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Les 10 bienfaits de la randonnée

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La randonnée offre de nombreux bienfaits pour la santé, aussi bien mentalement que physiquement.


1. La randonnée renforce le squelette

La randonnée stimule la formation du tissu osseux, ce qui la rend particulièrement intéressante pour les jeunes en pleine croissance (qui constituent leur capital osseux) comme pour les moins jeunes (elle diminue les pertes). Lorsque l'arthrose s'est installée depuis quelque temps, elle diminue les douleurs tout en maintenant la force musculaire.

2. La randonnée limite les risques cardio-vasculaires

Comme la plupart des activités sportives, la randonnée protège les vaisseaux et prévient ainsi les maladies cardiovasculaires. Elle diminue le risque de faire un diabète de type 2, fait chuter le taux de triglycérides (le mauvais cholestérol) et augmente le bon, et améliore la tension artérielle de façon modeste mais sensible. On observe aussi une baisse de mortalité de 25 à 35 % en cas de maladie coronarienne déclarée.

3. La randonnée lutte contre le surpoids et l'obésité

Associée à un régime, la randonnée en renforce les effets. Elle remplace de la graisse par du muscle. On évalue la consommation énergétique de la marche à environ 300 Kcal par heure en marchant à 4 km/h, sur le plat. 3 heures de marche consomment donc entre 1 000 et 1 700 Kcal, ce qui est recommandé comme consommation énergétique hebdomadaire minimale.

4. La randonnée libère la respiration Elle améliore le traitement des bronchites chroniques et l'asthme.

5. La randonnée entretient les muscles

Comme tous les sports d'endurance, elle participe au maintien d'une bonne condition musculaire.

6. La randonnée renforce le système immunitaire

Alors qu'une pratique sportive intensive diminue les défenses immunitaires, une pratique modérée comme la randonnée va les renforcer. Chez les personnes âgées, elle freine même leur déclin.

7. La randonnée fortifie le cerveau

L'activité physique, en oxygénant davantage le corps, participe au bon fonctionnement du cerveau. Cela peut être particulièrement utile dans le cas d'une récupération après lésion ou dans la lutte contre les maladies dégénératives.

8. La randonnée diminue les accidents

La randonnée diminue le risque de mort précoce de 30 % si l'activité est pratiquée au minimum 3 heures par semaine (si possible en plusieurs fois) à allure modérée ou 3 fois 20 minutes par semaine à allure plus soutenue.

9. La randonnée redonne le moral

La marche est le premier sport conseillé par les médecins en cas de dépression ou de baisse de moral, et cela ne doit rien au hasard. La randonnée détend et diminue la tension nerveuse ainsi que l'anxiété.

10. La randonnée éveille les sens

De plus en plus de guides de randonnées développent des balades dites « sensorielles », où les groupes sont invités à user de leurs cinq sens pour observer la faune et la flore qui les entourent. Randonner dans le désert, au coeur d'immenses plaines ou en milieu montagneux est un moment idéal pour entrer en communion avec la nature et éveiller ses sens.

"Ô la belle vie" s'installe à Gavarnie, berceau du pyrénéisme

Publié le 12/11/2022 à 08h52 Écrit par Marie-France Guiseppin .

C’est dans les Hautes-Pyrénées, à Gavarnie, que nous retrouvons Sophie Jovillard, en compagnie de Céline Bonnal, professeure et autrice de plusieurs ouvrages dédiés aux guides pyrénéens. Nous avons rendez-vous sur le plateau de Saugué à 1610 m d’altitude. Un endroit accessible et idéal pour admirer le cirque de Gavarnie et les sommets environnants. Un lieu où l’esprit du pyrénéisme plane encore.

636d25ea4b2e1_maxradiofr006825.jpg Au cœur du Parc National des Pyrénées, le cirque de Gavarnie est regroupé avec le parc espagnol du Monté Perdido. L’appellation "Pyrénées-Mont perdu" est un territoire transfrontalier, d’une superficie de 30 639 ha, classé Unesco depuis 1997 : "Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’ici, on ne raisonne pas en frontière (…), qui n’est finalement que géologique. Il y a un lien important entre la France et l’Espagne" précise Céline Bonnal à Sophie. Il faut savoir que pour permettre le commerce de part et d’autre des Pyrénées, les premiers passages existent entre les deux pays, depuis le Moyen Âge. "Il fallait survivre" raconte l’écrivaine, malgré le danger de s’aventurer dans les hautes montagnes.

Les débuts du Pyrénéisme

Conceptualisé en XIXème siècle par l’historiographe Henri Béraldi, l’idéal du pyrénéisme est défini par l’homme de lettres et de recherche comme "marcher, grimper, sentir et écrire". Même s’il est bien entendu possible d’être pyrénéiste de haut-niveau sans forcément laisser de trace … écrite. Le Pyrénéisme n’est-il pas avant tout une affaire de passion ? Le terme a suscité de vigoureux débats.

Nombreux sont ceux ouvrent la voie : certes des aventuriers, mais aussi botanistes, scientifiques, artistes, bergers, etc. Tous des montagnards dans l’âme. Et des hommes qui, depuis le XVIème siècle, ont fait de Gavarnie, le berceau du Pyrénéisme.

Les premiers des pyrénéistes sont des savants qui parcourent la montagne pour étudier la flore ou les structures comme par exemple le botaniste Philippe Picot de Lapeyrouse ou encore le géologue Pierre-Bernard Palassou. Ils sont aussi ceux qui vont donner une image romantique de la montagne comme Victor Hugo qui viendra faire en 1843 son "Voyage aux Pyrénées". Il y a le comte Henry Russel, écrivain et inventeur du pyrénéisme d’exploration, surnommé "le pape du pyrénéisme". "Ce sont des messieurs qui ont une certaine aisance sociale. Des Bordelais qui vont pouvoir engager des guides. Souvent des aristocrates" raconte Céline Bonnal à Sophie. Il y a aussi ceux qui, comme Henri Brulle "vont aimer le pyrénéisme de difficultés". Accompagné notamment du guide Célestin Passet, il va vouloir faire des premières très engagées "Des choses qui n’ont jamais été faites auparavant. De l’alpinisme, finalement" poursuit notre écrivaine.

A la mémoire des guides de haute montagne

En 1844, le Duc de Montpensier, fils du roi Louis-Philippe, de passage à Gavarnie, loge dans la maison du guide Henri Lacoste. Celui-ci lui fait découvrir son coin de montagne. Pour le remercier l’aristocrate lui facilite l’accès à un terrain pour un Louis d’or symbolique. Le guide construit alors une laiterie, puis une auberge, devenue la célèbre hôtellerie du cirque où ont séjourné les plus grands pyrénéistes.

Olivier Vergez, gérant, est la 7ème génération de sa famille à tenir l’établissement. Il vient de le rénover, à l’exception d’une pièce qu’il a laissée dans son jus : la salle des guides. Nous pénétrons à l’intérieur. L’esprit de la montagne y est toujours présent.

Au milieu de la pièce, la table sur laquelle se restauraient les guides est toujours là. A l’époque, les guides de haute-montagne ne partageaient pas leurs repas avec leurs clients. Sur les murs, des écrits, témoignages, signatures, photos, objets divers et variés, attirent notre attention. Un vrai livre d’or à disposition.

