgence, à la nécessité d’endiguer, par tous les moyens possibles, la « vague » qui déferlait sur le pays. L’interdiction des espaces naturels et l’obligation de rester cantonné à un kilomètre de chez soi avaient le mérite de la simplicité. Ces dispositions étaient facilement applicables et contrôlables.

Et partout en France, les préfets ont serré la vis, dans une sorte de surenchère. Au total, plus d’une vingtaine de départements ont interdit explicitement l’accès aux espaces naturels. Dans la Meuse, les forêts ont été désertées, alors qu’elles représentent 37 % de la superficie du département. Les autorités y ont interdit les promenades, les cueillettes et la coupe de bois. Des activités jugées « non indispensables », même si nombre de personnes, localement, en tirent des ressources ou un moyen de chauffage.

« Au lieu de laisser la population se disperser en plein air, on l’a concentrée dans des zones réduites »

Dans le Cher, un département traversé de nombreux cours d’eau, le préfet a interdit de fréquenter les bords des canaux, des rivières, des étangs, des plans d’eau et des chemins de halage. « La course, seul, au bord d’un lac, n’est plus autorisée », expliquait Sylvie Berthon, sous-préfète de Vierzon, dans les colonnes du journal le Berry. Selon elle, cette initiative permettait de « freiner la propagation du Covid-19 en limitant fortement la circulation des personnes ».

Dans les Ardennes, c’est par Twitter que la préfecture a enjoint à la population de rester chez elle.

Encore bien trop de monde sur nos sentiers & le long de la voie verte ! @Prefet08 rappelle que l'accès aux parcs, jardins municipaux, voies pédestres & cyclables, berges de canaux & cours d'eau, bases de loisirs, bois, forêts, sentiers de randonnées est strictement interdit !

En Haute-Savoie, les autorités ont même interdit de se déplacer à plus de 100 mètres de dénivelé de son domicile. « Une aberration », pour l’écrivain et alpiniste François Labande, également administrateur du Parc national des Écrins. « La préfecture méconnaît les reliefs de nos vallées, dit-il à Reporterre. Même à moins d’un kilomètre de chez moi le dénivelé est plus important. Ces décisions sont inadaptées au milieu rural et à la montagne. Elles ont été imposées en bloc, sans discernement. »

Peu à peu, l’incompréhension a grandi devant ces mesures coercitives. « Une fois la sidération et le choc de l’épidémie passés, on s’est rendu compte que ces interdictions n’avaient aucune justification sanitaire », raconte Frédi Meignan, le président de l’association Mountain Wilderness ; « il ne s’agit pas d’appeler à faire n’importe quoi, du parapente ou de l’alpinisme, mais je ne vois pas en quoi se promener seul dans la nature pourrait accélérer la transmission du virus. »

Alors que le gouvernement enjoignait à la population de reprendre le travail, le contraste devenait saisissant à mesure que le confinement durait, entre les plages désertes et les métros bondés, les grandes surfaces saturées de monde et les forêts silencieuses. « Le virus circule d’abord dans des lieux confinés et denses. Au lieu de laisser la population se disperser en plein air, on l’a concentrée dans des zones réduites. C’est complètement absurde, s’emporte le professeur de santé publique et épidémiologiste Laurent Gerbaud. C’est sûr qu’il valait mieux que les gens restent dans les couloirs d’immeuble pour bien se contaminer les uns et les autres ! » ironise-t-il.

Dans un premier temps, les autorités ont justifié ces mesures en disant qu’elles permettraient de ne pas saturer les urgences. En réalité, « dans la majeure partie du territoire national, les urgences ont travaillé en sous-régime, à 60 % », relate Laurent Gerbaud. Par ailleurs, « se balader seul n’est pas de nature à inonder les services hospitaliers, dit l’accompagnateur en montagne Billy Fernandez. Sur environ 10 millions de pratiquants, la randonnée génère moins de 20 accidents mortels par an dans notre pays, alors que les accidents domestiques sont à l’origine de 20.000 morts chaque année. »

« Le gouvernement a voulu afficher un visage autoritaire »

Plusieurs professionnels de santé ont pris position. En plein confinement, l’influent président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, a invité le gouvernement « à donner de l’air aux Français » sur Franceinfo.

"Si on ne laisse pas aux gens un peu de respiration tout en respectant les mesures barrière, on va avoir des personnes qui vont se retrouver en burn-out, en complète dépression, parce qu’ils ne supportent plus le confinement. Et puis, on va avoir des problèmes de couple, avec des violences conjugales qui commencent à se produire. »

Contacté par Reporterre, le psychiatre Christophe André voit dans cette interdiction « un terrible gâchis. De nombreuses études scientifiques ont prouvé que l’accès à la nature renforce notre immunité. Cette situation est d’autant plus regrettable qu’elle renforce les inégalités sociales et fragilise les populations les plus vulnérables, qui n’ont pas accès à des jardins privatifs. L’accès aux espaces naturels, ce n’est pas du luxe ».

Les autorités n’ont pas pour autant lâché du lest. « C’est comme si après avoir échoué sur les tests, les masques ou les élections municipales, le gouvernement avait voulu afficher un visage autoritaire et sanctionner la population pour faire peser sur elle la responsabilité de ses erreurs », analyse le guide de montagne Billy Fernandez.

En effet, les flâneurs du dimanche et les randonneurs ont eu intérêt à bien se tenir. À travers le territoire, des moyens démesurés ont été déployés pour les « traquer ». Avec des hélicoptères, des drones, des moto cross, des 4x4, des quads, des patrouilles en VTT ou à pied… « Face au Covid-19, les gendarmes sont plus que jamais sur le terrain », titrait L’Essor, le journal de la gendarmerie. C’est le moins que l’on puisse dire.

Pendant le confinement, tous les deux jours, un hélicoptère a sillonné le ciel du Doubs, survolant ses prairies à vaches, ses forêts résineuses, ses villages au bord des rivières. Dans le massif des Trois-Pignons, à Fontainebleau (Seine-et-Marne), des motards de l’école de gendarmerie ont contrôlé les promeneurs chaque week-end. Un hélicoptère a aussi survolé la canopée. Dans le cockpit, un cavalier de la Garde républicaine orientait les gendarmeries mobile et départementale qui patrouillaient au sol.

Dans le Parc naturel des Ardennes, à l’île de Ré, dans la forêt de Bouconne à proximité de Toulouse, des drones avec des haut-parleurs ont aussi été utilisés. Dans la Meuse, à Verdun, une cellule drone a même été créée avec plusieurs télépilotes. « Le drone sert à aller dans des endroits où il n’y a pas de facilité d’accès avec nos véhicules, notamment les parcs », expliquait un gendarme au micro de France 3. La région Grand Est dispose de 18 drones de gendarmerie opérés par 30 télépilotes.

« L’appui de l’hélicoptère nous permet de couvrir rapidement de grands espaces »

Dans le parc naturel régional des Ballons des Vosges, un hélicoptère a également été de sortie. « L’appui de l’hélicoptère nous permet de couvrir rapidement de grands espaces sur de grandes distances », indiquaient les militaires dansun autre reportage de France 3 Grand Est. Samedi 4 avril, nous avons même repéré un vététiste au lac Blanc, que nous avons verbalisé. Il était parti de Colmar ! »

Contacté par Reporterre, le major du peloton de montagne de Xonrupt-Longemer (Vosges) explique avoir fait avec ses hommes « deux patrouilles par jour dans le parc naturel des Ballons des Vosges pendant toute la durée du confinement. En quad, en 4x4 ou a pied sur les sentiers de randonnées. Mais mis à part les chevreuils, les chamois et les lièvres, on n’a pas vu grand monde », confie-t-il.

