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Posted on 20th Jun, 2017 in Géologie

VOYAGE GEOLOGIQUE (presque imaginaire) A MERIFONS AU PAYS DES RUFFES

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Qui devant le paysage qui s’offre aujourd’hui à mes yeux depuis le col de la Merquière

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jusqu’aux berges du Salagou, familier pour les uns, découverte pour les autres, n’a jamais formulé un « pourquoi » ou un « comment », peut-être resté en partie sans réponses.

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Je suis voyageur, curieux de la Terre, des roches et de leur origine. Je suis marcheur et mes pas m’ont conduit, ici, sur ces terres couleur rouge brique qui rappellent tant les sols d’Afrique et où apparaissent d’étranges empreintes -d’ autres pas- dont certaines ressemblent à des mains humaines aux cinq doigts bien marqués.

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Je suis aussi géologue et porter un regard sur les paysages en faisant parler les roches qui les ont sculptés au gré des cataclysmes et des séismes successifs, c’est parcourir des millions d’années, raconter la Terre et voir sans doute autrement un Paysage, une Région , un Village,

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Après un long voyage initiatique je suis arrivé à Mérifons, ce petit village de l’Hérault, des Hautes Terres du Salagou, le pays des Ruffes. Un voyage qui a commencé il y a 350 millions d’années et qui nous dévoile de passionnants secrets.

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En effaçant du paysage actuel les quelques parcelles de vignes, maisons, ruines et autres vestiges du passage de l’homme, il est facile de se laisser transporter des millions d’années en arrière, au temps où les cours d’eau – comme aujourd’hui - venaient étendre leurs sédiments en bordure des lacs où d’étranges animaux ont laissé les traces de leur passage.

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Il y a 350 millions d années ….. débute un nouvel âge de la Terre.

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Une nouvelle faune et flore se met en place. Un climat chaud et humide s’installe. Notre région est sous l’équateur, les forêts couvrent plaines et montagnes, la vie est exubérante : les insectes pullulent, les amphibiens évoluent, ainsi naît la branche des reptiles, puis celle des mammaliens nos lointains ancêtres, symboles de la longue marche de l’évolution. A cette époque la Terre et notre région prennent un nouveau visage. Par le jeu de la tectonique des plaques, les mers sont chassées, les continents entrent en collision et se réunissent en une terre unique – la Pangée - dominée par une grande chaîne de montagne – la chaîne hercynienne - qui atteint son apogée il y a 300 millions d’années. Ainsi culminent, à plus de 5000m d’altitude, le vieux Massif Armoricain, les Vosges, le Massif Central, la Montagne Noire et le Caroux-Espinouse. Puis notre région dérive vers le Nord, le tropique du Cancer. Le climat change. Les conifères remplacent les forêts houillères. Caroux et Espinouse sont démantelés, érodés en 50 millions d’années. Ici, dans le Bassin de Lodève, les ruffes sont la conséquence de cette érosion: aidés par le jeu des failles, transportés par rivières et torrents, 2000m de sédiments s’ accumulent, par subsidence. Par endroits, dans cette plaine inondable, l’eau pouvait stagner formant lacs et lagunes….. puis la mer revient, ensevelit tout ! Les Ruffes disparaissent, sous toutes les roches de l’ère Secondaire: nos Causses. C’est une longue traversée du désert ! Elles ne seront remises au jour, et ne parviennent jusqu’à nous, qu’après une succession d’évènements géologiques survenus il y a à peine 40 à 10 millions d’années, et qui ont au final modelé le paysage actuel.

Il y a tout juste 2 millions d’années, j’aurai pu assister, ici, à un véritable feu d’artifice, un extraordinaire bouquet final de l’histoire géologique de notre région.

Des volcans explosent de toute part de l’Escandorgue au Cap d’Agde. La lave se répand sur une bonne partie des terres rouges du bassin de Lodève. La cause de ce phénomène réside dans le mouvement des plaques tectoniques: la plaque Africaine remontant vers les plaques Européennes. Aujourd’hui, sous l’action de l’érosion, le paysage s’est transformé,  offrant au regard un paysage paisible. Les coulées noires de basalte coiffent les plateaux. Les volcans ont disparus. En creusant les ruffes, l’érosion laisse en relief leurs cheminées, dégage des fissures de murs de basalte.

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Rouge et noir, ici, on ne se lasse pas d’observer ce contraste de beauté et de couleur, ces sculptures de la nature : necks, dykes « posés » sur les ruffes ravinées et dénudées.

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Au pied de la Lieude, le castellas de Malavieille ! L’image est saisissante: ce pan de mur, ultime ruine se dresse, solitaire, sur son éperon de laves, puissance de l’homme anéantie, témoin de la précarité de notre règne, gardien fragile des traces vieilles de 250 millions d'années faites dans la boue par Merifontichnus thalerus, maître en son temps du Salagou !

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Je quitte La Lieude et Mérifons avec émotion. J’emprunte le chemin des Hautes Terres du Salagou. Je remonte les ruffes. J’y laisse moi aussi les empreintes de mes pas !

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Je suis le Salagou jusqu’ à sa source. J’arrive au col de la Merquière, dédié à Mercure le Dieu des Voyageurs ! Je m’y arrête. Je pose un dernier regard sur ces terres. Mon voyage se termine. Les ruffes permiennes plongent dans la vallée du Salagou. A l’Est, descendant du signal de Brenas, les grès de base du Trias les recoupent franchement. A l’Ouest le plateau basaltique de Carlencas les recouvre. Necks, dykes, filons, intrusions de basalte parsèment le paysage. Un véritable livre de géologie s’ouvre devant moi, près de 300 millions d’années d’histoire de la Terre sont offertes à mes yeux.

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La nature en est auteur et acteur à la fois, elle a créé le décor, écrit l’histoire, joué tous les rôles d’un spectacle jamais achevé. La prochaine page s’écrit devant moi, en espérant toutefois qu’ Homo Sapiens qui aujourd’hui profite de la beauté et de la richesse de cette espace protégé saura aussi le préserver pour nos enfants et les générations futures.

J’aime me rappeler ces deux phrases: « La beauté sauvera le monde »de Dostoïevski et plus récemment celle de René Char « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». mes aussi , ces vers de John Keats " La poésie de la Terre ne s' achève jamais" Elles illustrent, je crois, à merveille la fragilité et la beauté de ce lieu.

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Je laisserai les derniers mots à Aristote, philosophe grec de l' Antiquité qui écrivait en son temps : " L'Univers est éternel, les mondes naissent et meurent, la mer avance et recule, ce qui est la Terre peut devenir la Mer, tout change tout le temps " et Lao-Tseu,personnage mythique de la Chine du 5ème siècle avant J.C :"Rien n'est plus fluide et souple que de l'eau et pourtant, rien mieux que l' eau ne vient à bout de ce qui et dur et fort".

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Ainsi va la Terre, cette planète qui tourne autour d' une étoile, sur un bras de galaxie, entre des peuples de galaxies lumineuses, dans l'Univers infini .... cette vieille dame de 4 milliards et demi d'A.: "berceau de la vie, du renouvellement et des métamorphose du vivant". Peut - on imaginer le futur, une accélération des évènements, notre disparition, une 5ème ère .... le Soleil quant à lui a encore 5 milliards d' A de Vie devant lui. ... Le voyage continue ! **

NDLR: vous pouvez retrouver cet article dans le livret : LA COMMUNE DE MERIFONS , une terre en héritage, une culture en partage, édité par la communauté de communes du Clermontais et rédigé par un collectif de l'association le M.A.S des Terres Rouges **

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