Céline Bonnal a dédié son travail d’écriture aux guides, mémoire historique de la montagne d'autrefois. Un peu oubliés de l’histoire pyrénéenne, elle raconte leur histoire dans ses livres. Son ouvrage "Les guides de Gavarnie et de la vallée de Barèges" publié aux éditions MonHélios, lui a demandé 4 ans pour recenser plus de 200 guides de montagne depuis le XVIIIème siècle. Un travail de longue haleine nourrit grâce à l’aide précieuse des descendants de guides de haute montagne, comme Maryse, arrière-petite-fille du réputé Henri Passet.

"Ô la belle vie : Gavarnie, le pyrénéisme en héritage". A voir le dimanche 13 novembre 2022, à 12h55. Emission présentée par Sophie Jovillard. Réalisé par Flo Laval. Une coproduction France 3 Occitanie et Grand Angle Productions.

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Entretien — Climat

Un article de REPORTERRE

Automne trop chaud : « Le déficit d’eau mettra l’agriculture à mal en 2023 »

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La France est parcourue d’une vague de chaleur inhabituelle pour l’automne. Les températures frôlent parfois les 30 °C. Un phénomène inquiétant pour les nappes phréatiques et la flore, selon le climatologue Roland Séférian.

Roland Séférian est ingénieur-chercheur au Centre national de recherches météorologiques (Météo-France/CNRS).

Reporterre — Nous assistons cet automne à une vague de chaleur, qui provoque des hausses de température jusqu’à 30 °C dans le Sud-Ouest. Quelle est la mécanique à l’œuvre derrière ce phénomène météorologique ?

Roland Séférian — Nous sommes dans une situation hors norme. Sur la deuxième moitié d’octobre, on constate des anomalies de température de l’ordre de +4 à +5 °C par rapport aux normales saisonnières. Ce phénomène est provoqué par un déplacement d’air chaud venant du Maghreb, qui se produit souvent dans des situations de blocage où l’anticyclone des Açores, qui se situe au niveau de l’Atlantique, empêche les dépressions d’arriver à l’automne sur l’ouest de l’Europe.

Cette situation aboutit à un air chaud qui transite du sud vers le nord et s’accumule. Si les sols étaient gorgés d’eau, cette chaleur aurait tendance à favoriser l’occurrence d’orages ou de nuages et à permettre à l’air de se refroidir. Mais là, les sols sont secs, ce qui accentue la sécheresse déjà provoquée par l’été que nous avons traversé. Ce manque d’eau, cumulé à cet air sec, renforce ce phénomène de sécheresse.

Comment se caractérise ce phénomène de sécheresse ?

Le phénomène que l’on observe en France n’est pas isolé. Aux États-Unis, 82 % de la surface des terres se trouve soumise à un niveau de sécheresse poussée. Ce sont les conséquences de ce que nous venons de vivre : un printemps très chaud, un été de feux et un automne très sec. Les ruisseaux étaient déjà au plus bas cet été, et nous sommes aujourd’hui dans une période d’étiage où les cours d’eau sont déjà au plus bas.

Nous nous retrouvons donc avec des sols très asséchés, dont les argiles vont avoir du mal à se réhydrater. Normalement, les nappes phréatiques, où nous puisons de l’eau pour tous les usages, devraient commencer à se recharger, mais ce phénomène va être enrayé vu la sécheresse actuelle.

Quelles seront les conséquences de cette situation hors norme ?

Ses impacts vont se répercuter en 2023. Nous allons démarrer l’année avec un déficit dans les nappes phréatiques, ce qui mettra à mal tous les pans sectoriels de notre société basés sur des prélèvements d’eau, particulièrement l’agriculture.

La végétation va également en subir les conséquences. Nous sommes à la fin du cycle végétative où la flore se prépare à résister à l’hiver. Elle est fragile durant cette période. Tout stress météorologique — comme un vent régulier qui assèche les plantes — peut aboutir à la mortalité accrue de la végétation et empêcher son redémarrage au printemps prochain.

Il va aussi y avoir un impact sur les nuisibles, les organismes ravageurs présents dans le sol et les eaux. La baisse des températures est le principal mécanisme de régulation des insectes qui dévorent les récoltes. En hiver, leurs œufs meurent. Un automne particulièrement chaud est un cocktail inquiétant qui risque d’aboutir à la recrudescence de ces nuisibles lors du redémarrage de la végétation.

Ce phénomène météorologique est-il une conséquence du dérèglement climatique ?

Le phénomène n’est pas nouveau, il y a eu par le passé des automnes ou des hivers plus chauds que la normale. Cependant, le consensus scientifique que l’on retrouve dans les rapports du Giec [1] est très clair. À cause du réchauffement climatique, des phénomènes de cette nature vont devenir plus fréquents, plus intenses ou plus longs.

Tribune — Luttes

Paysans, nous sommes résolument contre les mégabassines

un article de REPORTERRE

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La lutte contre les mégabassines, une lutte contre les agriculteurs ? Surtout pas, assurent des paysans dans cette tribune. Ils appellent à transformer nos pratiques agricoles pour préserver la nature et non l’exploiter.

Ce texte a été écrit par les confédérations paysannes des départements concernés par les
 mégabassines (Vendée, Vienne, Deux-Sèvres, Charente) et la Confédération paysanne nationale. 150 associations et collectifs, dont la Confédération paysanne, appellent à une grande manifestation les 29 et 30 octobre à Sainte-Soline (79) pour stopper un énorme chantier de construction de mégabassine. L’action a été interdite par la préfecture mais des rassemblements, légaux, sont toujours prévus.

Nous, paysannes et paysans de Charente, Vendée, Vienne, Deux-Sèvres, produisons et cultivons sur des territoires aujourd’hui menacés par l’apparition des mégabassines. Depuis nos fermes et face à l’urgence climatique, nous demandons l’arrêt immédiat de la construction de ces cratères bâchés de 5 à 16 hectares dédiés à la survie d’un modèle agricole anachronique qui assèche les sols.

Les promoteurs des mégabassines arguent qu’il faut bien nourrir la population et que les mégabassines sont d’utilité publique… C’est faux. Ce n’est qu’une nouvelle affabulation, après avoir fait croire qu’elles se remplissaient avec de l’eau de pluie, sans pompage dans les nappes phréatiques ! [1]. Face au manque d’eau critique, notre profession va devoir relever le défi de continuer à assurer une production nourricière et locale. Mais les mégabassines ne sont pas la solution !

Ces dispositifs privatisent en réalité un bien commun au profit d’une minorité d’agriculteurs inféodés au système agro-industriel. Sur le bassin Sèvre niortaise-Mignon, il existe 2 000 exploitations agricoles. Seules 200 à 300 d’entre elles sont irrigantes (beaucoup d’agriculteurs cultivent du blé, du tournesol, du millet, des lentilles, etc., sans besoin d’irrigation) et, parmi celles-ci, 103 uniquement sont connectées sur les 16 bassines en projet. 5 % des exploitations vont donc accaparer l’eau au détriment des autres usages agricoles et non agricoles !