La question des moyens se pose. À Chamonix (Haute-Savoie), pendant le confinement, la gendarmerie a utilisé à plusieurs reprises un hélicoptère qui sert d’ordinaire au secours en montagne. Le coût d’une heure de vol d’un Choucas 74 est évalué, selon la Cour des comptes, à plus de 3.000 euros. « Son recours doit être rationnel et obéir au principe de juste suffisance », écrivait la Cour dans un rapport de 2012.

Les rondes dans les airs se sont pourtant multipliées. Partout. Dans les Alpes, France 3 Haute-Savoie a même proposé à ses téléspectateurs d’admirer depuis le ciel, « les belles images du contrôle du respect du confinement » prises par les gendarmes. Sur Twitter, les militaires ont aussi lancé le quiz « Reconnaîtrez-vous le sommet survolé dans cette vidéo ? »

Sur la Côte Bleue, dans les Bouches-du-Rhône, le constat est identique. La surveillance des espaces naturels a nécessité des moyens démentiels. 60 % du temps des gendarmes de la compagnie d’Istres a été consacré à ces missions. Embarqué à bord d’un hélicoptère Écureuil, un journaliste de la Provence a raconté la poursuite des « récalcitrants au confinement ». On s’y croirait.

À quelques centaines de mètres du Rouet, un jogger s’époumone sur les hauteurs du vallon de l’Aigle. Le jogger se sent seul au monde, alors qu’il est passé sans le savoir entre les mailles du filet tendu par les gendarmes. L’hélicoptère le rattrape (…) Les gendarmes ont déployé les grands moyens, ce week-end. Des unités du [PSIG | Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie], des gendarmes mobiles, des motards et des gendarmes mobiles sont venus prêter main-forte aux brigades territoriales. On croisera même des cavaliers de la Garde républicaine, en détachement pour arpenter le littoral sur leurs montures, tandis qu’au large, deux vedettes de la gendarmerie maritime et de la brigade nautique traquent d’éventuels plaisanciers. Un “show of force”, diraient leurs camarades de l’armée de l’air.

Reporterre a interrogé le ministère de l’Intérieur pour savoir combien avaient coûté ces dispositifs de surveillance au sein des espaces naturels et s’ils avaient été efficaces. Le ministère a répondu qu’il ne souhaitait pas transmettre ces informations.

Même fin de non-recevoir pour le photojournaliste et alpiniste Guillaume Vallot, dans le massif du Queyras (Hautes-Alpes). Excédé par le vol continu des hélicoptères et des drones dans sa vallée, il a posé plusieurs questions aux autorités, restées elles aussi sans réponse.

Je ne suis pas un libertaire acharné mais criminaliser des randonneurs, ça dépasse la limite du bon sens. Si on est en guerre, on doit avoir une gestion de l’effort de guerre qui doit être intelligente. Fliquer la montagne, faire la traque à de pauvres promeneurs et choper un ou deux contrevenants, ce n’est pas concevable, au niveau des moyens.

« Le gouvernement infantilise la population. C’est très français. En Suisse, la situation est différente »

Le philosophe Dominique Bourg parle, lui, de « dérive policière » : « Le gouvernement infantilise la population. C’est très français. En Suisse ou en Allemagne, la situation est complètement différente, les espaces naturels ne sont pas interdits. On demande juste aux gens de respecter les gestes barrière et les mesures de “distanciation sociale”. »

La France a préféré mettre en place « la société de vigilance » chère à Emmanuel Macron. La surveillance de tous par tous. Pour contrôler les espaces naturels, le gouvernement a mobilisé les fonctionnaires de l’Office français de la biodiversité et de l’Office national des forêts, aux côtés des forces de l’ordre. L’idée a fait polémique en interne.

« On n’est pas là pour faire de la police sanitaire, nous ne sommes pas assermentés pour ça, témoigne Patrick Saint-Léger, du Syndicat national de l’environnement. Pendant le confinement, les agents ont été très frustrés, d’un côté, on nous réquisitionnait pour contrôler le chaland. De l’autre côté, on ne pouvait pas faire nos missions environnementales. »

Début avril, le préfet de Seine-et-Marne a même tenté d’engager les chasseurs pour contrôler les promeneurs dans la forêt de Fontainebleau et les transformer en auxiliaires de police. Face au tollé, il a préféré abroger son arrêté. Reporterre3.jpg Sur les chemins de randonnées isèrois.

Sur change.org, une pétition a recueilli plus de 158.000 signatures pour un accès responsable à la nature en période de confinement. La semaine dernière, la députée Delphine Batho a également déposé un amendement au cours du débat sur la loi prolongeant l’état d’urgence sanitaire. Mais il a été retoqué par le gouvernement, qui y voyait « un mauvais signal » et le risque d’un « appel d’air ».

Jean Castex, coordinateur national à la stratégie du déconfinement auprès de l’exécutif, déclarait que « la réouverture des plages serait une tentation ».

Dans une réponse adressée aux pétitionnaires, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, leur a prescrit de continuer « leur sacrifice ».

« Le gouvernement n’a pas pris la mesure de l’importance de l’accès à la nature. Ce n’est pas seulement une question de loisir ou de sport, c’est un impératif de santé publique, une nécessité vitale », explique l’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho. « Cette interdiction est le fruit d’une technobureaucratie vivant elle-même éloignée de la nature », dit-elle à Reporterre.

Pour le philosophe Dominique Bourg, cette position reflète,en effet, le rapport à la nature des gouvernants :

Pour eux, ça n’existe tout simplement pas. Ils vont d’une berline à un bureau climatisé en portant des dossiers. Leur sensibilité aux espaces naturels équivaut au néant. Édouard Philippe est un ancien lobbyiste d’Areva. La nature, c’est du capital qu’on exploite ou qu’on détruit. Elle sert à faire des babioles. J’aimerais les voir faire un stage de vie en milieu sauvage pour qu’ils apprennent à embrasser les arbres ! »

LA STRATEGIE DE LA PEUR

Par Michel Maffesoli - 8 mai 2020 article paru dans L'Inactuelle , Revue du monde qui vient

Depuis des mois, nous vivons dans la peur. Mais la crise sanitaire justifiait-elle que les contacts sociaux soient à ce point étouffés entre les individus ? Et quel bilan pouvons-nous tirer de cette période de confinement, du point de vue des relations humaines ? Michel Maffesoli nous livre son verdict.

Il n’est pas question de dire que la crise sanitaire n’existe pas, nous sommes nombreux à avoir des amis qui s’en sont en allés, ou des proches qui sont atteints ! Mais nos regrets et notre tristesse ne doivent pas nous faire oublier qu’il est une crise de plus grande ampleur : crise civilisationnelle s’il en est !

