1. Accueil
  2. Rechercher

UNE TRES LEGERE OSCILLATION Sylvain Tesson (Les Equateurs -2017)

Une-tres-legere-oscillation.jpg

(Par Alain et Christine Londner, dans Lire et découvrir -# 1196 - Fil RSS)

Sylvain Tesson, écrivain et aventurier publie "Une très légère oscillation", journal des trois dernières années ( 2014 – 2017) marquées par ses voyages, et par une longue convalescence.

L'oscillation évoquée par Sylvain Tesson dans son ouvrage évoque celle qui s'opère en lui, régulièrement, de l'ombre à la lumière. Dans la part de l'ombre, son idée de l'avenir : "On peut corriger son pessimisme par un appétit de l'immédiat : c'est du pessimiste joyeux, trouver de l'oscillation grâce à l'écriture".

La géographie de Sylvain Tesson est vaste. Elle couvre Paris, les toits de Notre-Dame, les calanques de Cassis, les montagnes de Chamonix, l'Irak, l'Ukraine, la Russie. Il y a les expéditions et les voyages intérieurs, les bivouacs d'un soir et les méditations d'un jour, mais aussi les escalades des parois et les descentes au fond des livres.

Entre les mots se dessine l'écriture d'un destin. Alors que son dernier livre Sur les chemins noirs raconte son voyage du sud de la France au Cotentin, Une très légère oscillation est un miroir le long d'autres chemins. Le journal de Sylvain Tesson oscille entre le Manuel d'Epictète et les pensées de Jules Renard. Il nous incite à jouir de l'instant, à ne rien attendre du lendemain et à s'extasier des manifestations du vivant : une branche dans le vent, le reflet de la lune. C'est la chose la plus difficile au monde que de reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, de le nommer, le saisir, le chérir. Savoir qu'on est en vie, que cela ne durera pas, car tout passe et tout s'écoule. « Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l’existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l’ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête. Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements. Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité. Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s’apaise en une très légère oscillation. »

Tout intéresse Sylvain Tesson. Sa panoplie littéraire enveloppe l'actualité la plus brûlante : Daech, les attentats, l'islam, le pape, la politique française mais aussi l'intemporel, la poésie, le spirituel. Humour avec de savoureux aphorismes et poésie sont ses deux lignes de vie même quand il chute d'un toit et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois à la Salpetrière, épisode relaté, dans son journal, par un chapitre titré "Un beauf sur le toit" : "Je suis affligé par cette pathologie consistant à être prêt à me jeter par la fenêtre pour un bon mot. Là j'en ai fait un, mais ça m'a coûté cher".

De ce journal apparaît en filigrane un écrivain brillant curieux du monde mais toujours aussi méfiant et déçu des humains : « J'adore le vivre-ensemble quand c'est avec mes livres dans ma bibliothèque, sinon je préfère rester seul. » Les textes de ce journal couvre la période Janvier 2014 - Mars 2017. Ils ont été publiés dans Le Point (où Sylvain tient, chaque mois, son bloc-notes), Philosophie Magazine et Grands Reportages. Ils ont été remaniés pour la présente édition de ce journal.

Sylvain Tesson est notamment l'auteur aux Équateurs de Petit traité sur l'immensité du monde, Éloge de l'énergie vagabonde, Géographie de l’instant ainsi que de plusieurs recueils d’aphorismes. Sylvain Tesson a remporté le Goncourt de la nouvelle en 2009 pour Une vie à coucher dehors (Gallimard) et le Prix Médicis Essai en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie (Gallimard), qui a été adapté au cinéma en 2016. En 2016, il a publié Sur les chemins noirs (Gallimard).