« 5 % des exploitations vont accaparer l’eau »

Cette privatisation se fait de plus au détriment de notre souveraineté alimentaire. L’eau pompée dans les nappes phréatiques pour les mégabassines est destinée avant tout à l’irrigation du maïs, inadapté à nos régions et cultivé en partie pour être exporté ou vendu aux producteurs d’aliments industriels. Le tout maïs est l’incarnation d’un système absurde écologiquement et économiquement produisant des céréales en quantité pharaonique pour engraisser des animaux d’élevage en bâtiment, dont la part d’herbe dans l’alimentation a été réduite au minimum. Et même si la part de maïs tend à diminuer parmi les surfaces irriguées, c’est au profit d’autres cultures industrielles ou de cultures qui n’étaient pas irriguées auparavant : céréales à pailles, semis arrosés pour faire lever des cultures de printemps, voire du colza à l’automne…

En pompant l’eau l’hiver, les 5 % d’irrigants connectés aux mégabassines ne seront en outre plus limités par les arrêtés sécheresse et vont ainsi hypothéquer le peu d’eau que l’on aura dans nos rivières et nos nappes, aux dépens des autres agriculteurs et des besoins en eau potable de la population.

Ce système est, depuis des décennies déjà, partie prenante du manque d’eau chronique sur nos territoires. Dans la course au productivisme, le bocage a laissé place à la plaine. Les haies ont disparu. Les prairies, qui servaient de pâturage et stabilisaient les sols, retenaient l’humidité et hébergeaient une multitude d’êtres vivants, ont été remplacées par de vastes étendues céréalières drainées, qui ne sont plus fertiles sans engrais ni pesticides. Dans le Marais poitevin, plus de la moitié des prairies naturelles ont disparu au profit de cultures depuis les années 1980. Sa production « intensive » est aussi à mettre en balance avec la pollution durable des sols et des eaux, et la baisse drastique de la biodiversité animale et végétale.

En réalité, cette agriculture sape depuis plusieurs décennies les conditions de sa reproduction et donc de notre alimentation. Les agriculteurs, dépendants de la politique agricole commune (PAC) économiquement, sont victimes de choix politiques désastreux. Nous n’oublions pas non plus que des maladies liées aux pesticides comme Parkinson ou le cancer de la prostate sont reconnues comme maladies professionnelles.

« L’argent public ne doit pas servir à sauver un modèle insoutenable »

Face au réchauffement climatique et à la dégradation des conditions de vie sur Terre, nous devons réfléchir à transformer nos pratiques agricoles pour préserver les paysages, l’eau et la nature au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. L’utilisation de l’eau doit être repensée de façon ciblée sur des productions nourricières et locales pourvoyeuses d’emploi, comme le maraîchage. Tout comme la production industrielle de viande : nous devons réorienter nos élevages vers des systèmes vertueux herbagers moins dépendants de l’apport en céréales. En accord avec les capacités de la ressource, le stockage de l’eau pour l’irrigation est possible avec, par exemple, de petites retenues remplies uniquement par ruissellement des eaux de pluie ou à partir des eaux de surface et des rivières en période de crue.

arton26712.jpg L’eau pompée dans les nappes phréatiques pour les mégabassines (ici, celle de Mauzé-sur-le-Mignonn, dans les Deux-Sèvres) est destinée avant tout à l’irrigation du maïs. © Delphine Lefebvre / Hans Lucas / via AFP

L’argent public doit servir à favoriser ce changement de pratiques et non à sauver un modèle insoutenable.

L’accaparement de l’eau et le type d’exploitation qu’il promeut renforcent encore les processus déjà à l’œuvre d’accaparement des terres et de disparition des petites fermes. Alors qu’il est plus que jamais urgent que les alternatives paysannes se développent, les politiques agricoles ne cessent de favoriser l’agrandissement d’exploitations non transmissibles à des nouveaux installés. À qui vont aller des infrastructures devenues démesurées et inaccessibles financièrement sinon à des industriels ou des investisseurs ?

Les mégabassines ne sont pas un combat entre écologistes, d’un côté, et agriculteurs, de l’autre, mais bien le symbole d’un choix à effectuer entre deux visions de l’agriculture, entre deux futurs possibles pour nos territoires. Notre part dans ce combat, nous la prenons déjà au quotidien par notre pratique paysanne, mais nous savons que le tournant nécessaire ne surviendra pas sans mobilisations larges et déterminées de la société civile.

Chronique

Par Celia Izoard 25 octobre 2022 un article de REPORTERRE

Nous n'avons pas besoin d'ouvrir des mines en Europe

arton26673-a3a29.jpg La mine de cuivre et molybdène de Kajaran, en Arménie. - CC BY-SA 4.0 / Serouj (courtesy of Pan-Armenian Environmental Front) /Wikimedia Commons

L’Union européenne voit dans la production domestique de métaux précieux un impératif stratégique. Pour notre chroniqueuse, il s’agit d’une fuite en avant vaine et polluante d’un monde qui refuse toute alternative.

Le récent discours prononcé à Prague par le vice-président de la Commission européenne chargé de la prospective vaut le détour. Écoutons-le, ne serait-ce que parce qu’il cite Margaret Thatcher, ce qui n’est jamais bon signe. « Il n’y a pas d’alternative », a ainsi martelé Maroš Šefčovič le 12 septembre lors de la conférence européenne sur la sécurité des matières premières : il faut de toute urgence ouvrir des mines en Europe. Pourquoi ? « Pour construire l’économie décarbonée et numérique à laquelle nous aspirons tous », et pour assurer nos « capacités de défense militaire ».

L’Europe devrait sécuriser son « autonomie stratégique » face aux monopoles chinois sur les métaux et à une production minière russe en pleine expansion du fait de son influence grandissante en Afrique. Pour ce faire, la Commission prépare un projet de loi sur les métaux critiques. Mais il faudra convaincre les populations d’accepter ce boom minier européen sur leurs territoires. Comme l’a expliqué le vice-président, le sujet est « socialement sensible » et nécessite « un nouveau contrat social autour des matières premières ».

lithiummmmm.jpg La mine de lithium du Salar de Uyuni, en Bolivie. L’Europe n’en produit quasiment pas, malgré les gisements existants et une demande en forte augmentation. BY-SA 2.0 / Coordenação-Geral de Observação da Terra/INPE / Flickr via Wikimedia Commons

« Un nouveau contrat social autour des matières premières », voilà qui paraît hautement nécessaire, en effet. Car les projets industriels dans lesquels nous ont embarqué nos dirigeants reposent tous sur une multiplication fulgurante de la demande en métaux. La production en masse de véhicules électriques personnels, par exemple. Une équipe de recherche du National Science Museum a calculé que pour convertir à l’électrique tout le parc de véhicules de l’Angleterre, il faudrait l’équivalent de deux fois la production mondiale actuelle de cobalt, les trois quarts de la production mondiale de lithium, et la moitié de la production mondiale de cuivre.