On ne le redira jamais assez : « tout est symbole ». Il faut avoir la lucidité et le courage de dire, pour employer un vieux mot français, ce que « monstre » ce symbole. Fût-ce dans ses aspects monstrueux. En la matière et en paraphrasant ce que disaient en leur temps nos amis situationnistes, il convient donc d’établir un « véridique rapport » sur le libéral mondialisme !

Pourquoi les milliardaires sont-ils philanthropes ?

Puis-je le faire, tout d’abord, d’une manière anecdotique. Mais en rappelant qu’en son sens étymologique : « an-ekdotos », c’est ce qui n’est pas publié, ou ce que l’on ne veut pas rendre public. Mais qui, pour des esprits aigus, n’est pas sans importance ! On peut donc se poser cette question : pourquoi des milliardaires font-ils de la philanthropie ? Car, on le sait, il existe chez eux une étroite liaison entre leur morale et leur compte en banque.

Bill Gates, préoccupé par le « coronavirus », finance largement l’OMS. Sans oublier ses largesses pour bien le faire savoir. Ainsi en France, ce journal « de référence » qu’est Le Monde qui, oubliant sa légendaire déontologie, accepte, contre espèces sonnantes et trébuchantes, que le magnat en question publie un article pour expliquer ses généreuses préoccupations concernant le Covid-19.

Un tel fait est loin d’être isolé. Ceux qui détiennent le pouvoir économique, politique, journalistique sentant, pour reprendre le titre de George Orwell, leur « 1984 » menacé, tentent dans leur nowlangue habituelle, de faire oublier que leur préoccupation est, tout simplement, le maintien du nouvel ordre mondial dont ils sont les protagonistes essentiels. Et, pour ce faire, ils surjouent, jusqu’à plus soif, la « panique » d’une pandémie galopante. Pour reprendre un terme de Heidegger (« Machenschaft »), ils pratiquent la manigance, la manipulation de la peur. Coronavirus

L’impéritie du pouvoir technocratique

Il y avait, en effet, deux stratégies possibles : celle du confinement a pour objectif la protection de chacun, en évitant le trop plein de contaminations entraînant une surcharge des services de réanimation accueillant les cas graves. Protection organisée par un Etat autoritaire et à l’aide de sanctions, une sorte de sécurité sanitaire obligatoire. Stratégie fondée sur les calculs statistiques et probabilistes des épidémiologistes. Selon l’adage moderne, n’est scientifique que ce qui est mesurable. Autre stratégie, médicale celle-ci (la médecine est un savoir empirique, un art, pas une Science, en tout cas est fondée sur la clinique [expérience] et pas uniquement sur la mesure) : dépister, traiter, mettre en quarantaine les personnes contaminantes pour protéger les autres. Stratégie altruiste.

" Une telle stratégie traduit la défiance généralisée du pouvoir, politiques et hauts fonctionnaires, envers le « peuple »".

Certes, l’impéritie d’un pouvoir technocratique et économiciste a privé sans doute la France des instruments nécessaires à cette stratégie médicale (tests, masques), certes l’organisation centralisée et étatique ne permet pas de telles stratégies essentiellement locales et diversifiées. Mais une telle stratégie traduit aussi la défiance généralisée du pouvoir, politiques et hauts fonctionnaires, envers le « peuple ». Protéger les gens fût-ce contre leur gré, au mépris des grandes valeurs fondant la socialité : l’accompagnement des mourants ; l’hommage aux morts ; les rassemblements religieux de divers ordres ; l’expression quotidienne de l’amitié, de l’affection. Le confinement est fondé sur la peur de chacun par rapport à chacun et la sortie du confinement va être encadrée par des règles de « distanciation sociale » fondées sur le soupçon et la peur.

La stratégie de la peur

Faire peur pour sauver un monde en décadence ! Faire peur afin d’éviter les soulèvements, dont on peut dire, sans jouer au prophète, qu’ils ne manquent pas (et surtout ne manqueront pas) de se multiplier un peu partout de par le monde. N’oublions pas qu’en France, le confinement a succédé à deux ans de révolte des Gilets jaunes suivies par les manifestions contre la technocratique et libérale réforme des retraites. On imagine la haine du « populo » qui anime nos élites ! Mais l’esprit de révolte est dans l’air du temps. Ortega y Gasset, dans La Révolte des masses parlait à ce propos d’un « impératif atmosphérique ». Cet impératif, de nos jours, c’est celui de la révolution, si on la comprend en son sens premier : revolvere, faire revenir ce que l’idéologie progressiste s’était employée à dépasser. Revenir à un « être-ensemble » traditionnel et enraciné.

C’est contre un tel impératif : le retour à un ordre des choses bien plus naturel, que les diverses élites s’emploient à attiser la peur, et ce pour faire faire perdurer les valeurs sociales qui furent celles des « temps modernes ». Pour le dire succinctement, émergence d’un individualisme épistémologique et ce grâce à un rationalisme généralisé au motif d’un progressisme salvateur.

Ce sont, en effet, ces valeurs qui engendrèrent ce que mon regretté ami Jean Baudrillard a appelé la « société de consommation », cause et effet de l’universalisme propre à la philosophie des Lumières (XVIIIe siècle) dont la « mondialisation » est la résultante achevée. Le tout culminant dans une société parfaite, on pourrait dire « trans-humaniste », où le mal, la maladie, la mort et autres « dysfonctionnements » auraient été dépassés. Covid

Le scientisme

Voilà bien ce qu’une maladie saisonnière érigée en pandémie mondiale s’emploie à masquer. Mais il est certain que les hypothèses, analyses, pronostics, etc., sur le « monde d’après » signifient bien que ce qui est en cours est un véritable changement de paradigme que l’aveuglement des élites au pouvoir n’arrive pas à occulter. En effet, les mensonges, vains discours et sophismes ont de moins en moins de prise. « Le roi est nu », et cela commence de plus en plus à se dire. Devant ce qui est évident : la faillite d’un monde désuet, les évidences théoriques des élites ne font plus recette.

Devant cette méfiance grandissante, ce « on » indéfini caractérisant la Caste au pouvoir agite le paravent scientifique, peut-être vaudrait-il mieux dire, pour reprendre le terme d’Orwell, elle va utiliser la nowlangue scientiste.

Revêtant l’habit de la science, et mimant les scientifiques, le « scientisme » est en fait la forme contemporaine de la croyance béate propre au dogmatisme religieux. Les esprits fumeux ayant le monopole du discours public sont, en effet, les croyants dogmatiques du mythe du Progrès, de la nécessité de la mondialisation, de la prévalence de l’économie et autres incantations de la même eau.

"Devant cette méfiance grandissante, ce « on » indéfini caractérisant la Caste au pouvoir agite le paravent scientifique."

Il s’agit là d’un positivisme étriqué qui, comme le rappelle Charles Péguy, n’est qu’une réduction médiocre du grand « positivisme mystique » d’Auguste Comte. La conséquence de ce positivisme étriqué est le matérialisme sans horizon qui fut la marque par excellence de la modernité. Matérialisme brutal que n’arrivent pas à masquer les discours grandiloquents, doucereux, empathiques ou tout simplement frivoles propres au pouvoir politique et aux « médias mainstream » (véritable Ministère de la Propagande) lui servant la soupe.

C’est parce qu’il n’est pas enraciné dans l’expérience collective que le « scientiste » se reconnaît à la succession de mensonges proférés à tout venant. L’exemple des sincérités successives à propos des masques ou des tests, est, à cet égard, exemplaire. Mais ces mensonges soi-disant scientifiques sont aux antipodes de ce qu’est une science authentique.

Souvenons-nous, ici, de la conception d’Aristote. Avoir la science d’une chose, c’est en avoir une connaissance assurée. C’est-à-dire qui consiste à montrer en quoi cette chose est ainsi et pas autrement. C’est bien ce qu’oublie le « scientisme » dont se parent les élites politiques et divers experts médiatiques qui transforment la crise sanitaire en véritable fantasme. Et ce afin de « tenir » le peuple et de conforter sa soumission.

Le peuple-enfant

Ce faisant, ce « on » anonyme qu’est le Big Brother étatique ne sert pas la science. Il se sert de la science pour des objectifs politiques ou économiques : maintien du consumérisme, adoration du « veau d’or du matérialisme », perdurance de l’économicisme propre à la modernité. C’est cela que profèrent, ad nauseam, ceux que L. F. Céline nommait, bellement, les « rabâcheurs d’étronimes sottises » ; chargés de reformater n’importe quel « quidam » en lui servant, à tout propos, la soupe de la bien-pensance[1]. Et ce afin de le maintenir dans une « réification » objectale qui est l’enjeu de la crise sanitaire devenue un fantasme de plus en plus envahissant. Car pour reprendre l’image du Big Brother et du psittacisme dominant, il s’agit bien d’infantiliser le peuple. Répéter, mécaniquement, des mots vides de sens, que même ceux qui les emploient ne comprennent pas, ou de travers.

Considérer le peuple comme un enfant incapable de prendre les bonnes décisions, incapable de juger ou de discerner ce qui est bon pour lui et pour la collectivité, voilà bien l’essence même de la « populophobie » caractérisant les élites en faillite.

En faillite, car une élite est légitime lorsqu’elle est greffée sur la sagesse populaire. C’est ce qu’exprime l’adage : « omnis auctoritas ad populo ». Et parler, à tire larigot, de « populisme » est le signe que la greffe n’a pas pris, ou n’existe plus. En oubliant ce que j’ai, en son temps, nommé la « centralité souterraine », propre à la puissance du peuple, on ne peut plus saisir la poussée intérieure de la sève vitale. Ce qui est l’authentique science : avoir une connaissance essentielle de la substantielle réalité, celle de la vie quotidienne.

Les technocrates.

Voilà ce que sont incapables de faire les faux savants et les vrais sophistes qui dénaturent la raison authentique, celle s’appuyant sur le sensible, c’est-à-dire sur ce qui est Réel. Parler de populisme, c’est ne rien saisir de la bonhomie du peuple, ne rien comprendre à sa « popularité ».

Le signe le plus évident de cette déconnexion, c’est lorsqu’on entend l’actuel locataire de l’Élysée parler avec condescendance des manifestations, par exemple celles du Premier Mai, comme étant le fait de « chamailleurs » qu’il faut bien tolérer. Étant entendu, sous-entendu, que ces chamailleries ne doivent en rien perturber le travail sérieux et rationnel de la technocratie au pouvoir.

"Voilà ce que sont incapables de faire les faux savants et les vrais sophistes qui dénaturent la raison authentique, celle s’appuyant sur le sensible."

Technocratie incapable d’être attentive à la voix de l’instinct. Voix de la mémoire collective, amoncelée depuis on ne sait plus quand, ni pourquoi. Mais mémoire immémoriale, celle de la société officieuse devant servir de fondement à l’éphémère société officielle, celle des pouvoirs.

Cette voix de l’instinct avait, de longue tradition, guidé la recherche de l’Absolu. Et ce de quelque nom que l’on pare celui-ci. L’incarnation de l’absolu étant ce que l’on peut appeler, après mon maître Gilbert Durand, une « structure anthropologique » essentielle. Et c’est cette recherche que la modernité s’est employée à dénier en la vulgarisant, la « profanisant » en un mythe du Progrès au rationalisme morbide et au matérialisme on ne peut plus étroit. D’où sont sortis le consumérisme et le mondialisme libéral.

La socialité ordinaire.

Auguste Comte, pour caractériser l’état de la société propre aux Temps modernes disait judicieusement reductio ad unum. L’un de l’Universalisme, l’un du Progressisme, l’un du Rationalisme, de l’Économicisme, du Consumérisme etc. C’est bien contre cette unité abstraite que la colère gronde, que la méfiance s’accroit. Et c’est bien parce qu’elle pressent que des soulèvements ne vont pas tarder à se manifester que la Caste au pouvoir, celle des politiques et de leurs perroquets médiatiques, s’emploie à susciter la peur, le refus du risque, la dénégation de la finitude humaine dont la mort est la forme achevée.

C’est pour essayer de freiner, voire de briser cette méfiance diffuse que l’élite en déshérence utilise jusqu’à la caricature les valeurs qui firent le succès de ce que j’appellerais le « bourgeoisisme moderne ». Autre manière de dire le libéral mondialisme.

Ce que le Big Brother nomme le « confinement » n’est rien d’autre que l’individualisme épistémologique qui, depuis la Réforme protestante fit le succès de l’« esprit du capitalisme »(Max Weber). « Gestes barrières », « distanciation sociale » et autres expressions de la même eau ne sont rien d’autre que ce que l’étroit moralisme du XIXe siècle nommait « le mur de la vie privée ». Ou encore chacun chez soi, chacun pour soi.

Pour le dire d’une manière plus soutenue, en empruntant ce terme à Stendhal, il s’agit là d’un pur « égotisme », forme exacerbée d’un égoïsme oubliant que ce qui fonde la vie sociale est un « être-ensemble » structurel. Socialité de base que la symbolique des balcons, en Italie, France ou Brésil, rappelle on ne peut mieux.

L’effervescence en gestation va rappeler, à bon escient, qu’un humanisme bien compris, c’est-à-dire un humanisme intégral, repose sur un lien fait de solidarité, de générosité et de partage. Voilà ce qui est l’incarnation de l’absolu dans la vie courante. On ne peut plus être, simplement, enfermé dans la forteresse de son « chez soi ». On n’existe qu’avec l’autre, que par l’autre. Altérité que l’injonction du confinement ne manque pas d’oublier. Virus, peur, masque

La mascarade des masques.

Amusons-nous avec une autre caricature : la mascarade des masques.

Souvenons-nous que tout comme la Réforme protestante fut un des fondements de la modernité sous l’aspect religieux, Descartes le fut sous la dimension philosophique. Qu’ils en soient ou non conscients, c’est bien sous son égide que les tenants du progressisme développent leurs théories de l’émancipation, leurs diverses transgressions des limites et autres thématiques de la libération.

Descartes donc, par prudence, annonçait qu’il avançait masqué (« larvato prodeo »). Mais ce qui n’était qu’une élégante boutade devient une impérative injonction grâce à laquelle l’élite pense conforter son pouvoir. Resucée de l’antique, et souvent délétère, theatrum mundi !

On ne dira jamais assez que la dégénérescence de la cité est corrélative de la « théâtrocratie ». Qui est le propre de ceux que Platon nomme dans le mythe de la Caverne, « les montreurs de marionnettes » (République, VII). Ce sont les maîtres de la parole, faisant voir des merveilles aux prisonniers enchaînés au fond d’une caverne. La merveille de nos jours ce sera la fin d’une épidémie si l’on sait respecter la pantomime généralisée : avancer masqué. Le spectaculaire généralisé.