Impasses

Les écoliers pourraient résoudre le problème suivant : « À partir de ces chiffres, indiquez combien de fois la production mondiale de cobalt, de lithium et de cuivre sera nécessaire pour produire suffisamment de batteries pour l’ensemble du parc de véhicules européen ? Sachant que le parc de véhicules européen ne représente qu’un tantième du parc mondial, ce projet est-il viable ? » Non, répondraient probablement les écoliers, il faudrait plutôt renoncer à une grande partie de nos véhicules pour lutter contre le réchauffement climatique.

On aboutit à ce même genre d’impasse si l’on prétend extraire des métaux pour obtenir suffisamment d’énergies renouvelables, non pas pour faire tourner nos dix ampoules, le frigo et la pompe du jardin, mais pour produire en masse de l’hydrogène vert pour alimenter des usines d’engrais, des cimenteries et des millions de camions de livraison. Non pas pour éclairer l’école et faire tourner l’hôpital, mais pour faire fonctionner la 5G et produire des milliards d’objets connectés.

Ce à quoi nous aspirons tous ?

Car, selon Maroš Šefčovič, il faudrait accepter ce boom minier européen pour construire « l’économie numérique à laquelle nous aspirons tous ». De fait, le secteur numérique est celui qui consomme la plus grande variété de métaux, dont les terres rares et autres métaux de spécialité utilisés pour doper les propriétés des appareils. Les équipements électriques et électroniques engloutissent chaque année trois millions de tonnes de cuivre et la moitié de l’argent métal produit dans le monde. La moitié de la production mondiale de tantale est utilisée pour produire des condensateurs, la fibre optique nécessite près d’un tiers de la production mondiale de germanium, etc.

L’économie numérique « à laquelle nous aspirons tous » ? Il paraît urgent au contraire de se demander qui aspire à quoi. Car à l’évidence, ce ne sont pas les serveurs de Wikipédia qui font exploser la demande en énergie et en métaux du numérique. En revanche, le pilotage de la santé, de l’éducation ou de l’aide sociale par l’intelligence artificielle répond-il à une aspiration profonde ? Les parents ont-ils demandé à lutter chaque jour contre l’emprise de la vidéo en ligne et d’Instagram pour éduquer leurs enfants ? Combien de data centers, de milliers de serveurs et de tonnes de métaux supplémentaires seront nécessaires pour qu’on puisse accéder aux frissons du porno sur le métavers ? La Déclaration de Versailles adoptée par les chefs d’État européens en mars 2022 place d’ores et déjà la future 6G au rang des « technologies-clés ». Est-ce vraiment « ce à quoi nous aspirons tous », alors que la Convention citoyenne pour le climat avait exigé en vain un moratoire sur la 5G ?

vroumine.jpg Paysages creusés et camions de déchets : les ravages concrets de l’industrie minière. CC BY-SA 3.0 / Sara Anjargolian / Wikimedia Commons

Enfin, pour le vice-président de la Commission européenne, il faut créer des mines pour produire l’armement nécessaire au « maintien du statut géopolitique de l’Union européenne ». Autrement dit, il faudrait disposer de métaux stratégiques pour que Safran puisse produire ses drones tactiques, ses systèmes de visée et ses interfaces homme-machine. Pour que Thalès puisse développer son cloud de défense et ses systèmes de reconnaissance biométriques.

Selon le dirigeant européen, il en va de la sécurité des peuples européens. Mais on pourrait considérer à l’inverse que cette course à l’armement, qui alimente la ruée minière, menace profondément notre sécurité. Pourquoi ? D’une part, parce que la production de ces armes répond avant tout à des objectifs économiques : elles sont exportées dans le monde entier et outillent nombre de dictatures. D’autre part, parce que la course aux métaux est en train de devenir l’une des principales cause des guerres.

Consommation massive d’eau

Les projets industriels que toutes les grandes puissances mondiales déclinent à l’identique créent une tension grandissante : il n’y aura jamais assez de mines et de métaux pour que la Chine, les États-Unis, l’Europe et la Russie puissent produire chacune leur parc de véhicules électriques, leur infrastructure de big data, leurs constellations de satellites et leur armement, même en systématisant le recyclage, même en ouvrant des mines en Europe et partout ailleurs dans le monde.

Enfin, parce que les teneurs des mines actuelles sont devenues si faibles que le traitement des métaux nécessite des quantités d’eau considérables : une grande mine de cuivre peut en consommer 40 millions de mètres cubes à l’année. Or 70 % des mines des six plus grandes entreprises mondiales sont situées dans des zones qui manquent d’eau. La demande en métaux va donc se heurter à des tensions croissantes, y compris en Europe. Dans dix ans, comment alimentera-t-on malgré la sécheresse les mines de cuivre du Sud de l’Espagne ou du Portugal ? bram-van-oost-wihlnrqsysc-unsplash.jpg

Des voitures autonomes et le fatras de composants électroniques qui les accompagne, est-ce vraiment ce à quoi nous aspirons ? Unsplash /Bram Van Oost

Le « nouveau contrat social autour des matières premières » que préparent les dirigeants européens pour accélérer les projets miniers ressemble donc à un conditionnement des opinions publiques que l’on prétend soumettre à des intérêts supérieurs artificiels. Le discours de Šefčovič illustre cette tentative de faire de la course aux métaux en Europe une nécessité impérieuse justifiée par la lutte contre le réchauffement climatique, la numérisation et la sécurité. Mais dans les trois cas, ce sont les intérêts des industries européennes qui sont défendus.

Ces intérêts ne justifient ni le saccage des territoires européens par les sites miniers, ni le saccage des pays producteurs du Sud. Car dans tous les cas, la demande en métaux est telle qu’elle implique une extraction européenne et mondiale, et non une relocalisation des sites. Ainsi la Commission et la Banque mondiale encouragent-elles des partenariats internationaux autant que des projets continentaux.

N’y a-t-il pas d’alternative ? Doit-on construire des mines pour alimenter les gigafactories de Volkswagen, la Tesla de tonton, les data center des « États-plateformes » et les drones de la gendarmerie ? L’objet de la politique est justement de réintroduire des alternatives là où on prétend qu’il n’y en a pas, de réinjecter de l’analyse et du débat dans ces faux impératifs. Si les Européens veulent se confronter à leur dette environnementale à l’égard du reste du monde, ils et elles doivent dénoncer les projets industriels de leurs classes dirigeantes et de leurs entreprises, dont les besoins en métaux contribuent au déclenchement de cette ruée minière mondiale.

Dans l'Hérault, la naissance sous haute surveillance de tortues caouannes

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Une jeune tortue caouanne. - CC BY-SA 4.0 / GTCP, photo by Kimberly Nielsen / Wikimedia Commons

Après plus de cinquante jours d’incubation sous la protection de bénévoles, les tortillons caouannes de la plage du casino, à Valras, sont enfin nés et ont rejoint la mer.

Valras-Plage (Hérault), reportage

Discrètement, les tortillons sont sortis du sable. En cette fin de journée du 7 septembre, le ciel gris et la mer encore gonflée des orages de la veille n’invitaient pourtant guère à la baignade. Un instant magique pour Jean-Michel, du Centre d’étude et de sauvegarde des tortues marines de Méditerranée (CESTMed), le premier à avoir vu la quarantaine de bébés tortues sortir de leur nid et gagner la mer, « à la queue leu leu et en pleine forme », bien décidées à vivre. Immédiatement, c’était le branle-bas de combat parmi les bénévoles présents sur le site. Quant aux nouveau-nés, ils ont jeté leurs 25 grammes à l’eau et ont pris le large, sans s’inquiéter de l’agitation qu’ils provoquaient autour d’eux.