"N’est-ce point cela que Guy Debord annonçait lorsqu’après la « Société du spectacle » (1967) dans un commentaire ultérieur, il parlait du « spectacle intégré ».

N’est-ce point cela que Guy Debord annonçait lorsqu’après la « Société du spectacle » (1967) dans un commentaire ultérieur, il parlait du « spectacle intégré ». Sa thèse, connue ? comprise ? c’est l’aliénation, c’est-à-dire devenir étranger à soi-même à partir du consumérisme et ce grâce au spectacle généralisé. Ce qui aboutit à la généralisation du mensonge : le vrai est un moment du faux.

Dans la théâtralité de la Caste politique, cela ne vous rappelle-t-il rien ? Le faux se présente masqué, comme étant un bien. Ce que Jean Baudrillard nommait le « simulacre » (1981) : masque du réel, ce qui masque la profonde réalité du Réel. Ce que Joseph de Maistre nommait la « réité » !

Comme ce que fut la série américaine « Holocauste », le masque consiste à susciter des frissons dissuasifs (de nos jours, la peur de l’épidémie, voire de la pandémie) comme « bonne conscience de la catastrophe ». En la matière, implosion de l’économicisme dominant où la valeur d’usage telle qu’Aristote l’analyse (Le Politique ch. III, par 11) est remplacée par la valeur d’échange.

C’est ce que les montreurs de marionnettes, inconsciemment (ils sont tellement incultes) promeuvent. Le masque, symbole d’une apparence, ici de la protection, ne renvoyant à aucune « réité », mais se présentant comme la réalité elle-même.

La finitude humaine.

Pour donner une référence entre Platon et Baudrillard, n’est-ce pas cela le « divertissement » de Pascal ? Cette recherche des biens matériels, l’appétence pour les activités futiles, le faire savoir plutôt qu’un savoir authentique, toutes choses qui, éléments de langage aidant, constituent l’essentiel du discours politique et des rabacheries médiatiques. Toutes choses puant le mensonge à plein nez, et essayant de masquer que ce qui fait la grandeur de l’espèce humaine, c’est la reconnaissance et l’acceptation de la mort.

Car pour le Big Brother le « crime-pensée » par excellence est bien la reconnaissance de la finitude humaine. De ce point de vue, le confinement et la mascarade généralisée sont, dans la droite ligne du véritable danger de toute société humaine : l’aseptie de la vie sociale. Protection généralisée, évacuation totale des maladies transmissibles, lutte constante contre les germes pathogènes.

Cette « pasteurisation » est, à bien des égards, tout à fait louable. C’est quand elle devient une idéologie technocratique qu’elle ne manque pas d’être elle-même pathogène. Très précisément en ce qu’elle nie ou dénie cette structure essentielle de l’existence humaine, la finitude. Ce que résume Heidegger en rappelant que « l’être est vers la mort » (Sein zum Tode). À l’opposé de la mort écartée, la mort doit être assumée, ritualisée, voire homéopathisée. Ce que dans sa sagesse la tradition catholique avait fort bien cristallisé en rendant un culte à « Notre Dame de la bonne Mort ». peur du coronavirus

Une communion nécessaire.

Si l’on comprend bien que, dans les cas de soins donnés à des personnes contagieuses, les soignants observent toutes les règles d’hygiène, masque, distanciation et protections diverses, ces mêmes règles appliquées urbi et orbi à des personnes soupçonnées a priori d’être contaminantes ne peuvent qu’être vécues comme un déni de l’animalité de l’espèce humaine. Réduire tous les contacts, tous les échanges aux seules paroles, voire aux paroles étouffées par un masque, c’est en quelque sorte renoncer à l’usage des sens, au partage des sens, à la socialité reposant sur le fait d’être en contact, de toucher l’autre : embrassades, câlins et autres formes de tactilité. Et refuser l’animalité expose au risque de bestialité : les diverses violences intra-familiales ponctuant le confinement comme les délations diverses en sont un témoignage probant.

Le confinement comme négation de l’être-ensemble, la mascarade comme forme paroxystique de la théâtralité, tout cela tente, pour assurer la perdurance du pouvoir économiciste et politique, de faire oublier le sens de la limite et de l’indépassable fragilité de l’humain. En bref l’acceptation de ce que Miguel de Unanumo nommait le « sentiment tragique de l’existence ».

C’est ce sentiment qui assure, sur la longue durée, la perdurance du lien social. C’est cela même qui est le fondement de la bonhomie populaire : solidarité, entraide, partage, que la suradministration propre à la technocratie est incapable de comprendre. C’est ce sentiment, également, qui au-delà de l’idéologie progressiste, dont l’aspect dévastateur est de plus en plus évident, tend à privilégier une démarche « progressive ». Celle de l’enracinement, du localisme, de l’espace que l’on partage avec d’autres. Sagesse écosophique. Sagesse attentive à l’importance des limites acceptées et sereinement vécues. C’est tout cela qui permet de comprendre la mystérieuse communion issue des épreuves non pas déniées, mais partagées. Elle traduit la fécondité spirituelle, l’exigence spirituelle propres aux jeunes générations. Ce qu’exprime cette image de Huysmans : « coalition de cervelles, d’une fonte d’âmes » !

C’est bien cette communion, qui, parfois s’exprime sous forme paroxystique. Les soulèvements passés ou à venir en sont l’expression achevée. À ces moments-là, le mensonge ne fait plus recette. Qui plus est, il se retourne contre ceux qui le profèrent. N’est-ce point cela que relève Boccace dans le Decameron : « Le trompeur est bien souvent à la merci de celui qu’il a trompé. » Acceptons-en l’augure.

Michel Maffesoli

C'EST LA CONSIGNE ! Journal d'un sociologue consigné

Par sebastien chary dans Actualités Newsletter - CQFPSY

C’est la consigne

– Bonjour. Pourquoi viens-tu d’éteindre ton réverbère ?

– C’est la consigne, répondit l’allumeur. Bonjour.

– Qu’est-ce que la consigne ?

– C’est d’éteindre mon réverbère. Bonsoir. Et il le ralluma.

– Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?

– C’est la consigne, répondit l’allumeur.

– Je ne comprends pas, dit le petit prince.

– Il n’y a rien à comprendre, dit l’allumeur. La consigne c’est la consigne. Bonjour.

Le petit prince, Ch. XIV, L’allumeur de réverbère Antoine de Saint-Exupéry

Ce n’est pas directement sur la consigne qu’Yves Calvi m’a sollicité le 16 avril pour son émission matinale. Non. C’est sur le zèle délateur qu’elle suscite chez celles et ceux qui aiment à la faire respecter par les autres en les dénonçant aux autorités. Un sondage Louis Harris pour RTL venait en effet de révéler que 43% des répondant(e)s « approuvent la démarche des gens qui signalent aux forces de l’ordre les personnes qui ne respectent pas le confinement ». C’est que nous sommes en guerre, voyez-vous. Il y faut bien les ingrédients habituels. Un ennemi, invisible, sournois et vicieux, comme il se doit ; une ligne de front ; une deuxième ligne ; une troisième ; des morts ; des héros qui se sacrifient ; des autorités ; et, donc, des délateurs. Une petite moitié de la population française. Business as usual. Chassez le naturel…

Pardon. Je me suis laissé emporter. C’est une faute professionnelle pour un sociologue que d’essentialiser, de naturaliser les comportements humains, sans tenir compte du contexte dans lequel ils surviennent et des catégories d’entendement qui nous sont collectivement proposées pour penser et donc pour entrer en relation. Sociologisons donc un peu.