Le miracle a commencé le 17 juillet dernier dans la nuit. Une tortue caouanne — Caretta caretta pour les intimes — a choisi Valras-Plage pour y pondre ses œufs. C’est Alain qui a remarqué depuis le boulevard l’intrépide tortue grimper sur la plage. « Elle a fait quelques mètres tout droit pour ensuite tourner sur sa droite. Là, elle s’est posée et elle a commencé à creuser un vrai tube ! 45 minutes après, elle pondait. Avec mes enfants, on a vécu un truc extraordinaire ! » Ni les lumières du casino ni les enrochements mis en place contre l’érosion n’ont dissuadé l’animal de choisir cet endroit. Il est admis que les femelles adultes viennent pondre leurs œufs sur la plage où elles sont elles-mêmes nées, ou sur un rivage voisin. Alors pourquoi ici ? « Il est possible que la surchauffe des eaux de la Méditerranée cet été ait perturbé la tortue dans son choix du lieu de ponte. Mais ce n’est qu’une hypothèse », dit Théo, du CESTMed. index.jpg

Des protections ont été installées sur la plage, autour du lieu de ponte. © Franck Soler / Reporterre

Durant toute la période d’incubation, le site a été surveillé jour et nuit par les bénévoles de trois associations, Sea Shepherd France, le CESTMed et les Orpellières. « Il y a plus d’une centaine de bénévoles mobilisés. Deux à huit personnes se relaient en permanence sur le site. C’est un gros effort pour nous, mais il en vaut la peine. La présence de ce nid nous rappelle que la Méditerranée est bien vivante », explique Kevin, de Sea Shepherd. La municipalité de Valras s’est également investie dans le dispositif de sécurité et de suivi mis en place autour du site. « Certes, on a été surpris mais ensuite, il n’y a pas eu de réticence pour intervenir et notamment pour fermer une partie de la plage alors que nous sommes en plein été », dit le maire, Daniel Ballester. Parmi les bénévoles, une élue valrasienne avoue avec émotion : « C’est un vrai cadeau qu’elle nous a fait, cette tortue, de venir pondre ici. » Wprcz3dZums3Y3Ibkh89dVeG4GmnqoKgeSAmgWbx.jpg

Seules trois pontes de tortues caouanne ont pu être observées sur les côtes méditerranéennes françaises, À Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), Fréjus et Saint-Aygulf (Var). Pour Théo, ces dernières années, le phénomène n’est pas si rare : « Ce qui est exceptionnel, sur une plage très fréquentée comme ici, c’est d’avoir pu repérer la tortue au moment de la ponte et d’avoir pu rapidement protéger son nid. » Caretta caretta est encore bien présente en Méditerranée mais l’espèce est aujourd’hui très menacée, à la fois par la pêche industrielle, le braconnage et la pollution plastique. « 90 % des tortues adultes que nous récupérons en centre de soins ont du plastique en elles et cela peut représenter jusqu’à 14 grammes par individu. »

Samedi 10 septembre, l’excavation du nid a permis aux scientifiques de comptabiliser le nombre de naissances : quatre-vingt-quinze tortillons sont sortis de leur coquille et deux sont mort-nés. Par ailleurs, seize œufs n’étaient pas fécondés. Tout a été mis en œuvre pour que l’émergence des tortillons se déroule le plus « naturellement » possible.

Difficile d’y croire quand, dans cette nature chamboulée, la survie tient du miracle. Seul un tortillon sur mille arrive à l’âge adulte. Mais cette cruelle réalité n’empêche pas l’émerveillement ni la mobilisation. Aussi Kevin se veut positif : « Cet événement réveille nos consciences et nous rappelle nos responsabilités vis-à-vis de la Méditerranée et du monde marin en général. »

Un Grand Chemin de randonnée entre le lac d’Avène et le lac du Salagou

INAUGURATION LE DIMANCHE 25 SEPTEMBRE

Ce circuit GR de Pays Entre deux lacs Avène Salagou permet de découvrir deux lacs différents l’un de l’autre mais complémentaires d’un point de vue paysager. Ambiance forestière au Nord avec la forêt domaniale des Monts d’Orb, et décor unique caractéristique du Cœur d’Hérault au Sud où les roches rouges appelées « ruffes » sont omniprésentes. Les calcaires dolomitiques blancs du cirque de Mourèze viennent compléter ce tableau saisissant.

Ce parcours balisé présente trois composantes : le tour du lac du Salagou (2 jours pour 32km), le tour du lac d’Avène (2 jours – 33km) et le linéaire « Le sentier des deux lacs » (3 jours – 46 km) qui fait la jonction entre ces deux sites et donne une identité forte à l’itinéraire.

Cette configuration singulière a l’avantage d’offrir plusieurs possibilités de cheminement au randonneur selon son niveau et ses envies. 

La thématique de l’eau est au cœur de cette itinérance originale qui propose une grande variété de paysages et de patrimoines dans un périmètre restreint.

A voir

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Autour du lac d’Avène : un environnement forestier préservée et géré par l’Office National des Forêts, la commune d’Avène réputée pour sa station thermale, le village médiéval de Ceilhes-et-Rocozels, le plan d’eau du Bouloc et les points de vue, au Col Vert, au sommet du Mont Redon et du Peyreguille. P1170305-JPG.jpg Sur le sentier des deux lacs : un patrimoine dédié à l’eau (puits, fontaines, lavoirs…), les nombreux points de vue, le patrimoine religieux et les villages typiques de Joncels (vestiges d’une abbaye bénédictine), Lunas, Dio (château), Brenas et Octon. P1170380-JPG.jpg

Autour du lac du Salagou : un patrimoine bâti unique avec l’emblématique hameau de Celles, le village médiéval de Mourèze et son cirque géologique, le splendide panorama à 180° depuis le sommet du mont Liausson sur le lac et la vallée, le village « perché » de Liausson et son belvédère, les caveaux viticoles. DSC01767-JPG.jpg

L'itinéraire

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L'inauguration

L’inauguration aura lieu à 11 h 30 à Brenas, place de l’Eglise. Deux circuits seront proposés à cette occasion : une boucle facile autour du village et un circuit plus difficile sur le nouveau GR® de Pays entre Celles et Brenas.

Programme

  • 7h30 : Accueil des randonneurs à Celles
  • 8h : Départ de la randonnée
  • 11h30: Arrivée à Brenas, inauguration, apéritif offert, repas tiré du sac.
  • De 14h à 15h30 : Navette vers Celles, toutes les 30 minutes. Sur réservation.

Technicité de la randonnée :

Distance : 13km. Durée : 3h30. Difficulté : Difficile pour randonneurs habitués. Dénivelé : +548 m.

Organisé par la FFRP, les Communautés de communes du Clermontais, Grand Orb et Lodèvois et Larzac, le Syndicat Mixte de Gestion du Salagou, le département de l'Hérault, Hérault Tourisme, Hérault Sport.

François Sarano : « L’emballement autour du béluga était indécent »

  • Par Emmanuel Clévenot -11 août 2022- un article de Reporterre*

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Des vétérinaires s'occupent du béluga échoué dans la Seine, le 9 août 2022. - © AFP/Jean-François Monier

Le béluga perdu dans la Seine a suscité un émoi « indécent », dénonce l’océanographe François Sarano. Pour lui, la mort de milliers d’autres cétacés et animaux chaque année reste invisibilisée et déresponsabilisée.

Océanographe, François Sarano a navigué treize années à bord de la Calypso, accompagnant le commandant Cousteau dans ses plus folles expéditions. Il est un plongeur hors pair, spécialiste des cétacés.

ReporterreLe béluga égaré depuis plus d’une semaine dans la Seine est mort le 10 août. Quel est votre sentiment face à l’emballement médiatique qu’a suscité cette histoire ?

François SaranoC’est indécent. J’ai le sentiment qu’on amuse les gens. Je ne dis pas que le sort de ce béluga n’était pas important, mais il est complètement disproportionné. Depuis cinquante ans, les associations essaient d’attirer l’attention sur les dégâts considérables que nous provoquons dans les écosystèmes. Chaque jour, nous sommes responsables de la mort de centaines de cétacés et autres animaux marins et terrestres. Si les personnes s’apitoyant sur le sort de ce béluga renonçaient à manger du Nutella, elles épargneraient la vie de dizaines d’orangs-outans à qui l’on détruit les forêts pour cultiver l’huile de palme. Et lorsqu’elles mangent un hamburger, pensent-elles aux centaines d’hectares de déforestation provoqués en Amazonie ? Soyons sérieux une seconde.

Si tout d’un coup, ce béluga avait été un facteur déclenchant nous permettant de réaliser que notre consommation irresponsable tue chaque seconde des animaux... alors formidable ! Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas. S’il avait finalement été remis dans un aquarium ou à la mer, tout le monde aurait applaudi. Nous détruisons la planète au quotidien et, tout d’un coup, on trouve cela dramatique.

Sans parler des moyens qui ont été déployés pour tenter de sauver l’animal. On a mobilisé le ban et l’arrière-ban, pendant qu’à nos portes, en Méditerranée, des centaines de nos frères humains se noient. On refuse de les accueillir, des associations comme SOS Méditerranée peinent à se faire entendre... Toute cette disproportion m’écœure.

Le mystère de son intrusion dans la Seine reste entier. Aux yeux de la présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali, il a pu être désorienté par la pollution sonore du chantier éolien au large de Dieppe. Que pensez-vous de cette hypothèse ?

Elle a raison d’évoquer les pollutions sonores. Seulement, le béluga ne s’était pas perdu à Dieppe. Il était déjà paumé avant d’arriver en Écosse. Cette espèce vit habituellement dans les régions arctiques et subantarctiques. De nombreux clans sont présents dans l’estuaire du Saint-Laurent, au Canada, ou encore au nord du Groenland. Ils s’aventurent très rarement plus au Sud, le long des côtes américaines, et encore moins ici, le long des côtes françaises ou dans la Seine. C’était tout à fait anormal.

Comment expliquer qu’il se soit retrouvé là, à plusieurs milliers de kilomètres des siens ?

Les animaux migrateurs, dont le béluga, se servent beaucoup de leur sens du magnétisme pour s’orienter. Or, depuis une décennie, le pôle Nord magnétique migre de 50 kilomètres vers l’Est chaque année. Un déplacement très rapide, lié au mouvement interne du magma. Il y a quelque temps encore, il se trouvait côté canadien, et le voilà désormais en Sibérie. Les animaux s’orientant grâce à ce pôle peuvent alors être désorientés de quelques degrés. Une petite différence qui, sur des milliers de kilomètres, les conduira irrémédiablement vers une autre région du monde, car les animaux ne reviennent jamais en arrière. S’ils se trompent de route, ils tentent de trouver une solution vers l’avant... au risque de se perdre.

Le magnétisme terrestre peut aussi être modifié localement par les remontées de magma. La récente prééruption d’un volcan en Islande a potentiellement induit en erreur ce béluga qui passait dans les environs. Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle est sérieuse. Les ornithologues en savent quelque chose, cela arrive très fréquemment chez les oiseaux.

Par ailleurs, il peut y avoir eu des exercices militaires dont nous ignorons la teneur, dans la région canadienne ou la région arctique. Les sonars des sous-marins, et surtout ceux des chasseurs de sous-marins, sont extrêmement puissants et perturbants pour tous les cétacés. Toutes les 30 secondes, ils sont harcelés par une sorte d’alarme, équivalente à celle d’une maison, juste à côté de leurs oreilles. C’est hallucinant.

La modification des courants marins, liée au réchauffement climatique, peut-elle aussi être à l’origine de la déroute du béluga ?

Oui. Dans les régions polaires, sous la glace, l’eau est extrêmement froide et salée, ce qui la rend lourde. Elle coule donc vers le fond marin, ce qui induit tout un mouvement des eaux de surface vers le Nord pour compenser ce manque. Sauf qu’avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, ce phénomène se fait plus rare et les courants marins sont modifiés. Ajoutez à cela les changements de densité de l’eau, et les cétacés, qui s’appuient sur la saveur et les mouvements de l’eau pour se déplacer, se retrouvent désorientés.

Il y a aujourd’hui toutes sortes de bouleversements, à la fois liés à des causes magnétiques, purement internes à la Terre, et à des perturbations humaines. Et n’oublions pas une autre hypothèse : ce béluga était peut-être simplement à la recherche de nourriture, parce que nos chalutiers géants ont dépeuplé les mers et continuent à ravager des zones, où un certain nombre de ces animaux vont mourir.

Une baleine grise de l’océan Pacifique observée en Méditerranée en mai 2021, une orque aperçue dans la Seine en mai dernier.... Ces anomalies seront-elles plus fréquentes ?

Je ne peux pas répondre. Cela reviendrait à se demander si, au lendemain de deux accidents consécutifs d’avion, un troisième allait se produire. Dans toutes les espèces de cétacés, certains individus plus indépendants que les autres partent parfois en exploration. Chez les dauphins, on appelle ça les ambassadeurs. Ils sont en quelque sorte des Marco Polo de leur espèce.

De tout temps, la colonisation du monde par les animaux est en partie passée par là. Les animaux s’installent dans de nouvelles régions, fondent de nouvelles colonies et deviennent parfois de nouvelles espèces. Il s’agit soit d’individus rejetés par leur famille, soit d’individus s’isolant eux-mêmes, en quête d’indépendance.

Seulement, lors de leurs déplacements retour, il arrive qu’ils soient induits en erreur si les conditions du milieu ont changé. Cela conduit alors à des échecs, au même titre que les explorations humaines desquelles certains ne sont jamais revenus, faute d’avoir accosté dans des contrées hospitalières.

dcc.jpg Béluga dans un aquarium. [Pxhere/CC0->https://pxhere.com/fr/photo/672234]

Éloge de la marche dans un monde qui va trop vite

arton25725-548f5.jpg Le paysagiste et botaniste Gilles Clément chez lui, dans la Creuse. - © Mathieu Génon/Reporterre

Dans cette tribune, le sociologue David Le Breton dresse l’éloge de la marche, qu’il qualifie d’« acte de résistance civique privilégiant la lenteur, la conversation, la gratuité ».