À cet égard, la manière dont se distribuent ces 43% le long du spectre des sensibilités politiques est instructive : Sympathisants France Insoumise : 30 % Sympathisants Parti Socialiste : 34 % Sympathisants La République En Marche : 40 % Sympathisants EELV : 42 % Sympathisants Les Républicains : 43 % Sympathisants Rassemblement national : 58 %

Bon. Ici encore, business as… Pardon. Sociologisons, sociologisons. En fait, c’est précisément parce que cette répartition est assez attendue qu’on peut tenter une hypothèse intéressante. Plus on se rapproche des idéologies massivement structurées par l’Ordre et la Morale, plus les répondants ont tendance à dénoncer. Laissons de côté les raisons qui les y pousse, pour faire l’hypothèse que si c’est ce qu’on observe pour les dénonciations de transgresseurs de confinement, c’est que peut-être le confinement se trouve être placé dans un espace structuré par l’ordre et la morale (le bien et le mal) plutôt que, par exemple, le risque et la prudence (le bon et le mauvais) ou encore, disons-le en suédois[1], par « la liberté sous responsabilité ».

Une anecdote mentionnée par Yves Calvi durant l’émission va dans ce sens. Pour illustrer sans doute sa réprobation des dénonciateurs, le journaliste me disait avoir surpris quatre (jeunes) collaborateurs en train de boire des bières dans un bureau et les avoir donc « engueulés mais pas dénoncés ». Après m’être réjoui avec lui de cette position éthique, je lui demandais : « mais pourquoi même les avoir réprimandés ? ». Car après tout, même Didier Raoult n’a pas prétendu que le fait d’avoir une tête d’enterrement allait réduire la charge virale et mettre un terme à l’épidémie. C’est dire si nous sommes peu fondés à croire que dégrader notre sociabilité et notre joie de vivre soit de nature à nous protéger de la contagion. Si donc les quatre collaborateurs respectaient la distance physique (et non pas sociale, comme je l’évoquais dans mon précédent billet[2]) et ne buvaient pas aux même canettes, où était le problème ? Il pourrait certes être dans la consommation d’alcool. Rappelons que l’alcool cause chaque année en France deux fois plus de morts prématurées que n’en a causé à ce jour le Covid-19. Ce n’était pas le sujet en l’occurrence.

Si problème il y a, il est dans la confusion de l’interdit et du dangereux que j’évoquais dans mon premier billet avec les propos inauguraux du ministre de l’intérieur, qui nous assénait aux premières heures du confinement que tout ce qui était anodin était désormais interdit, plutôt de laisser le ministre de la santé nous informer que c’était désormais dangereux. Comme le font les Suédois.

Examinons la question exacte posée par le sondage Louis Harris : « Depuis la mise en place du confinement, les forces de l’ordre ont été amenées à faire des interventions pour des personnes qui contrevenaient aux règles (organisations de réunions, dîners, sorties sans motifs, etc.), sur appel des riverains ou des voisins. Vous-même, de laquelle des affirmations suivantes vous sentez-vous le/la plus proche ? Vous approuvez la démarche des gens qui signalent aux forces de l’ordre les personnes qui ne respectent pas le confinement / Vous n’approuvez pas la démarche des gens qui signalent aux forces de l’ordre les personnes qui ne respectent pas le confinement ».

De fait, la question porte bien sur une transgression des règles. Il s’agit évidemment ici des règles liées à l’obligation de confinement qui sont édictées par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire lié à la pandémie de SARS-Cov2, et qui sont listées dans l’attestation de déplacement dérogatoire que chacun est tenu de porter dans tout espace public sous peine de sanctions contraventionnelles voire délictuelles.

De quelles transgressions parle-t-on ? Avoir organisé une réunion ? Ne nous attardons pas sur la différence qu’il y pourrait y avoir à organiser un dîner en plein air à cinq autour d’un barbecue distants les uns des autres de plus de deux mètres, et l’organisation d’un rassemblement évangélique de 2000 personnes entassées durant plusieurs jours pour s’asperger au même bénitier[3]. Considérons simplement l’absurdité de l’apposition de « sans motifs » à « sorties » dans le cadre de mesures visant à se protéger d’un virus. Il n’est jamais bon de prêter des intentions à la nature, ou de croire qu’elle se préoccupe des nôtres. Elle n’en a cure et il se murmure même chez les camusiens qu’il serait absurde de croire qu’elle a le moindre sens. Si la « sortie sans motif », c’est « mal » et qu’elle doit être dénoncée et punie, est-ce que pour autant que la « sortie avec motif » c’est « bon » et qu’elle doit être autorisée ? Une croix à motifs sur une attestation nous protègera-t-elle du virus comme elle nous protégeait des vampires avant que Dieu ne meure ? Son absence fera-t-elle de nous des cibles privilégiées de son infectiosité ? Il se murmure chez les meilleurs théologiens que même chez les évangélistes, depuis quelques semaines on n’y croit plus guère.

Le problème est critique. Avoir instillé dans l’esprit de la population dès le début du confinement qu’il fallait gérer les virus à coup de formulaires 27b-6[4], d’interdictions administratives et de croix dans des cases n’a permis, et ne permet toujours pas le développement de la moindre compétence opérationnelle pour se débrouiller dans la vraie vie vérolée. Ni donc le moindre déconfinement. C’est l’impasse parfaite : il faut vous confiner par voie administrative parce qu’on ne vous suppose ni compétence ni responsabilité. Puisqu’on vous a confiné par voie administrative, vous n’avez ni compétence ni responsabilité. Donc il faut vous confiner. Donc… Revoyons nous au 21ème siècle, au moins la classe politique qui nous inflige ces apories consternantes sera-t-elle à coup sûr décimée. Zut, nous aussi. Ça ne marche pas non plus.

Ce qu’il nous faut, outre de la sociologie, c’est peut-être un peu de philosophie, qui nous permettrait d’en finir avec « l’illusion nomocratique », selon le terme de Vincent Descombes[5], qu’il emprunte aux propos que tient l’Étranger au jeune Socrate dans les dialogues sur le politique de Platon : « Jamais la loi ne pourra, en embrassant exactement ce qui est le meilleur et le plus juste pour tous, ordonner ce qui est le plus parfait, car les dissimilitudes des hommes et des actes et le fait que presque aucune chose humaine n’est jamais en repos ne permettent d’énoncer rien d’absolu et allant de soi pour tous les cas et pour tous les temps dans aucune matière et pour aucune science. […] Or nous voyons que c’est à cela même que la loi veut parvenir, c’est-à-dire énoncer des absolus valant pour tous et pour tous les cas, comme un homme arrogant et ignare qui ne permettrait à personne de rien faire contre ses ordres ni de lui poser des questions, ni même, si quelque chose de nouveau survenait, de faire mieux que ce que postule la loi en dehors de ses prescriptions ».

Ce que nous interdit cet homme arrogant et ignare[6] en imposant des catégories administratives sans lien aucun avec le fonctionnement du réel dont elles sont supposées nous protéger, c’est de développer notre rationalité pratique, celle qui nous permet de vivre en situation -et donc de déconfiner. Celle-ci ne requiert pas seulement la rationalité théorique, celle des règles générales ; elle requiert surtout la faculté de phronèsis, c’est-à-dire « la faculté de juger non pas seulement si tel cas entre dans le champ d’application de telle règle, mais bien de discerner ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas », en l’occurrence pertinent pour l’action. La phronésis, selon la définition qu’en donne Castoriadis et que reprend Descombes « c’est le jugement dans ce qu’il a de créateur ». Et ce qu’il a de créateur, ce n’est pas de trouver à partir d’un cas unique une règle originale qui s’applique à ce cas, sans intégrer en rien les règles plus générales déjà disponibles ; c’est de savoir faire avec le fait qu’une situation n’est précisément pas un cas, où telle règle particulière doit s’appliquer, mais plusieurs cas en un seul, « comme le point d’application possible de plusieurs règles, qui ne sont pas toujours conciliables ». On ne doit pas confondre « le travail théorique de l’enquêteur » (qui est celui du scientifique, virologue, épidémiologiste, biologiste…) et « le travail délibératif d’un acteur », qui est celui que doit accomplir toute personne concrète ayant à accomplir un acte en situation. La capacité créative phronétique, c’est de savoir utiliser de façon pertinente, en situation, les multiples abstractions possibles de cette situation, éventuellement contradictoires, pour ce qu’elles sont capables d’apporter pour le choix de l’action. C’est « l’exercice d’un sens qui permet de distinguer ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas. Il ne s’agit plus [seulement] de ce qui existe, mais de ce qui importe. Il s’agit d’assigner un ordre de valeur ou de priorité : il y a les choses importantes, qu’on ne peut pas se permettre de négliger, et il y a les choses secondaires, qu’on peut tenir pour insignifiantes ou indifférentes à la chose qui nous occupe ». L’exercice de ce sens est difficile, et d’autant plus que les situations dans lesquelles il s’exerce sont complexes, ce qui est au plus haut degré le cas de la situation épidémique actuelle. Ce que Castoriadis appliquait à la démocratie et aux lois pourrait s’appliquer tout autant à ce dont nous avons besoin pour pouvoir sortir de nos cavernes et revivre : « si donc nous acceptons qu’il y ait un petit espoir avec cette foule du bétail humain, à ce moment-là la conséquence du texte platonicien est évidente [] Il faut éduquer les gens de telle sorte qu’ils puissent eux-mêmes constamment combler cet écart entre les grammata, les lettres mortes de la loi, et la réalité, qu’ils puissent eux-mêmes chacun s’asseoir à leur propre chevet –puisque personne d’autre ne peut le faire pour eux ». C’est dans l’éducation que Castoriadis plaçait la solution à l’illusion nomocratique. Et c’est ce qu’il faut urgemment mettre en place, dans le mois qui nous sépare du 11 mai. Et dont nous ne voyons malheureusement même pas encore le moindre commencement de frémissement.

D’ici là, méditons, comme peut-être l’avaient fait les jeunes collaborateurs d’Yves Calvi avec leurs bières, ce beau texte de Baudelaire, et la très émouvante lecture qu’en fait Serge Reggiani.

Demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront :

« Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, d’amour[7] ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire, Le spleen de Paris

De vin, de poésie, d’amour. Ou de vertu, poursuit Serge Reggiani avec Baudelaire, mais avec une moue espiègle et dubitative. Méfions-nous comme lui de la vertu, de la consigne, des entrepreneurs de morale et de leurs délations. Ils nous tueront tout aussi bien que le virus. Et sans doute davantage.

Xavier Briffault, (Gif-sur Yvette)

[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/10/lars-tragardh-la-suede-lutte-contre-la-pandemie-a-travers-la-liberte-sous-responsabilite_6036233_3210.html.

[2] Je me réjouis que depuis lors même l’Académie de Médecine recommande l’abandon de ce terme inepte (http://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-nationale-de-medecine-agisme-et-tensions-intergenerationnelles-en-periode-de-covid-19

[3] Cette histoire est de pure fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou situations ayant existé ne saurait être que fortuite.

[4] Formulaire que demande Robert de Niro dans le Brazil de Terry Gillian aux fonctionnaires venus chercher Buttle, pardon Tuttle, pour les rendre fous.

[5] Le raisonnement de l’ours, pp. 287-308.

[6] Le texte date de Platon, il ne vise donc aucun ministre actuel en particulier.

[7] Cette option n’est pas dans le texte écrit par Baudelaire, c’est Reggiani qui l’ajoute à sa lecture.

ET SI ON FAISAIT LE TOUR DU MONDE EN FRANCE?

EN IMAGES - L’évasion sans visa ni passeport, c’est ce que propose le photographe Stanislas Fautré à travers cette sélection de paysages spectaculaires tous bien de chez nous. De l’Australie au Costa Rica, l’illusion est parfaite.

Embarquement immédiat!

Par La rédaction du Figaro Voyage Publié hier à 15:18, mis à jour hier à 19:37

1- Corniche Basque.jpg

Corniche Basque. Vue sur la baie de Loya et ses «Jumeaux».STANISLASFAUTR

Un paysage côtier qui évoque celui de la Great Ocean Road en Australie et ses célèbres Douze Apôtres. Corniche Basque. Vue sur la baie de Loya et ses «Jumeaux». Un paysage côtier qui évoque celui de la Great Ocean Road en Australie et ses célèbres Douze Apôtres.

«La France semble une arche qui aurait reçu le soin d’abriter sur son sol l’essence de chaque panorama de la géographie planétaire, de dresser l’inventaire de tous les archétypes d’écosystèmes. De la Flandre maritime aux plateaux béarnais, des crêtes alpines aux sables franciliens, il y a sur ce sol le résumé des paysages du monde» écrivait Sylvain Tesson dans une édition du Figaro Magazine (29/07/2011) consacrée à notre incroyable territoire. La géographie nous gâte, la preuve en dix-neuf sites majeurs de notre patrimoine naturel, à (re)découvrir pendant vos vacances d’été en France.

Une langue de sable d’Arcachon semblable à la côte australienne

1/19 - L’archipel des îles Whitsundays, au large des côtes du Queensland, est une destination des plus prisées en Australie. Tout comme le banc d’Arguin du bassin d’Arcachon, en Aquitaine! Posé entre la dune du Pilat et la pointe du Cap-Ferret, cette langue de sable accueille les vacanciers en été: un lieu propice à des pique-niques hors du commun! Il fait bon plonger dans cette eau bleu indigo, semblable à celle de la mer de Corail, où se trouvent les Whitsundays.

Pour aller plus loin:

Office de tourisme d’Arcachon (05.57.52.74.74 ; www.tourisme-gironde.fr).

1/19 - Vu de haut, le banc d’Arguin du bassin d’Arcachon en Aquitaine transporte le rêveur à l’autre bout du monde dans l’archipel des îles Whitsundays, en Australie, au large des côtes du Queensland.