David Le Breton est sociologue, et auteur de Marcher la vie — Un art tranquille du bonheur (2020), de Disparaître de soi. Une tentation contemporaine (2015), de Marcher — Éloge des chemins et de la lenteur (2012) aux éditions Métailié ou encore d’En roue libre — Une anthropologie sentimentale du vélo (aux éditions Terre urbaine, 2020).

Les mondes contemporains confrontent en permanence à une multitude de décisions et de sollicitations, dans une course sans fin. Ils ont remplacé la rareté des biens de consommation par la rareté du temps. L’individu est soumis à l’écrasement du temps sur le seul présent puisque le monde n’est plus donné dans la durée. Pluie des SMS et des mails, sollicitation sans répit des sonneries ou des signaux d’arrivée de messages… la tyrannie de l’immédiat et de l’urgence mobilise un défilement sans repos des activités à accomplir et des réponses à donner. D’où ce sentiment de ne plus avoir de temps à soi et de courir sans cesse après une existence qui échappe.

L’accélération du changement social implique parallèlement l’obsolescence des expériences et de la mémoire, l’entrée dans une société amnésique. La vitesse ne laisse plus le temps d’enregistrer les événements, elle produit l’oubli. Elle réduit le corps à l’immobilité à travers les prothèses innombrables qui le relaient pour rester dans le flux. Elle procure une intensité provisoire, mais ne laisse aucune trace, à la différence de la lenteur propice à l’appropriation des lieux ou des situations.

La marche est en ce sens une résistance. Les marcheurs ne sont pas pressés. Ils cheminent à quatre ou cinq kilomètres-heure, n’hésitent pas à faire la sieste ou à lanterner quand, en avion, on traverse l’Atlantique en une dizaine d’heures. Une journée de marche revient à quinze-vingt minutes de voiture. Les marcheurs prennent leur temps et refusent que leur temps les prenne. Les heures sont à eux, non aux impératifs sociaux. Leur cheminement paisible restitue l’épaisseur de la présence au monde et aux autres, il est un instrument puissant de retrouvailles avec les proches pour ces moments de plus en plus mesurés où l’on est tout entier dans le souci de l’autre tout en partageant des moments privilégiés. img_0069_01.jpg Les marcheurs prennent leur temps et refusent que leur temps les prenne. © P.O Chaput /Reporterre

Marcher, c’est cesser de perdre pied ou de faire des faux pas, c’est se retrouver de plain-pied dans son existence. Le chemin parcouru rétablit un centre de gravité qui s’était défait au fil du temps, ou bien il le renforce en procurant des moments de plénitude. Dans un autre temps, Thoreau écrivait déjà dans Walden, ou la vie dans les bois (1854) : « Je gagnais les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie […], vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en spartiate pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie. »

La marche remet en ordre le chaos intérieur

Une marche, même de quelques heures, instaure une distance propice avec le monde, une transparence à l’instant, elle plonge dans une forme active de méditation, de contemplation. Elle donne sa pleine mesure à l’intériorité. Détour pour rassembler les fragments épars de soi, elle remet en ordre le chaos intérieur, elle n’élimine pas la source de la tension, mais change le regard sur elle.

L’esprit bat alors la campagne en toute liberté, car la marche est aussi un cheminement entre pensée et mémoire, sans hâte, sans crainte d’être interrompu par un emploi du temps exigeant ou une sonnerie intempestive. Pour mémoire, le Bouddha, le Christ, Mahomet sont d’abord des hommes à pied, livrés à leur seul corps, et leur parole se répand au rythme de leurs déambulations et de leurs rencontres avec les autres.

lisa_2.jpg La marche est un cheminement entre pensée et mémoire, sans crainte d’être interrompu par un emploi du temps exigeant ou une sonnerie intempestive. © E.B / Reporterre

De surcroît, la marche est une activité physique sans compétition, tout entière dans la jouissance de l’instant. Le marcheur redécouvre son corps au jour le jour, et nombre de maux liés au manque d’exercice physique s’effacent sans qu’il s’en aperçoive : déprime, tensions musculaires, lourdeurs digestives…Tissée d’humilité, de patience, de lenteur, de détours, la marche reste dans les limites des ressources physiques sans recherche de vaines prouesses, elle s’ajuste aux aspérités, aux courbes ou aux difficultés du terrain. L’individu retrouve un sentiment d’enracinement à la terre. Longtemps d’ailleurs, la mesure de l’espace sollicitait le corps. Il n’existait pas alors dans nos sociétés une rupture entre l’humain et le monde. On parlait de pouces, de pieds, de brassées, de coudées, de toises. Le corps était encore un écho du cosmos.

Anachronique dans le monde de la vitesse, de l’utilité, du rendement

Aucun combat avec les éléments pour y imprimer son empreinte personnelle, mais une volonté apaisée de se perdre avec élégance dans le paysage sans jamais le considérer en adversaire à vaincre. Une co-naissance avec un monde environnant se révèle au fur et à mesure de l’avancée. La « biodiversité » cesse alors d’être un mot abstrait, et s’associe aux odeurs d’herbe coupée, de fleurs jusqu’alors inconnues, à la contemplation des collines ou des arbres, au souffle du vent, etc. Il s’agit bien d’avoir les pieds sur terre au sens littéral et symbolique, et non plus à côté de ses pompes.

Le succès grandissant de la marche depuis une vingtaine d’années est une manière heureuse de se mettre en retrait. Qu’ils marchent une journée sur des sentiers de campagne ou s’aventurent pour de plus longues périodes sur les chemins de Compostelle ou de la Francigena, les marcheurs n’ont plus de comptes à rendre, ils deviennent anonymes sur les chemins, enfin disponibles à leur existence, hors course. Ils abandonnent provisoirement leurs repères familiers pour se mettre en situation de découvertes, de réinvention de soi.

Anachronique dans le monde de la vitesse, de l’utilité, du rendement, de l’efficacité, la marche est un acte de résistance civique privilégiant la lenteur, la disponibilité, la conversation, la curiosité, l’amitié, la gratuité, la générosité, autant de valeurs opposées aux exigences néolibérales qui conditionnent désormais nos vies. Quête d’intériorité, d’apaisement, de convivialité, elle est un éloge de l’attention au monde.

Une tortue caouanne pond sur la plage de Valras sous la protection des pompiers de l'Hérault

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C'est un article de France3 Occitanie écrit par Fabrice Dubault

Les pompiers de Valras et les services techniques de la station balnéaire sont intervenus la nuit dernière pour sécuriser la ponte d'une tortue marine sur la plage. Une opération rare et insolite.

Au milieu de la nuit, les pompiers de Valras ont reçu un appel un peu particulier... Une personne leur signalait la présence d'une tortue caouanne sur la plage en train de pondre. Un équipage est alors parti sur place. Une fois l'animal repéré, les pompiers ont balisé et sécurisé la zone avec l'aide des services techniques de la ville.