Rustrel, le Vaucluse version western

2/19 - Des roches torturées par le vent, des tons ocre, des arbres qui poussent sur du caillou: ce décor de western, qui rappelle le paysage du Bryce Canyon, en Utah, se situe à Rustrel, dans le Vaucluse. Pour une fois, la nature n’est pas l’unique créatrice de cet étonnant paysage. Le sous-sol de Rustrel a été exploité dès la fin du XIXe siècle pour son ocre. L’érosion a terminé le travail en sculptant les carrières abandonnées, leur donnant cette apparence fantastique.

Pour aller plus loin:

Rustrel, dans le Vaucluse, est situé à 1h de route d’Aix-en-Provence. Office de tourisme du Vaucluse (04.90.80.47.00 ; www.provenceguide.com).

Seychelles, Lavezzi: d’un paradis à l’autre

3/19 - Situées au sud de la Corse, les îles Lavezzi ont un doux parfum de Seychelles. Ces criques abritées des vents puissants qui soufflent dans les bouches de Bonifacio sont appréciées par les marins qui y trouvent des mouillages sûrs... et magnifiques. Rochers gris pâle et mer claire: le cliché n’est pas trompeur: l’archipel des Lavezzi est paradisiaque, tout comme le sont les Seychelles, bien loin de là, au cœur de l’océan Indien.

Pour aller plus loin:

Les îles Lavezzi se situent à 10 km au sud-est de la côte de Bonifacio. Office de tourisme de Corse du Sud (04.95.51.00.00 ; www.visit-corsica.com).

Un morceau d’Équateur dans le Puy-de-Dôme

4/19 - Avec un cours de 150 km, la Sioule est une des plus longues rivières françaises. Avant de se jeter dans l’Allier, elle forme une superbe boucle que l’on peut contempler, ainsi que sa verte vallée, depuis un belvédère proche de l’église de Queuille. Ce large méandre rappelle ceux qui sont dessinés par le fleuve Amazone dans la jungle, en Amérique du Sud. À une différence près: l’Amazone mesure, lui, 6 500 km..

Pour aller plus loin:

Queuille et son belvédère du Paradis sont situés à 50 min de Clermont-Ferrand. Office de tourisme du Puy-de-Dôme (04.73.42.22.50 ; www.planetepuydedome.com).

Comme nulle part ailleurs dans les Hautes-Alpes

5/19 - Les Demoiselles coiffées de Théus ont pour sœurs les hoodoos du Monument national de Grand Staircase-Escalante, dans le sud de l’Utah, aux États-Unis. Ces cheminées dont la silhouette émerge des moraines étaient en gestation lors de la glaciation quaternaire. À la fonte du glacier de la Durance, des rochers ont détourné le ruissellement des eaux, protégeant le sous-sol qui, émergé, a durci. Que ce soit près du lac de Serre-Ponçon ou ailleurs, ces formations aux allures surréalistes dégagent une magie universelle: ici, on pourrait être partout et nulle part...

Pour aller plus loin:

Théus (www.théus.fr) se situe à 35 min environ de Gap et 1h40 du parc national du Mercantour. Office de tourisme des Hautes-Alpes (04.92.53.62.00 ; www.hautes-alpes.net).

Le Massif Central, l’Irlande et les volcans

6/19 - Ces orgues de pierre sont la copie conforme de la fameuse Chaussée des géants, en Irlande du Nord. Un site dont la formation a été provoquée elle aussi par des phénomènes volcaniques. Elles sont visibles en Haute-Loire, non loin de la petite cité de Chilhac. Près de 40 000 colonnes verticales y sont juxtaposées depuis l’éruption, il y a quelques millions d’années, d’un volcan situé non loin de là, le mont Bar. Un lent phénomène de refroidissement des coulées volcaniques a donné naissance à ces structures minérales, quasi parfaitement hexagonales.

Pour aller plus loin:

Chilhac est situé à 1h de route au nord-ouest du Puy-en-Velay (www.lepuyenvelay-tourisme.fr). Office de tourisme d’Auvergne (04.73.29.49.66 ; www.auvergne-tourisme.info).

Le Languedoc aux couleurs de Madagascar####-

7/19 - Étonnant comme les roches ruiniformes de ce petit coin d’Occitanie ressemblent aux Tsingy de Behamara qui constituent un des paysages les plus saisissants de Madagascar. La Mer des Rochers, merveille du Gard, s’admire cependant plus facilement que le site malgache classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Depuis les hauteurs du village médiéval de Sauve, un sentier chemine entre de vieux murs de pierre en ruines jusqu’à ce chaos karstique aux formes improbables.

Pour aller plus loin:

Sauve est situé à 1h de route de Nîmes. Office du tourisme du Gard Tourisme (04.66.36.96.30 ; www.tourismegard.com) et Comité Régional du Tourisme Occitanie (www.tourisme-occitanie.com).

2 -Un paradis vert.jpg Un paradis en mer des Antilles? Non, la pointe de Tal Er Hah, au sud-est de l’île de Houat. STANISLASFAUTRÉ

Un air de Caraïbes au large du Morbihan

8/19 -Magie des îles lointaines. Eaux turquoise, sable blanc, ciel d’azur et farniente... Les rayons du soleil jouent avec les vaguelettes, la plage est vierge. Cette eau limpide est digne des plus beaux lagons des côtes caraïbes. Et pourtant, cette photo a été prise sur la plage du Treac’h ar Goured, sur l’île de Houat au large du Morbihan!

Pour aller plus loin:

Office du tourisme du Morbihan ( 02.97.54.06.56 ; www.morbihan.com) et Comité Régional du Tourisme de la Bretagne (www.tourismebretagne.com).

La Franche-Comté comme une cascade thaïlandaise

9/19 - Au beau milieu d’une végétation luxuriante, dans un paysage lumineux et verdoyant, la cascade jaillit sous l’objectif du photographe. À Erawan, en Thaïlande, des cascades semblables à celle-ci se répartissent sur 2 km de long. Située près de Baume-les-Messieurs, dans le Jura, la cascade des Tufs s’est formée dans le Dard, une rivière souterraine. Mauvaise nouvelle pour les amoureux du soleil, c’est quand il pleut que ce phénomène est le plus impressionnant...

Pour aller plus loin:

À 20 min de Lons-le-Saunier, Baume-les-Messieurs est aussi l’un des Plus Beaux Villages de France. Office de tourisme de Franche-Comté (03.81.25.08.00 ; www.franche-comte.org).

Un morceau d’île rouge au cœur de l’Auvergne

10/19 - L’érosion a sculpté les paysages saisissants de la Vallée des Saints dans le Puy-de-Dôme. Situé au sud d’Issoire, cet espace naturel sensible classé Natura 2000 s’étend au cœur des terres rouges du Lembron. Un univers minéral haut en couleur qui peut rappeler le Colorado mais aussi les fameux lavakas d’Ankarokaroka, dans le parc national d’Ankarafantsika à Madagascar.

Pour aller plus loin:

La Vallée des Saints est accessible à pied par le sentier PR au départ de Boudes (à 1h de route par l’A75 depuis Clermont-Ferrand). Pays d’Issoire Tourisme (04.73.89.15.90 ; www.issoire-tourisme.com).

De pins en palmiers dattiers, des Landes au Sahara...

11/19 - Comme une palmeraie perdue dans le Grand Er