Un nid et une centaine d'oeufs

Une fois ses oeufs pondus, probablement une centaine, la tortue amoureuse de la plage héraultaise les a recouvert de sable et a repris la mer. Mais pour la sécurité et la viabilité des oeufs, un périmètre de sécurité a été mis en place jusqu'à 15 mètres du nid.

Pour éclore, il leur faut entre 40 et 60 jours, voire plus, selon les conditions météo et environnementales. Par ailleurs, pour éviter tout soucis, le maire de Valras a rappelé que les chiens étaient strictement interdits sur la plage par arrêté municipal. Il a aussi demandé l'arrêt des passages de véhicules et d'engins à moteur à cet endroit du littoral.

C'est une plage urbaine. Nous avons fait un périmètre clos de 50 mètres de diamètre autour du nid, avec interdiction de passage. Pendant deux mois, il n'y aura aucun passage à cet endroit de la plage, pour tous les services y compris de secours. Olivier Sébastien, directeur des services techniques de Valras-Plage.

Un dispositif de surveillance

Une caméra de surveillance de la ville est désormais braquée sur le périmètre balisé. Des rondes de police seront organisées et en journée, les surveillants de baignade veilleront sur le nid. La température de ce dernier est également contrôlée puisque celle-ci doit osciller entre 24 et 34 degrés sous le sable. Si les nuits devenaient trop fraîches, le nid pourrait être déplacé.

C'est la première fois que l'on trouve un nid à cet endroit, mais cela ne veut pas dire que ces tortues, courantes en Méditerranée, ne viennent jamais. Elle est probablement née sur cette même plage il y a vingt ou trente ans, puisque ces tortues viennent pondre là où elles sont nées. Cindy Capdet, une des responsables du CESTMed, Centre d'étude et de sauvegarde des tortues marines de Méditerranée.

Ce qui est rare, c'est d'assister à la ponte et de pouvoir ensuite protéger le nid. Si personne n'était passé à cet endroit à ce moment précis, la tortue serait repartie sans que personne n'ait connaissance de la présence de ce nid sous le sable ajoute-t-elle.

Une espèce menacée et protégée

La tortue caouanne femelle, une espèce que l'on trouve dans beaucoup de mers et d'océans du globe, sort de l'eau pour pondre ses oeufs sur la plage, et les enterrer dans le sable. On la trouve principalement dans les eaux salées et les estuaires.

La caouanne a un faible taux de reproduction. Les femelles pondent en moyenne quatre couvées et entrent en repos, ne pondant aucun œuf pendant deux à trois ans. La caouanne atteint la maturité sexuelle à l’âge de 17 à 33 ans et a une espérance de vie comprise entre 40 et 67 ans.

La tortue caouanne est considérée comme une espèce menacée et est protégée par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

La mer Méditerranée est une véritable nurserie pour les jeunes qui viennent souvent de l'Atlantique s’y réfugier en nombre, et elle accueille également des adultes au printemps et en été. Les principaux lieux de ponte sont la Grèce avec plus de 3.000 nids par an et les côtes de la Turquie et de Chypre. L'Observatoire des tortues marines de France métropolitaine a noté une activité de reproduction plus régulière depuis 2016 pour cette espèce protégée. Un phénomène qui serait dû à l'augmentation de la température de surface en Méditerranée française.

Des nids de tortues marines ont ainsi été observés à Fréjus, dans le Var, en 2020 ou encore en 2018 à Villeneuve-lès-Maguelone, dans l'Hérault

« Il m’attendait »

arton24866-f4b74.jpg © Noël Jeannot

récits de rencontres avec de grands prédateurs

Un article de Magali Reinert et Estienne Rodary (Reporterre) Durée de lecture 13mn

Bergers, éleveurs ou naturalistes nous racontent leur rencontre avec un grand prédateur : loup, lynx ou ours. Souvent avec le sentiment que, des deux, c’est l’animal qui maitrise le mieux la situation.

Bon an mal an, les grands prédateurs se réinstallent dans les montagnes françaises. Loups, ours et lynx cohabitent aujourd’hui avec les humains sur les espaces de moyenne ou de haute montagne. Si les médias se font l’écho des conflits que cette cohabitation peut susciter, peu d’histoires rendent compte de la vie quotidienne entre ces différents habitants des montagnes, et notamment du moment particulier de la rencontre. Une rencontre toujours furtive et inattendue, souvent inquiétante et émerveillée. Les témoignages qui suivent, recueillis par Reporterre, ne disent pas si la présence des grands prédateurs est ou n’est pas une bonne chose. Ils racontent une rencontre avec des animaux sauvages qui transforme la perception que ces personnes ont de leurs lieux de vie et de travail.

« J’ai remarqué qu’il manquait une petite agnelle, une que j’avais repérée car elle était un peu maigre. En voyant quinze vautours qui volent au-dessus du parc de nuit, je me dis que le cadavre est là. Je décide d’aller voir sans les chiens de protection et sans mon chien de berger. Je pense que c’est important car sinon je ne l’aurai pas vu. J’y vais en vélo et je tombe nez à nez avec le loup. » Kevin Mouëzant garde 400 brebis dans une vallée boisée du Diois, dans la Drôme. « Ma première réaction, ça a été d’être surpris et ému pendant une seconde ou deux. Puis j’ai eu peur parce que le loup ne m’a pas regardé dans les yeux. J’ai cru qu’il ne m’avait pas vu. Je me suis demandé comment il allait réagir. La rencontre a duré trente secondes, il était à vingt mètres. Pour sortir du parc de nuit, il devait passer devant moi. Il est venu vers moi en trottinant, en m’ignorant. J’ai eu le temps de vivre la peur pour moi, puis de prendre des photos », raconte le berger de 29 ans. « Le loup est parti le long de la piste. Je suis allé chercher le cadavre de la brebis et je ne l’ai pas trouvé. J’ai eu un peu peur car l’éleveur m’avait dit qu’il y avait des meutes, c’est un endroit très boisé, je ne voyais rien. J’ai décidé de partir et, en remontant, je l’ai croisé. Il m’attendait le long de la piste forestière murée par des bois, et il s’est enfui dans les bois quand je suis arrivé à sa hauteur. »

« J’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre »

Pierre Boutonnet est venu s’installer il y a sept ans à Villanueva de Santo Adrianno dans les Asturies, une zone de moyenne montage au nord-ouest de l’Espagne, pour vivre du tourisme lié à la présence de l’ours. La rencontre a eu lieu en août,« quand les ours se rapprochent des villages pour manger les fruits dans les vergers. Je me promène le soir tard dans un petit village des Monts Cantabriques en quête d’observations. Avec ma caméra thermique, je le repère dans un jardin en train de manger des figues. Il y a un portail entre nous, heureusement car il est à seulement quatre mètres de moi. À un moment, il se rapproche du portail, affairé à fouiller le sol. Il vient tellement près que j’ai senti son odeur, une odeur forte, âcre, un peu comme celle du cerf. Lui aussi m’a senti et il est parti. Je l’ai revu par la suite : il revenait toutes les nuits manger des fruits dans ce jardin.